‹ Les miniaturistes françaisChapitre 26 sur 43 · LA JEUNE PHILOTIS ET LA VIEILLE SYRA · texte numérisé non relu

LA JEUNE PHILOTIS ET LA VIEILLE SYRA

(Térence, UHécyre, acte I, se. I) (Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 664, fol. 209™).

qu'un pas. Toutefois j'estime que ce seul document n'autorise pas une affirmation plus précise ; et je ne songerais, en tout cas, à attribuer à Hainsselin de Haguenot que certaines peintures du Térence de l'Arsenal, car j'ai reconnu dans le volume la main de plusieurs artistes qu'on ne saurait confondre. Quoi qu'il en soit, on ne sera peut-être pas fâché de trouver ici des spécimens de miniatures dues au plus habile d'entre eux (fig. 29 et 30).

La tâche serait certainement plus facile en ce qui concerne les Missels, les Bréviaires, les Bibles, les Bibles historiales, les Psautiers : pour l'illustration de ces derniers, on sait qu'il y eut à Paris, dès le milieu du XIIIe siècle, une tradition bien établie, et même une tradition écrite. Quant aux livres d'Heures, les règles qui ont présidé à leur ornementation sont presque aussi strictes que pour les Bibles. Des centaines, peut-être pourrais-je dire des milliers de ces petits volumes offrent en tête des mêmes prières les mêmes miniatures. L'usage était si bien établi qu'on voit des chefs d'atelier, des copistes, mettre dans la marge ou en rubrique, au lieu de l'indication du sujet, ces simples mots : « L'ystoire dez Laudez de Noustre Dame », « L'ystoyre de Prime de la Croix(l) », etc. : et les enlumineurs ne se trompaient pas.

On ne saurait évidemment, à moins d'y pouvoir consacrer plusieurs volumes, penser à énumérer les sujets ordinaires des miniatures décorant les Bibles, les Bréviaires et quelques-uns seulement des ouvrages littéraires ou historiques le plus souvent copiés au moyen âge; mais j'ai cru qu'il ne serait peut-être pas inutile de donner ici l'indication des peintures qu'on

(1) Voir: Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 617, fol. 18 et 24vo.

rencontre habituellement dans les livres d'Heures. Je le fais d'autant plus volontiers que le moyen âge a produit un nombre incalculable de ces recueils de prières et que ces manuscrits sont ceux qui se trouvent encore aujourd'hui le plus communément dans les bibliothèques publiques et privées (1). D'autre part, beaucoup de miniatures ont été jadis coupées dans des Heures et sont actuellement encadrées et conservées, soit dans des musées, soit dans des collections particulières. Certes, tous ces petits livres n'ont point été illustrés par de grands artistes, et bon nombre de ceux qu'on a exécutés au XVe siècle ne sont, il faut le reconnaître, que les produits d'une fabrication où l'art ne semble pas avoir eu grande part. Malgré tout, il en est peu qui ne méritent d'être examinés ou qui ne contiennent quelques détails dignes d'attention; et, en disant cela, je ne songe point aux livres d'une richesse exceptionnelle, commandés par des princes ou des grands seigneurs à des artistes en renom, comme les diverses Heures de Charles V, du duc de Berry, du maréchal de Boucicaut, d'Etienne Chevalier ou d'Anne de Bretagne. Bien que les sujets des miniatures qui décorent ces volumes de grand luxe ne diffèrent pas, en beaucoup de parties, de ceux des livres d'Heures plus modestes, je ne m'occuperai ici que de ces derniers, si nombreux et souvent si intéressants quand on les étudie avec soin.

Ce petit guide permettra, je l'espère, d'abord de reconnaître, à la seule inspection des peintures, si le volume qu'on a sous les yeux est un livre d'Heures, en second lieu de voir à quelle partie du manuscrit

(1) Sur les deu^ cent quarante manuscrits à peintures dont était formée l'Exposition des « Primitifs français » à la Bibliothèque nationale, cinquante étaient des livres d'Heures.

appartient chaque illustration, enfin de faire certaines rectifications, lorsqu'on a affaire à des miniatures arrachées d'un livre d'Heures, et d'assigner à chacune d'elles la place qu'elle devait occuper dans le volume (1). Je joins à l'indication du sujet les premiers mots de chaque partie des prières, ce qui pourra être de quelque utilité si l'on cherche à identifier des miniatures coupées.

