COMBAT DE CÉSAR ET D'ARIOVISTE
(Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 5077, fol. 206).
(Cliché communiqué par la Revue Archéologique).
exemple, ou André Beauneveu (1), payer leurs ouvriers ou recevoir de l'argent pour le leur transmettre ; mais aucun autre genre de document écrit n'a permis jusqu'ici, je crois, une affirmation plus précise. Cependant, l'hypothèse est si naturelle qu'elle paraît avoir été admise de tout temps sans qu'on l'ait jamais discutée. Il m'a semblé, en tout cas, que l'existence des ateliers, et même peut-être la division du travail dans ces ateliers, pouvaient être en partie prouvées à l'aide des documents iconographiques auxquels je viens de faire allusion et qui, jusqu'à ces derniers temps, n'avaient pas encore été remarqués.
On ne conçoit guère qu'un travail, quel qu'il soit, et le travail des miniaturistes en particulier, ait pu être exécuté sans une volonté dirigeante, sauf lorsque l'enlumineur recevait pour modèle un livre orné déjà de peintures, ce qui était, du reste, assez fréquent. Mais quand les miniatures ne devaient pas être de simples répliques, il était nécessaire que l'illustrateur fût capable de montrer certaines qualités créatrices, au moins dans la décoration des livres profanes. Cet illustrateur, s'il n'exécutait pas tout lui-même, devait certainement, pour guider le travail, donner des instructions verbales aux enlumineurs qu'il employait ; mais sur ce sujet nous ne savons rien et nous ne pourrons jamais rien savoir de précis.
Il leur donnait aussi des indications écrites, et là nous sommes heureusement mieux renseignés. Le maître écrivait ses instructions dans les marges mêmes des manuscrits, en regard de la place où devait être faite la miniature, ou bien encore dans le haut ou dans le bas des pages. Une fois te travail d'enluminure terminé, ces
(1) L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, t. I«, p. 62, note 8.
notes, devenues inutiles, devaient disparaître sous le grattoir et la pierre ponce ou tomber sous le couteau du relieur. Beaucoup cependant ont subsisté par suite d'une négligence heureuse, et c'est ainsi que nous possédons sur les marges de nombreux manuscrits les notes qui ont servi de thème à l'illustration. M. Léopold Delisle en a signalé de très intéressantes il y a déjà longtemps (1). Depuis, en 1893, MM. Samuel Berger et P. Durrieu en ont publié de fort curieuses (2). J'en ai retrouvé, de mon côté, un assez grand nombre. On en découvrira bien d'autres, car elles sont extrêmement abondantes.
Ces notules sont particulièrement précieuses. Elles nous montrent le directeur de l'illustration donnant des ordres à ses collaborateurs artistiques et leur développant le programme qu'ils auront à remplir. Je suis convaincu qu'elles pourront aussi être utilisées avec fruit pour les études archéologiques. On y trouvera certainement des indications du plus haut intérêt sur le mobilier, le costume, etc. Dans les miniatures nous voyons bien des objets, des vêtements représentés, et nous trouvons d'autre part, soit dans les inventaires, soit dans des ouvrages, des noms qui semblent les désigner et que nous leur appliquons ; mais il entre parfois dans ces attributions une certaine part d'hypothèse. Quant aux manuscrits portant des notes pour l'illustrateur, ils ont cet avantage incontestable de nous montrer juxtaposés l'objet et le nom.
Malgré les notes très explicites du directeur de l'illustration il arrivait souvent que des enlumineurs traduisaient infidèlement la pensée de leur maître. Certains
(1) Le Cabinet des manuscrits, tome Ier, p. 491.
(2) Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 6e série, t. III (1893). p. 1-30.
Fig. 14
Fi£. 15
Fig. U
PRUSIAS II, ROI DE BITHYNIE, EN MENDIANT (Bibl. de l'Arsenal, ms. n« 5193, fol. 212).
Fig. 15