‹ Les miniaturistes françaisChapitre 17 sur 43 · INSTRUCTIONS ÉCRITES ET ESQUISSES DES MAÎTRES MINIATURISTES · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS ÉCRITES ET ESQUISSES DES MAÎTRES MINIATURISTES

Naguère encore on n'était pas éloigné d'admettre que les grands illustrateurs de livres avaient été, jusqu'à la veille de la Renaissance, des artistes isolés. L'un d'eux avait pu surgir tout à coup ; il avait brillé un instant, produit un chef-d'œuvre, puis il était rentré dans l'ombre. Un autre astre plus lumineux s'était levé dans le ciel de l'art et s'était éteint à son tour sans laisser de trace. Aucun lien appareil t ne semblait rattacher entre eux ces météores. La vérité est évidemment tout autre. Il y eut, certes, pendant le cours du moyen âge, des miniaturistes de génie dominant leur époque ; mais le lien qui unit tous les peintres de manuscrits existe réellement. On commence à l'apercevoir : il n'apparaîtra clairement que lorsqu'on aura réussi à déchirer le voile qui nous cache encore les mystérieux ateliers de nos vieux enlumineurs, à étudier l'organisation de ces

officines d'art et à reconnaître les rapports des maîtres avec leurs collaborateurs, valets ou apprentis.

Il n'est pas bien sûr que les pièces d'archives nous apportent jamais sur ces questions une lumière suffisante; mais, en revanche, les marges des manuscrits enluminés et les miniatures elles-mêmes sont là-dessus pleines de renseignements pour qui les étudie avec une attention patiente. Elles peuvent nous révéler bien des secrets et nous apprendre beaucoup de choses tant sur les ateliers que sur les méthodes de travail des enlumineurs.

Nous aurions le plus grand intérêt à connaître et ces méthodes de travail et le rôle des chefs d'ateliers ; mais c'est là une question qui n'a guère été étudiée jusqu'à présent. Il y a donc lieu de signaler certains documents iconographiques qui éclairent d'une lumière assez nouvelle les rapports des enlumineurs entre eux.

Les miniaturistes ont pu être et ont été souvent sans doute des peintres travaillant isolément ; mais au moyen âge, comme à toutes les époques, il y eut des artistes plus habiles ou plus appréciés que leurs confrères qui reçurent des commandes en grand nombre. Ces commandes, ils ne pouvaient pas les exécuter toutes euxmêmes ; ils avaient des élèves ou des aides qu'ils chargeaient d'une partie de la besogne. Ce seraient donc là de véritables ateliers, dont les chefs devaient être à la fois des artistes et des entrepreneurs pour tout ce qui concerne la fabrication et l'ornementation d'un livre. Nous n'avons pas, il est vrai, de preuves authentiques de l'existence de ces ateliers. On voit bien des peintres, des tailleurs d'images, comme Jean Pucelle (1), par

(1) Voir : Les livres d'Heures du duc de Berry, par M. Léopold Delisle, dans Gazette des Beaux-Arts, 2' période, t. XXIX (1884), p. 284-285.

Fig.12

Fig. 13

Fig. V2

COMBAT DE MARIUS ET DE JUGURTHA (Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 5077, fol. 175 v°).

Fig. 13

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