Les livres d'Heures peuvent comprendre un très grand nombre de prières accessoires, choisies soit à cause d'une dévotion particulière, soit pour des motifs qui nous échappent entièrement ; mais, n'ayant en vue que la décoration ordinaire de ces petits volumes, je me bornerai à examiner les parties essentielles dont ils se composent le plus souvent, et qui sont :

Le Calendrier ; — des Extraits des quatre évangêlistes ; — les oraisons Obsecro te et 0 intemerata ; — les Heures de la Vierge ; — les Heures de la Croix ; — les Heures du Saint-Esprit ; — les Sept psaumes pénitentiaux , suivis des Litanies; — les Vigiles des morts; — les Quinze joies de Notre-Dame ; — les Sept requêtes de Notre-Seigneur ; — et enfin, les Suffrages des saints.

Le calendrier comporte d'ordinaire deux illustrations pour chaque mois : l'une donne le signe du zodiaque, qui peut être figuré sous diverses formes ; l'autre

(1) On constatera, par exemple, que dans le beau travail de M. F. -A. Gruyer sur les Quarante Fouquet de Chantilly, il eût peut-être été préférable de placer tout à fait en tête du volume la figure XXXII, Saint Jean dans Vile de Pathmos : cette miniature, en effet, comme on le verra plus loin, est toujours la première dans les livres d'Heures. De même, la figure XXXIX, Les Funérailles, se trouvait certainement en tête des Vigiles des morts, par conséquent avant toutes celles qui représentent des saints et qui, sans aucun doute, étaient aux Suffrages, c'est-à-dire à la fin du volume.

reproduit l'occupation la plus caractéristique (1). Sans parler des calendriers décorés avec une profusion inaccoutumée, on en trouve assez souvent dont l'ornementation comprend, outre les deux sujets que je viens d'indiquer, des représentations des saints ou saintes illustres fêtés au cours du mois ; mais je ne signalerai que les figures les plus habituelles, c'està-dire celles qui symbolisent le mois par l'occupation qui lui est propre. Au livre IX de son traité De proprietatibus rerum, Barthélémy l'Anglais décrit d'une phrase la forme traditionnelle sous laquelle chaque mois doit être peint. J'en donne le texte d'après la traduction française de Jean Corbichon (2).

Janvier. — Dans les plus anciens livres d'Heures, janvier est généralement figuré par un Janus à deux têtes, ou à trois, fermant d'une main la porte de l'année qui fuit et de l'autre ouvrant la porte à l'année nouvelle. Quelquefois Janus fait des libations ou boit; plus tard, c'est un personnage quelconque qui boit ou mange au coin du feu. Puis, la scène se retourne, et le dîneur s'asseoit à table, le dos à la cheminée. Enfin, Janus s'humanise si bien qu'il invite des amis à sa table, et dès le XVe siècle le mois de janvier est fréquemment symbolisé par un repas de famille. Ce mois, dit Jean Corbichon, « est appelle janvier pource que il est la janue ou la porte par quoy on entre en l'an advenir et yssue de celluy qui est passé, et pour ce luy fait on

(1) Il est d'usage de dire les travaux des mois, mais je préfère employer le mot occupations, car il me semble bien difficile de considérer comme des travailleurs les personnages qui banquettent en janvier, se chauffent en février, tressent des chapeaux de fleurs en avril et, en mai, dansent ou chassent au faucon.

(2) Je me suis servi de l'édition de Lyon, in-fol., sans date, mais qu'on regarde comme la plus ancienne et comme antérieure à 1482.

Fig. 30

lâches et sa femme sostrata (Térence, UHécyre,

Page 1