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quant à l’exécution de leur peine, confondus avec les détenus adultes et renfermés dans les maisons d'arrêt établies dans chaque arrondissement ou dans les maisons centrales. La séparation des mineurs, voulue par la loi, n'existait que de nom, les départements, propriétaires des maisons d’arrêt, se refusant à y faire des modifications qui eussent entraîné de grosses dépenses.
L'État, propriétaire des bâtiments des maisons cen-
‘trales, fit cependant quelques efforts en créant des quartiers correctionnels réservés aux jeunes détenus, en 1824 à Strasbourg, en 1826 à Rouen, en 1833 à Lyon, en 1835 à Toulouse, en 14836 à Carcassonne, Paris, Amiens, Besançon.
Mais le but n’était qu'imparfaitement rempli : il fallait à ces enfauts une éduction intellectuelle et morale, une discipline bien entendue.
C’est à l'initiative privée, à la charité de quelques-uns, que devait être laissée longtemps la grave question du relèvement de l'enfance malheureuse ou coupable, car avant 1850 le législateur n’en parlera pas.
Néanmoins de cette époque datent deux créations intéressantes :
La Petite Roquette et Mettray.
La Petite Roquette.
Commencée en 1827, la Petite Roquette était destinée à servir de prison pour les femmes et avait été aménagée suivant le système Auburnien. Le 11 septembre 1836, malgré l'opposition de M. de Tocqueville qui reculait devant cette application du régime cellulaire aux mi-
neurs, cinq cents jeunes détenus de seize ans enfermés jusque-là en commun aux Madelonnettes, étaient installés à la Petite Roquette. Dans la pensée de M. Delessert, préfet de police, ce devait être un pénitencier modèle ; nourriture saine et abondante, instruction intellectuelle et professionnelle, éducation religieuse et morale, tout devait être mis en œuvre pour éveiller l’idée du bien en ces âmes plus ou moins perverties.
La Révolution de 1848 porta un premier coup à la Petite Roquette en enlevant M. Delessert à la préfecture. Survint ensuite la loi de 1850 qui aurait dû mettre fin à son existence même, et en faire une maison d’arrêt et de correction départementale réservée exclusivement aux mineurs prévenus, accusés ou condamnés à six mois d'emprisonnement et au-dessous.
La maison continua cependant de subsister avec son carac{ère antérieur, et par une sorte de tolérance.
En 1855 elle fut momentanément évacuée à la suite d’un procès avec le département de la Seine qui, s’avisant que cette maison jouait le rôle d’un véritable étatablissement public d'éducation correctionnelle, réclama au Trésor le paiement d’un loyer depuis l’année 1850.
La réorganisation et la réouverture eurent lieu dans des conditions fort défectueuses : on supprima les fonctions d’instituteur, et l’on réduisit le régime alimentaire : aussi M. d’Olivecrona, conseiller à la Cour de Stockholm qui visite l’établissement en 1855 trouve bien pâles tous les petits détenus qui y sont renfermés (Bulletin de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, 1878).
En 1864, un jeune avocat, M° Corne, dénonça les dé-
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fecLuosités flagrantes de l’organisation : une commission fut instiluée par le gouvernement pour examiner l'opportunité de la suppression de la maison, et quelque temps après, la Petite Roquette était de nouveau évacuée. Cependant l'établissement continue à recevoir — bien qu’on parle tous les ans de son déclassement — outre les jeunes détenus envoyés en correction et attendant leur transfèrement, les prévenus et accusés, les condamnés à une peine d'emprisonnement et les enfants de la correction paternelle. Le chiffre des mineurs de l’art. 66 était, en août 1897, époque où j'ai visité la maison, de 105, et la moyenne du séjour à la Petite Roquette est pour ces enfants de six semaines environ.
Mettray.
Il est intéressant de noter ici, comme antérieure à la fondation de Mettray, la proposition faite en 1833 par M. Ch. Lucas, inspecteur général des prisons, d'employer les jeunes détenus à un travail agricole, proposition repoussée du reste, car le dauger des évasions paraissait la rendre inadmissible. Quelques années plutard, M. Lucas, développant son idée première, proposa dans un rapport au Ministre de l'Intérieur, d'introduire dans l’organisaton des établissements des jeunes détenus, non seulement l’idée agricole pour l’amendement de l’enfant par la terre, mais encore celle du défrichement des terres incultes et fertilisables, comme amendement de la terre par l'enfant. L’administration se montra favorable à l’idée agricole et réalisa ce régime dans les établisse-
ments annexés aux maisons centrales, à Fontevrault en 1849, Clairvaux 1843, Gaillon 1845.
C'est dans celte voie que devaient entrer aussi les établissements privés, comme celui de M. Demetz, les colonies de Ste-Foy (Dordogne), St-Ilan (Côtes-du-Nord) fondées en 1843. Ce fut la colonie du Val d’Yèvre (Cher) créée par M. Lucas et autorisée en 1846, qui eut l'honneur de réaliser la seconde partie de la pensée de M. Lucas en ajoûtant à l’idée de l'amendement de l'enfant par la terre celle de l'amendement de la terre par l'enfant. C’est ainsi qu'elle fit notamment mettre en culture par ses Jeunes pensionnaires des marais desséchés : 1l devait en résulter, d’après le fondateur lui-même, « de quoi pro- « curer aux fondateurs leur légitime rémunération et de « plus contribuer à l’accroissement de la richesse agri- « cole du pays ». Cette colonie du Val d'Yèvre devint colonie publique en 1872 et il est à constater qu’elle tient le premier rang.
Pour l'emporter sur les hésitations de l’État à entreprendre une réforme quelconque dans son système si défectueux d'éducation correctionnelle, il fallut l'initiative privée, la charité de quelques généreux et intelligents philanthropes : nous avons parlé de M. Lucas ; à côlé de lui plaçonsles fondateurs de Mettray, MM. Demetz et Courteilles. Gomme lui ils avaient foi en l'influence, calmante pour les âmes, toujours saine pour les corps, de la terre remuée, du grand air respiré, des grands espaces parcourus. S'ils cédaient à un esprit un peu systématique de réaction contre les villes, s'ils ne tenaient pas suffi-
samment compte des aptitudes et des antécédents des Langlois 2