‹ Les miniaturistes françaisChapitre 14 sur 43 · EN · texte numérisé non relu

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(Bil

)1. nat., ms. hit. 11935, fol. 5).

fin du XIIIe siècle; mais je n'espérais pas beaucoup trouver sa descendance artistique. Aussi est-ce avec une véritable satisfaction que je lus les mentions suivantes extraites du compte de Guy de Laon, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, année 1318 :

« Item, Nicolao, ligatori librorum, pro tribus magnis antiphonariis novis ligandis et pro aliis libris religandis per annum, VIII 1. X s.

« Item, Richardo de Verduno et Johanni de La Mare, socio suo, pro dictis antiphonariis illuminandis de grossis et minutis, X 1. XIII s.

« Item, pro uno parvo libro faciendo pro pueris instituendis, XXVIII s. (1) ».

Voici donc la filiation établie. Honoré mort, son gendre Richard de Verdun a pris la direction de l'atelier, puis il s'est associé à un autre enlumineur, Jean de La Mare, un nom nouveau, je crois, pour l'histoire de l'art au moyen âge. Honoré enluminait des livres poulie roi, Richard de Verdun en décore pour la Sainte- Chapelle. Le successeur avait donc su conserver à l'atelier sa clientèle et son bon renom. Je n'ai point retrouvé les trois antiphonaires de la Sainte-Chapelle enluminés par Richard de Verdun et son associé Jean de La Mare : c'est grand dommage, nous aurions là un point de comparaison intéressant.

Si vraiment, comme on peut le croire, comme l'a conjecturé M. Delisle, le Bréviaire de Philippe le Bel (2) a été illustré par Honoré, il me semble bien difficile de ne pas voir une parenté artistique entre les œuvres sorties

(1) Notes et documents sur le personnel, les biens et V administration de la Sainte-Chapelle du XIIIe au XVe siècle, par A. Vidier {Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. XXVIII (1901), p. 339).

(2) Bibl. nat., ms. lat. 1023 {Cat. des P. F., 2e partie, n° 12).

de l'atelier d'Honoré et de Richard de Verdun, d'une part, et de l'atelier de Jean Pucelle, de l'autre. Il y a d'incontestables ressemblances entre le procédé de ceux qui ont illustré le Bréviaire de Philippe le Bel (fig. 8) et de ceux qui, en 1327, ont enluminé la Bible (fig. 9J copiée par Robert de Billyng (1). Bien que ces deux suites de peintures aient été exécutées à trente ans de distance, les points de contact sont nombreux.

Je dois signaler dans le Bréviaire de Philippe le Bel un ornement caractéristique qui se rencontre à beaucoup de pages. A la gauche de chaque colonne se voient des lignes fines de couleur, rouges ou rouges et bleues ; puis, accolé au côté extérieur des lignes et sans interruption du haut en bas de la colonne, un ornement en forme de J alternés rouges et bleus, avec de délicats filets vrillés aux extrémités. Ce même ornement en J se retrouve presque identique dans la Bible illustrée par Jean Pucelle, Anciau de Cens et Jaquet Maci en 1327 (fig. 9J. On peut l'observer encore dans d'autres manuscrits de luxe, notamment dans trois volumes appartenant à la Bibliothèque de l'Arsenal : l'un est un très beau Bréviaire de Châlons-sur-Marne, exécuté avant 1297 (2) ; le second est la Bible de Jean de Papeleu, terminée en 1317 (3) ; le troisième enfin est la superbe Bible latine dite de Charles V (4). Si le principe de l'ornementation est le même en ces divers manuscrits, on observe néanmoins des différences dans l'exécution. Les J sont tantôt lisses, tantôt barbelés. Les dimensions en sont variables : ils mesurent environ 7 millimètres dans le Bréviaire de Philippe le Bel, 15 millimètres dans la

(1) Bibl. nat., ms. lat. 11965 {Cat. des P. F., 2e partie, n° 23).

(2) Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 595.

(3) Ibid., ms. n° 5059.

(4) Ibid., ms. n° 590.

