SCÈNE DE LAPIDATION (Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 588, fol
Fig. 17
SAINT PAUL DONNANT SON ÉPÎTRE AUX ÉPHÉSIENS (Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 588, fol. 364).
(Cliché communiqué par la Revue Archéologique).
L'enlumineur n'a certainement pas compris l'esquisse. Dans cette esquisse, Prusias ne marche pas : ses bras sont croisés et s'appuient franchement sur le haut du bâton. Il fait une halte. — Paul-Émile, dans la miniature suivante (ftg. 15), traîne, enchaînés derrière son char, Persée, roi de Macédoine, et ses deux fils.
Une scène de lapidation, exécutée au commencement du XIVe siècle (fig. 16), fournit un bon exemple de cette maladresse du geste qui est l'œuvre de l'enlumineur et non pas du chef d'atelier. L'esquisse nous montre le personnage de gauche dans une attitude parfaitement naturelle et juste. La jambe droite, la seule qui soit dessinée, la main gauche levée prête à lancer la pierre, le bras droit aidant à l'effort, tout nous paraît très heureusement combiné pour donner l'impression d'un geste violent. Qu'a tait de cela l'enlumineur? Son personnage lève le bras si faiblement que la main atteint à peine le haut de sa poitrine : les pierres qu'il lance ne sauraient être bien dangereuses. Du reste, sa tête contournée ne lui permettrait pas de viser juste. Notons qu'il ne regarde point, comme on pourrait le croire, la main de Dieu sortant de la nuée. C'est le saint lapidé qui devrait lever les yeux au ciel ; mais, dans la position où il se trouve, il lui serait impossible de rien voir. Cette miniature et l'esquisse qui l'accompagne ne constituent pas une exception. On s'étonne de rencontrer si fréquemment dans les miniatures des personnages dont l'attitude, les gestes nous font sourire et nous donnent une idée bien désavantageuse du goût des enlumineurs du moyen âge. Il est permis de supposer que les chefs d'atelier ont été souvent les premiers à s'indigner de la façon barbare dont leurs esquisses étaient interprétées. — Sur la même planche, en bas, on voit saint Paul (fig. 17), qui tient élevé au-dessus de sa tête un « roole ». Le chef
d'atelier s'était contenté de dessiner ce long rouleau, qui figure l'épître aux Éphésiens : l'enlumineur a jugé bon d'y inscrire le nom de l'apôtre : Pol.
Une autre miniature (fig. 18) représente une barque contenant trois personnages. L'esquisse de la marge est, certes, bien sommaire ; mais si l'on considère la façon dont la voile se rattache au mât, on verra combien le dessin de l'esquisse est supérieur à celui de la miniature. — Au-dessous (fig. 19), Jonas est rejeté par la baleine, à côté d'une sorte de tour crénelée qui a la prétention de figurer Ninive.
C'est une esquisse assez finie qui nous montre (fig. 20) César recevant des Bellovaques les clefs de leur ville. — En bas est une petite miniature accompagnée de son esquisse (fig. 21) : elle représente le prophète Araos gardant ses brebis. Dans la miniature, nous avons un personnage d'âge indécis, la tête contournée, avec une main gauchement étendue. L'esquisse, si simple et si vivement enlevée, nous donne l'impression d'un vieillard pensif; sa main droite est appuyée sur sa houlette, la gauche est posée sur son genou. Il ne lève point maladroitement la tête comme dans la miniature ; son attitude est bien celle de la méditation.
Les onze spécimens reproduits ici ne pourront donner qu'une idée assez imparfaite de ce que sont les esquisses, si nombreuses encore, qui ont échappé à la destruction. Quelque considérable que soit, d'ailleurs, le nombre des manuscrits portant des dessins de chefs d'atelier, il est certainement bien inférieur à celui des livres illustrés du moyen âge sur les marges desquels on découvre des traces de grattages profonds affectant exactement la forme du dessin des miniatures. Au bas des feuillets contenant ces miniatures le grattage et le ponçage ont été souvent poussés si loin que le parchemin, quand il
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Fig.19
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