‹ Les miniaturistes françaisChapitre 27 sur 43 · acte II, se. I · texte numérisé non relu

acte II, se. I

(Bibl. de l'Arsenal, ms. n° 664, fol. 213™).

deux visages en painture, sicomme dit Ysidore, car il regarde l'année passée et celle advenir. On le paint aussi beuvant et mengant pource que adonc on a plus grant mestier de nourrissement que en aultre temps. »

Février. — Le coin du feu. Assez souvent le personnage qui se chauffe a enlevé l'un de ses souliers et présente au feu son pied nu ; quelquefois aussi il tient sa chaussure à la main et en chauffe l'intérieur. Il n'est pas rare de voir au coin du feu un homme et une femme. Pour J. Corbichon « février est fait en painture comme ung viellart qui se siet au feu en chauffant sez piedz pource que adonc le froit est en sa vigueur pource que le soleil est trop loing de nous ». Février peut encore être symbolisé par des bûcherons au travail ou des ouvriers qui bêchent. Exceptionnellement on a figuré ici la Chandeleur ou la Chaire de saint Pierre.

Mars. — Corbichon dit que « mars est fait en paincture comme ung vigneron pource que en celluy temps il est saison de copper les vignes ». Ce mois est, en effet, presque toujours symbolisé par des vignerons taillant la vigne, exceptionnellement par des bêcheurs.

Avril. — Pour caractériser le mois d'avril, les miniaturistes avaient le choix entre un assez grand nombre de sujets, qui, du reste, tendent tous au même but, symboliser la joie du printemps. Tantôt c'est un jeune seigneur ou une damoiselle qui, à pied ou à cheval, se promène parla campagne, une branche feuillée et fleurie à la main. Tantôt c'est un chasseur s'en allant aux champs le faucon sur le poing. Ailleurs, ce sont des enfants, des jeunes filles cueillant des fleurs ou en tressant des couronnes dont elles se coiffent ; ou bien encore ce sont des fiancés qui se promènent en devisant.

Corbichon dit qu'on peint avril «. portant une fleur, car adonc les fleurs commencent à couvrir la terre et à vestir les arbres ».

Mai. — Le mois de mai est le plus souvent symbolisé par la chasse au faucon : « on le met en paincture, dit Corbichon, comme ung jeune homme à cheval qui porte ung oysel sur la main » ; mais on peut aussi rencontrer toutes les figures que j'ai indiquées pour le mois d'avril. Quelquefois l'enlumineur a représenté de jeunes hommes et déjeunes femmes dansant en rond.

Juin. — En juin, c'est généralement le fauchage des prairies : « on le met en paincture comme ung faucheur qui fauche les prez, car adonc sont les herbes meures et bonnes à cueillir » ; mais c'est aussi exceptionnellement la moisson, la tonte des moutons et même le hersage.

Juillet. — La figure du mois de juillet représente ordinairement la moisson, « comme ung sayeur qui siet les blez et a une faucille », assez souvent aussi le fauchage, très rarement la tonte des moutons.

Août. — Le mois d'août est d'habitude figuré par le battage du blé, rarement par le vannage, mais assez fréquemment par la moisson. « En ce moys, comme le dit Corbichon, lez blez sont recueillis es granges et pour ce le met on en paincture comme ung batteur qui bat lez blez de ung flaiel ».

Septembre. — Bien que Corbichon dise que l'on met ce mois ce en paincture comme ung vendengeur qui coppe les raisins et les met en ung panier », les calendriers symbolisent septembre plutôt par le foulage du raisin dans la cuve que par la récolte des grappes. Ils

le représentent aussi quelquefois par les semailles, rarement par la cueillette des pommes.

Octobre. — « On met octobre en paincture, dit Corbichon, comme ung homme qui gette semence en terre ». Les semailles et le labourage sont bien, en effet, la caractéristique d'octobre ; mais on trouve aussi assez souvent le foulage du raisin, rarement la vendange, exceptionnellement la glandée ou le battage du blé dans la grange.

