SAINT PAUL DANS UNE BARQUE AVEC SILVAIN ET TIMOTHÉE
(Bibl. de l'Arsenal, ms, n<> 588, fol. 369).
Fig. 19
LA BALEINE REJETANT JONAS DEVANT LES MURS DE NINIVE (Bibl. de l'Arsenal, ms, n° 588, fol. 256).
(Cliché communiqué par la Revue Archéologique).
n'est pas troué, y est réduit à la moindre épaisseur qu'on pouvait lui laisser sans le détruire entièrement. C'est cette particularité que j'avais remarquée sur de nombreux volumes qui m'a amené à en rechercher les causes. Ces causes me semblent à présent évidentes C'est là que le chef d'atelier dessinait ses esquisses et indiquait aux enlumineurs la scène à représenter. C'est donc dans les marges, au-dessous ou à côté des miniatures, qu'il faut chercher la vraie disposition des scènes (1).
Si jusqu'à présent ces esquisses n'avaient point été remarquées, c'est vraisemblablement qu'on les avait prises pour des griffonnages insignifiants. On rencontre, en effet, quelquefois, en face des miniatures, d'informes dessins, œuvres d'enfants ou de propriétaires barbares qui se sont essayés à copier grossièrement la peinture qu'ils avaient sous les yeux. L'examen le plus superficiel permettra de reconnaître ces puérils croquis qui n'ont rien de commun avec l'art ; il est donc inutile d'insister, on ne saurait s'y tromper. Quant aux esquisses, aux vraies esquisses, elles sont en général d'une main très ferme, très sûre d'elle-même. La plupart du temps ce ne sont, il est vrai, que des ébauches ou, comme dit Villard de Honnecourt, des « portraits legiérement ouvrés » ; mais le dessin en est presque toujours supérieur à celui des miniatures. Ces esquisses sont de
(1) Ces esquisses des marges, si abondantes encore dans les manuscrits, peuvent parfois servir de témoins pour contrôler une provenance. Je citerai comme exemple deux miniatures aujourd'hui encadrées et conservées au musée du Louvre, auquel elles ont été données en 1885 par M. Jules Maciet (Cat. des P. F., Pe partie, n° 27). Toutes deux ont été arrachées anciennement du manuscrit 5077 de l'Arsenal. L'une d'elles, qui représente l'embarquement de saint Louis pour la croisade, a été coupée au fol. 365 v°. Au bas de la page, dans le manuscrit, on aperçoit encore quelques traces de l'esquisse qui a servi de modèle à la miniature du Louvre.
dimensions très diverses, à peu près égales aux peintures, plus grandes, plus petites, suivant la fantaisie du maître. Elles sont tracées soit à la pointe d'argent, soit au crayon, soit à l'encre, quelquefois même simplement à la pointe sèche.
La scène assez souvent n'est qu'ébauchée. Les têtes des personnages sont alors figurées par un simple ovale quand il s'agit des hommes, par une petite circonférence quand le dessinateur a voulu représenter des anges, des femmes ou des enfants . Parfois, suivant en cela une tradition qui nous est connue grâce au précieux album de Villard de Honnecourt, il construit les têtes sur un triangle (fig. 14- et 15), les corps sur un pentagone étoile. La chevelure est indiquée par des oves, la barbe par des oves aussi, mais plus allongés. Les mains ne sont marquées que par un grossissement du bras. Le bas du corps, les pieds ne sont pas toujours esquissés. Quels que soient ces dessins, esquisses soignées ou simples ébauches, la sûreté du trait est la même. Les plis des vêtements sont souvent d'une élégance remarquable. Les poses des personnages sont en général plus naturelles que dans les miniatures; les diverses courbes du corps sont dessinées avec une justesse qui dénote de véritables artistes. Quant à ce que sera le fond du tableau, le dessinateur d'ordinaire ne s'en inquiète pas, il ne s'occupe que de la composition de la scène ; cependant il figure quelquefois les rochers, les arbres, les monuments, les bateaux, les instruments, etc.
Ce n'est pas toujours à la même place qu'ont été tracées les esquisses. Au XIIIe siècle, je les ai observées dans la marge du côté, en face de l'endroit où devait être la miniature; mais dès le commencement du XIVe siècle et jusqu'au début du règne de Charles VII, on les trouve le plus souvent dans la marge du bas, même
Fi g. 22
Fig. 20