Bible de Jean de Papeleu, et 10 millimètres dans les autres volumes. Le Bréviaire de Philippe le Bel et la Bible de Charles V n'ont l'ornement en J qu'aux colonnes contenant des initiales en couleur. La Bible de Jean Pucelle, au contraire, et aussi le Bréviaire de Châlons, ont toutes leurs colonnes pourvues de cet ornement ; mais dans le premier de ces volumes les lignes sont quelquefois d'or, les J à certaines pages sont alternés or et bleu ; de plus, les J qui se trouvent au dessus de l'initiale sont renversés, ceux qui se voient au-dessous sont dessinés dans leur position naturelle ffîg. 9J. Enfin, dans ces deux manuscrits, lorsqu'une initiale ne vient pas rompre la monotonie de la série des J courant tout le long de la colonne, l'enlumineur place vers le milieu de la page un ornement en or ou en couleur, boucle, fleur de lis, roue, fleurette, disque, fleuron, étoile, qu'il décore toujours abondamment de filets vrillés (fig. 91. Ces filets vrillés sont moins marqués dans la Bible de Jean de Papeleu. Les lignes de couleur y sont toujours bleues et rouges. Seules les colonnes qui comportent des initiales moyennes ont reçu des lignes de couleur et des ornements en forme de J. Ces J sont partout alternés rouges et bleus ; comme dans la Bible de Jean Pucelle, ils sont renversés au-dessus de l'initiale, dans la position normale quand ils se trouvent au-dessous.

Tous les volumes sur lesquels j'ai observé les lignes de couleur et les ornements en J m'ont paru être de la fin du XIIIe siècle ou de la première moitié du XIVe. En dehors des quelques livres mentionnés ici, il y en a sans doute beaucoup d'autres qui présentent la même particularité ; mais il n'était pas inutile de signaler ce genre d'ornementation qui est peut-être la marque d'une école.

On peut encore, dans certains volumes que je viens de

citer, remarquer, soit aux angles des encadrements, soit devant les grandes initiales, de larges fonds d'or, empâtés sans être lourds, sur lesquels sont posés les rinceaux de couleur feuilles de trèfles à pointes aiguës. Les barbes et les cheveux des personnages forment d'amples torsades dans lesquelles jouent des ombres. Les nuances y sont partout atténuées, principalement pour les plis des vêtements. On observe, en somme, dans toutes ces enluminures les caractères communs d'un faire particulier (1) ; mais rien ne permet encore de rattacher le plus grand enlumineur du commencement du XIVe siècle, Jean Pucelle, à l'atelier de Richard de Verdun, qui était l'atelier d'Honoré. Peut-être un jour quelque érudit heureux produira -t-il un texte qui montrera le lien. Pour le moment on ne peut que constater une certaine parenté artistique entre des maîtres qui ont vécu vers la même époque, aux mêmes lieux, et qui, excellant dans leur art, ont, les uns et les autres, travaillé pour le roi, pour des princes et pour la Sainte- Chapelle. L'atelier d'Honoré existait encore avec ses traditions propres en 1318; quelques années après, Jean Pucelle était déjà un maître. L'hypothèse ne serait pas invraisemblable que ce dernier ait travaillé dans l'atelier le plus renommé qu'eût alors Paris.

Si nous ignorons à peu près tout d'Honoré et de ses successeurs immédiats, nous n'en savons pas beaucoup plus sur Jean Pucelle. On a pu même se demander s'il était parisien ; mais il ne saurait y avoir de doute à cet égard. Dans le premier compte de la confrérie de Saint- Jacques-aux-Pèlerins de Paris , pour les années 1319 à 1324, on lit l'intéressante note suivante :

(1) Comparer notamment la tête et les boucles de cheveux de Samuel sacrant David (fig. 8) avec la tête et les boucles de cheveux de Saùl menaçant David de sa lance {fig. 10).

« A Jehan Puceîe, pour pourtraire le grand scel de la confrérie, III s. (1) ».

Cette seule mention suffit pour lui donner à nos yeux le titre de citoyen de Paris; elle fait également parisiens ses collaborateurs, Anciau de Cens, Jaquet Maci et un autre encore, J. Chevrier, pour lequel on montre peut-être un peu d'injustice.