Novembre. — Les miniaturistes ont presque toujours représenté novembre par la glandée, c'est-à-dire par un personnage, dans un bois de chêne, abattant avec une gaule les glands que des porcs se disputent à terre. « En paincture on fait ce moys comme ung villain qui abat la glan des chênes pour nourrir ses porceaulx. » Quelquefois pourtant on a figuré la mort du porc et exceptionnellement les semailles.

Décembre. — Le plus souvent c'est la mort du porc, qu'on tue à la hache, qu'on égorge ou qu'on flambe : « en painture on met décembre comme ung bouchier qui tue son porc de une coignie » ; mais c'est aussi assez fréquemment l'enfournage des pains. Parfois, c'est un festin, très rarement le coin du feu.

Les Extraits des quatre évangélistes sont toujours placés dans cet ordre : saint Jean, saint Luc, saint Matthieu et saint Marc (1). Les premiers mots sont : saint Jean, In principio erat Verbum ; saint Luc, In Mo tempore, missus est angélus Gabriel ; saint Matthieu, In Mo tem-

(1) Les extraits sont invariablement les suivants : saint Jean, ch.I, v. 1-14; saint Luc, ch. I, v. 26-38; saint Matthieu, ch. II, v. 1-12; saint Marc, ch. XVI, v. 14-20.

pore, cum natus esset Jhesus ; saint Marc, In Mo tempore, recumbentibus undecim discipulis (1). Les évangélistes, accompagnés de leur attribut, sont généralement représentés écrivant, soit sur une bande de parchemin, soit dans un livre placé sur un pupitre ou sur leurs genoux, ou bien ils prennent l'encre dans l'écritoire ou soufflent sur leur plume pour la nettoyer. Saint Luc, saint Matthieu et saint Marc sont ordinairement dans une chambre, une étude, une bibliothèque. Quant à saint Jean, le premier dans les livres d'Heures, il est toujours figuré assis au milieu d'une petite île, l'île de Pathmos (2); souvent l'aigle lui tend l'écritoire, qu'un petit diable essaie quelquefois de renverser. Assez rarement saint Luc, au lieu d'écrire, est occupé à peindre le portrait de la Vierge.

Après les Extraits des évangélistes viennent ordinairement, comme on l'a vu, les deux oraisons à Notre- Dame commençant par les mots : Obsecro te et O intemerata. L'illustration de ces prières n'a jamais été soumise à des règles bien fixes ; mais elle donne toujours un épisode de la vie de la Vierge. — En tête de l'oraison Obsecro te, on voit souvent une Pietà. Tantôt la Vierge contemple avec tristesse le Christ mort et posé sur ses genoux, quelquefois entre saint Jean et la Madeleine ; tantôt, après la descente de croix, le Christ est étendu à terre, et la Vierge, accompagnée de la Madeleine et de saint Jean, est penchée sur lui; mais c'est aussi parfois l'Enfant Jésus que la Vierge tient dans

(1) Les mots In illo tempore peuvent manquer en tête des extraits des saints Luc, Matthieu et Marc.

(2) A une époque tardive, et notamment dans les premiers livres d'Heures imprimés, les illustrateurs ont souvent figuré ici le martyre de saint Jean. Lévangéliste est représenté dans un tonneau d'huile bouillante.

ses bras, souvent elle joue avec lui. Dans certains manuscrits saint Joseph assiste à cette scène ; dans d'autres, un personnage, homme ou femme, est agenouillé devant l'Enfant et sa mère. — Les sujets servant de décoration à l'oraison 0 intemerata ne sont pas moins variés. C'est fréquemment une figure de la Vierge priant les mains jointes, ou tenant sur ses genoux, soit le Christ mort, soit l'Enfant Jésus entouré d'anges. Ce peut être aussi la Mort de la Vierge ou son Assomption.

