ETUDES
Sixte V , par la célèbre bulle Immensa œlerni Dd, institua la Congrégation des Etudes.
Elle devait diriger , dans le principe, l'Université Romaine appelée la Sapience^ les collèges des Grecs ^ des MaromUs et des Néophytes établis à Rome, et les quatre Universités, alors principaux centres de l'instruction en Europe , je veux dire, celles de Paris , d'Oxford , de Bologne et de Salamanque.
Sa direction, quant à ces quatre dernières Unirversités, consistait à prendre soin de leurs affaires près le Saint-Siège , à lui représenter leurs bç-
soins, eic. , et quoique rUniversité d^Oxford fut iiifeciée d'hérésie , Sixte V ne Tabandonna point entièrement, mais s'efforça de la rappeler à Tunité,
Pie VU avait rintentjon de régler les études dans tout TEtat Pontifical et de perfectionner ainsi Tœuvre de Sixte V; mais il fut surpris par la mort, et Léon XII eut cette gloire le 6 des calendes de septembre 1824. La bulle i2^0(]? dmna Saptenlia qu'il publia à ce sujet renferme vingt-sept titres et trente-neuf articles. Sa Sainteté fit même frapper une médaille pour en perpétuer le souvenir, et elle se donne encore aujourd'hui au bene mer renti de la Congrégation.
Le 6 septembre suivant, Léon XII se transporU à l'Université de la Sapience pour y faire en personne l'ouverture des Cours. Il y prononça un discours fort remarquable qui fut imprimé et envoyé par le secrétaire d'Etat à tous les évéques de l'Etat Pontifical. Les paroles de Sa Sainteté devaient servir de règle , non-seulement à l'Université Romaine, mais encore aux autres Universités et aux écoles des différents diocèses , excepté les séminaires qui dépendent directement del'évéque.
Actuellement la juridiction de la Congrégation des Etudes, en fait du moins, ne s'étend point en dehors des Etats de l'Elise, et le recteur de la Sapience n'est point toujours un avocat consistoriai comme le prescrit la bulle de Sixte V.
Cette Congrégation se compose du cordinar préfet^ d'un certain nombre de cardinaux, de Mgr le secrétaire^ du sons-secrétaire et de quelques employés, ^
Ses bureaux sont dans le palais de la Chancellerie.
KIOPAGANDE,
La Congrégation de la Propagande est de la plus haute importance, surtout dans les jours où nous vivons.
Quelques-uns prétendent qu'elle doit sa naissance à Grégoire XIII. D'autres veulent que ce Pape n'en ait été que le promoteur. Quoi qu'il en soit de cette controverse , il est hors de doute : 1** que ce Pontife députa les cardinaux Caraffa, Médici et Santorio pour veiller à la propagation et à la conservation de la foi, parmi les Maronites, les Slaves^ les Grecs, les Ethiopiens, les Egyptiens, etc. ; 2® qu'il fonda à Rome plusieurs collèges , et, entre autres , les collèges Jmjlais ,
Grecs^ Maronites, etc., et quHl consolida la fonda-tion du Collège Germanique.
Clément VIII s'appliqua aussi d'une manière particulière à la propagation et à la conservation de la foi parmi les hérétiques et les infidèles. Une première réunion ou Congrégation eut lieu , à cet effet, devant lui le 11 août 1599. Les autres qui suivirent se tmrent toutes les semaines, et seulement en présence du cardinal Santorio , qui , pour cette raison, est considéré comme le premier préfet de la Congrégation de la Propagande ; mais la mort de Clément VIII, arrivée l'an 1605, ne tarda pas à y mettre fin.
Cependant, quelques années plus tard, le grand pontife Grégoire XV développa l'idée de ses deuac prédécesseurs, et reprit cette œuvre admirable qui est devenue h bras droit du Saint-Siège. Il publia, le 2â juin 1622, la bulle Inscrutabili divinœ Providentiœ , par laquelle la Congrégation de la Propagande fut instituée , ou du moins développée, avec un caractère de plus grande stabilité.
Sa Sainteté la chargea de tout ce qui concerne la propagation et la conservation de La foi dans les pays hérétiques ou infidèles, et telles sont encore ses attributions aujourd'hui. Parmi les membres qui la composèrent d'abord, on remarque le cardinal Ludovisi qui s'unit à Wadding dans la fonda-
Uon du Collège Irlandais; le cardinal Barbcrîni qui succéda à Grégoire XV, sous le nom d'Urbain VIII, et qui fonda le collège de la Propagande appelé de son nom Collège Urbain ; les prélats Vives de Valence, donateur du Palais de la Propagande et bienfaiteur du Collège, Âgueci, et François Ingoli qui en fut secrétaire , avec le Père Dominique de Jésus el Marie, général des Carmes*Dédiaussés.
Ce dernier contribua puissamment, par Ses instances réitérées, è rétablissement de cette Congrégation, et il l'aida de ses conseils et de son argent, ou plutôt par les abondantes aumônes dont il fut le zélé collecteur.
Le 33 juin 1632, le même Grégoie XV publia la Constitution Bomanum decet Pontificem ex pasioralis officii debiiOj dans laquelle il fut réglé que chaque nouveau cardinal paierait à la Propagande, pour son anneau cardinalice, cinq cents écus d^or, somme réduite sous Pie VII à sixcents écus d'argent.
Sa Béatitude , dans une autre Constitution , Cùm inier muUiplices et graviasimas aposiolatûs nosiri curas, ordonna d'expédier gratis toutes les facultés , bulles , brefs , etc. , pour les pays de mission, et soumit à la juridiction de la Propagande tous les collèges déjà établis , ou qui le seraient à l'aTenir, pour évangéliserccs contrées.