C'est à ces artistes qu'on doit ce qu'il y a de plus parfait dans l'art de la miniature avant l'époque classique. Je ne sais où je voyais faire honneur aux peintres de Charles V d'avoir les premiers essayé de copier la nature, principalement dans la décoration des marges des livres. Les miniaturistes n'ont pas attendu si tard pour regarder autour d'eux et pour voir la nature vivante. Pucelle et ses compagnons ont orné leurs encadrements de fleurettes, d'ancolies notamment, qu'un botaniste ne pourrait qu'admirer ; ils ont dessiné des lièvres, des singes, des papillons, des libellules ffîg. 101 ; ils ont, sur les rinceaux des marges, perché des oiseaux, aigles, effraies, faisans ou chardonnerets, dont je me permettrai de garantir la très exacte ressemblance (2). On admet aussi que c'est sous Charles V que les enlumineurs ont imaginé ce que j'appellerais les paysages d'illustration. Ces paysages, on les connaît : ils sont formés en majeure partie de montagnes ou plutôt de monticules aux formes les plus capricieuses, dont chaque pointe est surmontée d'un petit arbre.

(1) Cette note a été publiée par H. Bordier, Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. II (1876), p. 345. Je ne crois pas qu'elle ait été remarquée jusqu'à ces derniers temps, mais elle n'a point échappé à la perspicacité de M. Marcel Poëte, qui l'a mise en bonne place dans son intéressante étude, Les Primitifs parisiens (1904), p. 29. — Les archives de la confrérie de Saint-Jacques sont aujourd'hui à l'Assistance publique.

(2) De tout temps les enlumineurs ont dessiné correctement l'oiseau : je pourrais citer, dès le XIe siècle, des coqs parfaitement exécutés.

Ce sont là des montagnes de convention, mais qui ont été singulièrement goûtées par nos ancêtres (1). Or, elles ne datent point de Charles V, on les trouve déjà au XIIIe siècle, et le Bréviaire de Philippe le Bel, attribué à Honoré, en contient un exemple (fig. 8).

Quoi qu'il en soit, tout l'art de l'enlumineur est en germe dans les œuvres de cette incomparable école de Pucelle. Jusqu'à la fin, jusqu'à ce que la miniature se transforme avec Jean Fouquet, tous nos enlumineurs français, et même quelques étrangers, suivront le sillon tracé par l'auteur du Bréviaire de Belleville (2). Les bons miniaturistes de Charles V, plusieurs de ceux qui travaillèrent pour le duc de Berry, sans en excepter Jacquemart de Hesdin, descendent de Pucelle, qui peutêtre descendait d'Honoré.

Si Pucelle fut le plus grand, de son temps même d'autres rivalisèrent avec lui, à moins qu'on ne veuille rattacher à son atelier des œuvres qui certainement offrent avec celles que nous connaissons de lui des points de ressemblance indiscutables. D'une crucifixion de la Bible de 1327 (3), signée de Jean Pucelle (fig. 91, on peut sans doute rapprocher une autre crucifixion peinte sur le frontispice des Miracles de Notre-Dame du Séminaire de Soissons (4), une autre encore du Missel de

(1) Très tard, à l'époque de Jean Fouquet, on fait encore ces monticules. Voir notamment la miniature représentant le passage du Rubicon par César, peinte entre 1460 et 1480 dans un manuscrit de YHistoire ancienne jusqu'à Jules César du cabinet de M. Henry Yates Thompson ; la miniature est reproduite dans Four photographie facsimiles from detached pages of a fifteenth-century manuscript of « Histoire ancienne jusqu'à César » and « Faits des Romains ». Londres, 1903.

(2) Bibl. nat., mss. lat. 10483 et 10484 (Cat. des P. F., 2e partie n°> 24-25).

(3) Bibl. nat., ms. lat. 11935 (Cat. des P. F., 2e partie, n°23).

(4) Miracles de Notre-Dame, en vers, par Gautier de Coincy, au Séminaire de Soissons (Cat. des P. F., 2e partie, n° 32J.

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BREVIAIRE DE BELLEVILLE. TOME Ier, ILLUSTRÉ EN PARTIE PAR JEAX PUCELLE, ANCIAU !>:•: JAQUET MACI ET J. CHEVRIER

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