Les Heures de Notre-Dame, comme tous les offices composés de prières dites Heures canoniales, se divisent essentiellement en sept parties, qui sont: 1° Matines et laudes; 2° Prime; 3° Tierce; 4° Sexte; 5° None; 6° Vêpres et 7° Complies. Mais dans les Heures de la Vierge la distinction des Matines et des Laudes existe réellement : il y a donc huit parties, et par suite aussi huit sujets d'illustration que j'indiquerai brièvement.

1° Matines. — C'est toujours l'Annonciation, mais qui peut être accompagnée de scènes accessoires, comme la Conception de la Vierge, la Naissance de la Vierge, la Présentation de la Vierge au Temple, la Vierge tissant, le Mariage delà Vierge, l'Annonce aux bergers, l'Assomption. — Premiers mots : Domine, labia mea aperies.

2° Laudes. — Là encore le sujet ne change pas, c'est toujours la Visitation. Assez souvent la Vierge est seule avec sainte Elisabeth, mais souvent aussi elle est accompagnée, soit de saint Joseph, soit d'une suivante, soit d'un ou de plusieurs anges. Il peut y avoir des scènes accessoires: l'Ange apparaissant à saint Joseph, la Vierge tissant, etc. — Premiers mots pour Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres : Deus, in adjutorium meum intende.

3° Prime. — Sauf de très rares exceptions, c'est la Nativité, avec quelques différences dans les détails. L'Enfant Jésus est déposé, soit à terre, soit dans un panier, soit dans la crèche, soit dans un coffre, et adoré par la Vierge, par saint Joseph, par des anges, par les bergers: saint Joseph tient souvent une chandelle ou une lanterne. Le bœuf et l'âne sont tantôt debout, tantôt couchés, tantôt agenouillés. Souvent des assistants regardent la scène. Quelquefois sainte Anne prépare un bain pour l'enfant. Dans certains manuscrits on voit des anges qui sont occupés à refaire la toiture de l'écurie, à clouer des tentures sur les murailles en ruines, à préparer un lit pour la Vierge ; ou bien ils tiennent une page de musique et chantent, ou encore ils montrent une banderole sur laquelle est écrit : Puer natus est nobis. Il peut y avoir des scènes accessoires qui montrent une servante préparant un bain ou saint Joseph éconduit par une hôtelière à laquelle il demande asile. — Tout à fait exceptionnellement le miniaturiste a figuré à cette place l'Arbre de Jessé (1).

4° Tierce. — Presque toujours c'est l'Annonce aux bergers. Parfois les bergers dansent au clair de lune avec des bergères; d'autres fois ils regardent dans le ciel l'ange, qui souvent déploie une banderole sur laquelle on lit : Annuntio vobis gaudiam magnum, ou Puer natus est nobis, et plus fréquemment Gloria in excelsis Deo et in terrapax hominibus. Quelquefois l'artiste a représenté l'opération de la Circoncision. Exceptionnellement on voit la Vierge tenant sur ses genoux l'Enfant, à qui les

(1) Il est possible que certaines scènes mentionnées dans ce petit guide comme figurant exceptionnellement à une place qu'elles ne devraient pas occuper aient été mises là par suite d'une simple erreur du miniaturiste.

bergers offrent leur chalumeaux, leurs flageolets et leurs musettes.

5° Sexte. — L'Adoration des mages. La Vierge assise tient l'Enfant sur ses genoux ; saint Joseph est souvent debout auprès de la Vierge et se découvre devant les mages, qui dans les livres d'Heures sont toujours rois. L'un d'eux est agenouillé et offre son présent. Fréquemment l'un des trois mages est nègre, mais ce n'est jamais lui qui est représenté à genoux. Il est rare qu'il y ait ici des scènes accessoires, comme la Rencontre des mages à cheval ou leur visite à Hérode.

6° None. — La Purification. Il peut y avoir plus ou moins d'assistants ; mais saint Joseph accompagne presque toujours la Vierge. Les colombes et le cierge sont portés, soit par saint Joseph, soit par des suivantes, soit, assez rarement, par la Vierge elle-même. Comme scène accessoire, on ne rencontre guère que la Circoncision. Exceptionnellement on voit à cette place la Fuite en Egypte.

