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LES PERSONNAGES, LES FONDS, LES BORDURES ET LES ENCADREMENTS

Si les miniaturistes ont été souvent tenus par des règles étroites, tant dans le choix des sujets que dans la manière de les traiter, ils ont bien été obligés aussi d'adopter des formules symboliques pour caractériser leurs personnages. Sans doute, quelques-uns de ces symboles persistent parfois avec une ténacité qui fait sourire aujourd'hui. Qu'un artiste représente la décapitation d'un roi, il ne lui fera point, même après la mort, abandonner ses insignes. Une tête de roi qui roule au loin, tranchée par la hache, demeure toujours coiffée de sa couronne, de même que la main n'a pas lâché le sceptre. Le professeur, l'homme qui enseigne, allonge invariablement un doigt quand il parle. Le médecin élève et mire l'urinai : pendant des siècles on ne figurera

guère le médecin dans une autre position. Les juifs portent le bonnet pointu. Les hôteliers tiennent un hanap à la main et ont des clefs pendues à leur ceinture.

On a étudié les caractéristiques des saints : on pourrait tout aussi bien étudier les caractéristiques des professions, elles ne sont guère moins constantes. Toutefois, si les attributs professionnels ne varient pas, les costumes, ainsi que le mobilier, diffèrent suivant les époques: car, fort heureusement, l'artiste du moyen âge n'a d'ordinaire aucun souci de la couleur locale. Lorsqu'on voit ce que, dans les temps modernes, a souvent produit de factice et de banal la peinture dite historique, on frémit à la pensée des reconstitutions de scènes antiques qu'auraient pu faire les enlumineurs du XIIIe siècle. Quelques-uns pourtant l'ont essayé ; mais beaucoup, quand ils veulent représenter des faits très anciens, se bornent à habiller leurs personnages de costumes vieux de vingt à trente ans. D'autres, les plus nombreux, — et ce sont leurs œuvres qui offrent aujourd'hui le plus d'intérêt, — d'autres ne se donnent même pas cette peine: ils figurent des gens de leur lemps, habillés à la mode du jour, quelle que soit la date des événements qu'ils reproduisent. L'anachronisme ne leur pèse en rien; et ce dédain de la connaissance des temps s'est maintenu fort tard. Au milieu du XVe siècle encore le miniaturiste n'a souvent pas plus de prétentions au savoir historique que ses prédécesseurs du XIIIe et du XIVe siècle. Dans les livres d'Heures, même dans ceux qui ont été exécutés à l'époque de la Renaissance, il n'est pas rare que la scène de la purification de la Vierge et de la présentation de l'Enfant au Temple se passe devant un autel dont le tableau est orné du Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Si l'on examine les peintures qui décorent les somptueux

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