7° Vêpres. — Le plus souvent c'est la Fuite en Egypte. La Vierge portant l'Enfant dans ses bras est assise sur l'âne. Saint Joseph tient l'animal par la bride ; il a un bâton et fréquemment il est chargé de paquets. Dans quelques livres d'Heures saint Joseph a lâché la bride de l'âne, il est resté un peu en arrière, et, tout en se cachant de la Vierge, il boit à une gourde. Parfois c'est une suivante qui porte les provisions, et des anges accompagnent les voyageurs. Presque toujours, au passage de la Sainte Famille, des idoles placées sur des colonnes en sont précipitées et se brisent en tombant. Fréquemment on voit au second plan les soldats d'Hérode envoyés

à la recherche des fugitifs : ils interrogent un moissonneur. La scène peut être retournée : les soldats d'Hérode et le moissonneur sont alors au premier plan, et la Sainte Famille passe dans le lointain. Il est assez rare que la fuite ait lieu à pied ; dans ce cas c'est généralement saint Joseph qui porte l'Enfant, il le serre tendrement contre sa joue. Il y a assez souvent des scènes accessoires, qui représentent les soldats d'Hérode recevant ses ordres et le Massacre des Innocents. D'ailleurs, dans beaucoup de manuscrits, c'est le Massacre des Innocents qui forme la scène principale. Quelquefois, mais bien rarement, l'artiste a représenté ici Jésus enfant au milieu des docteurs.

8° Compiles. — C'est toujours la Mort de la Vierge, ou son Assomption, ou son Couronnement ; quelquefois l'un de ces sujets forme la scène principale, et les autres ne sont que des scènes accessoires. Exceptionnellement on peut trouvera cet endroit les Noces de Cana — Premiers mots : Couverte nos, Deus, salutaris noster.

Les Heures de la Croix, quelquefois nommées aussi Heures de la Passion, qui suivent d'ordinaire les Heures de la Vierge, comprennent, soit sept illustrations, soit plus souvent une seule.

Lorsqu'il n'y a qu'une seule miniature, le thème le plus fréquent est la Crucifixion, soit simple, soit avec les larrons, la présentation de l'éponge, le coup de lance dans le côté, le centurion tenant la banderole où est écrit : Vere filius Dei erat iste. Comme scènes accessoires, on voit les soldats jouant aux dés les vêtements du Christ, l'Arrestation de Jésus ou le Christ devant Pilate. La scène principale peut être également le Portement de croix, l'Arrestation de Jésus dans sa forme ordinaire,

ou la Comparution du Christ devant Pilate, qui souvent est figuré se lavant les mains. — Premiers mots : Domine, labia mea aperies.

Si les Heures de la Croix comportent sept illustrations, voici quels en sont les sujets:

1° Matines. — Généralement l'Arrestation de Jésus- Christ au jardin des Oliviers, avec le Baiser de Judas et l'épisode de Malchus. Dans ce cas, les scènes accessoires représentent souvent Jésus priant auprès des apôtres endormis et Judas restituant les trente deniers. Nombre de livres d'Heures ont aussi pour illustration principale ou unique la Prière de Jésus. — Premiers mots : Domine, labia mea aperies.

2° Prime. — C'est le plus souvent le Christ devant Pilate, et non pas devant Caïphe, comme on le dit quelquefois. Assez fréquemment Pilate se lave les mains sur les conseils de sa femme, qui parfois est figurée à côté de lui. Certains miniaturistes inscrivent sur le fauteuil de Pilate une injure à son adresse : Couart, ou A Couart. D'autres mettent sur les murs la devise de Rome : S. P. Q. R. On peut rencontrer ici, mais rarement, la Flagellation. — Premiers mots pour Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres : Deus, in adjutorium menm intende.

3° Tierce. — C'est ou la Flagellation, ou le Portement de croix, ou le Sceptre de roseau et le Couronnement d'épines.

4° Sexte. — Le Crucifiement, le Sceptre de roseau et le Couronnement d'épines, ou le Portement de croix.

5° None. — La Crucifixion sous ses diverses formes.

6° Vêpres. — La Descente de croix.

7° Compiles. — La Mise au tombeau. — Premiers mots : Couverte nos, Deus, salutaris noster.

Les Heures du Saint-Esprit, qui suivent, n'ont ordinairement qu'une seule illustration. La scène le plus souvent figurée est la Pentecôte : la Vierge est toujours présente au milieu des apôtres lors de la venue du Saint- Esprit. Quelquefois c'est la Résurrection du Christ. La Pentecôte peut avoir comme scènes accessoires : le Noli me tangere, l'Ascension, la Dispersion ou la Prédication des apôtres, le Baptême du Christ par saint Jean- Baptiste, Moïse recevant les tables de la Loi. — Premiers mots : Domine, labia mea aperies.

Après les Heures du Saint-Esprit viennent habituellement les Sept psaumes pénitentiaux (suivis des Litanies), en tête desquels se trouve presque toujours représenté un épisode remarquable de la vie de David. C'est le plus souvent le repentir : David est à genoux implorant Dieu qui paraît dans la nuée ; la harpe du psalmiste est entre ses mains, ou déposée à terre, ou accrochée à côté de lui. Quelquefois Nathan lui annonce les malheurs qui vont fondre sur lui et sur son peuple. Souvent, dans le ciel, un ange tient le glaive rouge ou lance les trois flèches, symbole des trois fléaux entre lesquels David pouvait choisir : Guerre, Famine, Mortalité, personnifiés aussi quelquefois par un Soldat, un Boulanger et la Mort, d'autres fois par trois cadavres. Il y a fréquemment des miniatures accessoires : David gardant ses moutons et jouant de la harpe, la Mort de Goliath, Saùl donnant à David sa fille en mariage, le Bain de Bethsabée, la Mort d'Urie, le Jugement der-

nier, etc. La scène principale peut être également : la Mort de Goliath ; Samuel sacrant David ; David jouant de la harpe devant Saùl à table ; David remettant à Urie la lettre pour Joab ; Nathan reprochant à David ses crimes et lui montrant la mort d'Absalon ; David à l'aire d'Arevna, faisant un sacrifice. — Mais beaucoup de miniaturistes se plaisent surtout à représenter ici le Bain de Bethsabée. Bethsabée le plus souvent est nue ou couverte d'un voile transparent et baigne ses pieds dans un tout petit bassin, au milieu d'un jardin, entourée de ses suivantes : posté dans une galerie de son palais, le roi David, le sceptre à la main et la couronne en tête, contemple la baigneuse. Quelquefois l'artiste a perché sur le toit du palais un petit diable qui se penche pour voir David et rit malicieusement. En certains manuscrits Bethsabée se baigne dans une cuve placée derrière des rideaux que le roi David écarte de la main. Tl n'est pas rare que la miniature ait subi des retouches, et qu'on ait habillé en partie Bethsabée d'une robe généralement bleu foncé. 11 arrive aussi que le premier feuillet des Psaumes pénitentiaux a été enlevé, sans doute par un possesseur choqué de rencontrer dans un livre de prières cette scène peu édifiante. — Enfin, quelques livres d'Heures offrent aussi à cette place, soit un Christ de majesté, soit le Jugement dernier dans sa forme ordinaire. — Premiers mots : Domine, ne in farore tuo arguas me.

Les Vigiles des morts, qui habituellement sont placées après les Psaumes pénitentiaux, ne comportent en général qu'une seule illustration, mais dont le sujet ne présente pas une grande fixité. C'est fréquemment le Jugement dernier ; mais plus souvent encore c'est une Cérémonie funèbre : la Réception des derniers

sacrements, l'Ensevelissement, le Service religieux, le Convoi, l'Inhumation. La plupart du temps, le Service funèbre ou l'Inhumation forme le sujet de la grande miniature, et les autres scènes n'en sont que les accessoires. Les enlumineurs placent également en tête des Vigiles des morts, soit la Résurrection de Lazare, soit le Festin du mauvais riche, soit Job sur son fumier, quelquefois simplement un ermite ou un saint agenouillé devant un cadavre étendu à terre. Mais le sujet qu'ils affectionnent surtout, principalement à partir du milieu du XVe siècle, c'est la légende si populaire des Trois morts et des Trois vifs. Il serait toutefois plus exact de dire que les miniaturistes ont figuré des morts tuant des vifs, car morts et vifs sont souvent là en nombre indéterminé . Parfois aussi on trouve à cette place des morts dansant en rond autour de la croix d'un cimetière. — Premiers mots : Dilexi quoniam exaudiet Dominus.

Viennent ensuite les Quinze joies de Notre-Dame, en tête desquelles on voit la Vierge assise tenant l'Enfant sur ses genoux, l'allaitant, jouant avec lui, lui présentant un fruit, une fleur, un livre, ou bien encore pressant son sein et en faisant jaillir du lait ; souvent la Vierge est entourée d'anges qui jouent de divers instruments ou offrent des fleurs ; quelquefois saint Joseph est présent et tend à l'Enfant une fleur ou un fruit. La Vierge peut être également représentée seule, les mainsjointes, environnée d'anges. Quel que soit, d'ailleurs, le sujet que choisisse l'artiste, il se plaît à placer ici des personnages en prière. — Premiers mots : Doulce dame de miséricorde.

Presque toujours les Quinze joies sont suivies des Sept requêtes de Notre -Seigneur. L'illustration

normale de cette prière est la Trinité, qu'on trouve figurée sous diverses formes ; la plupart du temps des anges l'entourent, portant les instruments de la Passion. Quelquefois le Christ est représenté seul, assis sur l'arc-en-ciel, les pieds sur le globe, ou bien debout, tenant le monde et bénissant. Souvent aussi, on voit à cette place le Jugement dernier. — Premiers mots: Doulx Dieu, doulx père, sainte Trinité.

Le volume se termine d'ordinaire par les Suffrages des saints. Précédée généralement de l'antienne et de l'oraison de la Trinité, cette partie des livres d'Heures est composée d'éléments très divers suivant les différents diocèses pour lesquels ils ont été exécutés. Cependant, on y trouve presque toujours les antiennes et oraisons des saints Michel, Jean-Baptiste, Pierre et Paul, André, Jean l'Évangéliste, Thomas, Philippe et Jacques, Barthélémy, Etienne, Laurent, Sébastien, Christophe, Nicolas, Antoine, et des saintes Anne, Madeleine, Catherine, Agnès, Agathe, Barbe, Marguerite. En tête de chaque article est représenté le saint ou la sainte avec ses attributs propres. Je ne m'attarderai point à décrire ces attributs qui sont connus de tous : il suffira de renvoyer aux traités spéciaux sur les caractéristiques des saints.

Beaucoup d'autres pièces peuvent occasionnellement figurer dans les livres d'Heures et y être précédées d'une image, comme la Passion, les Sept douleurs, les Cinq ou les Sept joies de la Vierge, en vers latins, l'Oraison à sainte Anne, en vers français, le Stabat mater, le Salue regina, les Cinq plaies, les Sept paroles, les Cinq oraisons de saint Jean l'Évangéliste, les Sept vers de saint Grégoire, les Sept ou les Huit vers de saint Bernard, les Psaumes pour les justes, pour les criminels, la Vie

de sainte Marguerite, en vers français, etc. ; mais les miniatures que j'ai indiquées ci-dessus sont bien celles qu'on doit y observer le plus souvent.

Assurément toutes les peintures des livres d'Heures ne sont point excellentes ; mais, lorsqu'on étudie attentivement un grand nombre de ces petits manuels, même les plus modestes, et qu'on les compare entre eux, on est frappé d'y voir presque toujours un effort très réel des enlumineurs pour éviter la monotonie. Aussi est-on amené à reconnaître que la plupart de ces illustrateurs, de simples manœuvres bien souvent, n'étaient pas aussi dénués de sens artistique qu'on le penserait à la suite d'un examen superficiel.

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