Le successeur de Grégoire XV, Urbain VIH, donna à la Congrégation de la Propagande le dé-
vcloppement le plus heureux. H confia la direction générale des affaires à son neveu le cardinal Antoine Barberini, et lui adjoignit , en cas de besoin, son propre frère le cardinal Antoine Barberini, du titre de Saint-Onufpe. C'est à partir de ces deux cardinaux que commence ia série non interrompue des cardinaux préfets de la Congrégation de la Propagande.
Alexandre VU fut aussi un des bienfaiteurs de la Propagande. Avant lui, cette Congrégation se réunissait tous les mois devant le Saint-Père; mais sous son pontificat, elle se réunît très-rarement, et c'est alors (1666) que les prélats secrétaires com* mencèrent à avoir des audiences régulières auxquelles ils portaient toutes les positions. Dans la suite des temps, la procédure ayant été simplifiée* ils ne portèrent plus à Taudience du Pape que leç documents nécessaires pour faire un rapport clair et exact.
Il serait trop long de parler ici de tous les legs pieux faits en faveur de la Propagande. Sous Alexandre VIF, elle possédait déjà des rentes considérables ; car Christine de Suède qui s'était retirée à Bome, après avoir abjuré le protestantisme, recevait d'elle une somme annuelle de vingt mille piastres.
Les revenus de la Propagande ayant considérablement diminué par suite de roccupation fran?
jçaise , Pie VU décréta, en 1817, Texemption de la Propagande de tout droit ou contribution, suivant ce qu'avait déjà réglé la Constitution Immortalis d'Urbain VIII, tombée en désuétude sur ce point, et il voulut que la Chambre Apostolique lui comptât , tous les mois , deux mille écus romains.
De plus , le Pontife transféra, le 19 juin de la même année, à la Congrégation de la Propagande tous les droits de la Chambre Apostolique sur ce qu'on appelle, en termes canoniques, Us Dépouilles sacrées {Sacra spolia) , jusqu'à l'occurrence de trente mille écus par an, somme qui n'a jamais été réalisée.
La Congrégation de la Propagande se compose actuellement du cardinal préfet, d'un certain nombre de cd^rdindimi, de Mgr le secrétaire, de quelques consulieurs, d'un protonotaire apostolique qui doit assister aux Congrégations générales , où il est question de missionnaires ou de personnes dépendantes de la Propagande, martyrisés pour la foi, et des employés.
Il y a ordinairement Congrégation générale tous les mois, le lundi matin, et Congrès auquel interviennent seulement le cardinal préfet, le secrétaire et les employés, toutes les semaines.
Comme je l'ai déjà dit, tout ce qui concerne la conservation et la propagation de la foi dans les
pays infidèles ou hérétiques, est du ressort de cette Congrégation.
Ainsi c'est elle qui envoie des missionnaires dans les différentes parties du monde, qui assigne les missions aux diverses corporations religieuses, qui présente les sujets au Saint-Père , pour les évèché&, les vicariats et préfectures apostoliques, etc. C'est elle, en un mot , qui est chargée du spirituel et du temporel des missions , et qui résout les controverses, doutes, etc. , qui pourraient s'élever par rapport aux juridictions, ou tout autre point de litige.
On peut distinguer dans la Propagande trois préfectures : celle de la Congrégation, de laquelle dépend le collège Urbain , et qu'on peut appeler générale; celle de ïimprimerie dans toutes les langues connues, et<;elle de Véconomie. Elles peuvent être occupées par trois cardinaux différents; mais c'est toujours le même secrétaire pour les trois.
Les bureaux se trouvent dans le palais de la Propagande, où habitent le cardinal préfet et Mgr le secrétaire.
IMMUxNITÉ ECCLÉSIASTIQUE.
Immunité est synonyme de privilège. Prise dans le sens religieux, Timmuni té est aussi ancienne que le monde. Elle se trouve partout , même au sein des peuples qui ne connaissaient point de lois écrites : il suffisait qu'ils eussent des temples pour les cérémonies sacrées et des ministres intermédiaires entre Dieu et l'homme.
A plus forte raison , la retrouvons-nous parmi les nations soumises à des lois consignées dans un code spécial. La législation en particulier du peuple Juif nous en fournit de nombreux exemples.
Sous la loi de grâce, l'immunité entoure presque le berceau de l'Eglise, et Ammicn-Marcellin,
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qui vivait au qualrième siècle, en parle ainsi que plusieurs écrivains, comme d'une chose déjà existante. L'historien Zozime en parie également et aflirmc, de plus, qu'elle fut toujours défendue avec zèle et courage, et par les Conciles et par les Souverains Pontifes. On n'a du reste, pour s'en convaincre, qu a lire les bulles de Grégoire Xill.
L'immunité, telle que nous l'avons dans l'Eglise Catholique d'après les saints Canons , est triple , locale^ réelle et personnelle.
1^ Locale. Si les païens ne permettaient pas qu'on violât les temples de leurs faux dieux, si les Hébreux avaient un si profond respect pour l'Arche d'alliance et pour le temple de Jérusalem , quelle vénération les Catholiques ne doivent-ils pas avoir pour leurs églises où s'immole si souvent l'Agneau sans tache, qui y réside ensuite eorpo- Tellement, par amour pour les hommes.
Ainsi, tout ce qui est profane et peu en harmonie avec la sainteté du Ueu y est défendu, comme sont les foires , marchés , ventes , festins , danses, représentations théâtrales, chants irréligieux, discours mondains, etc.
De même, par respect pour le lieu saint, il n'est pas permis d'eu extpaire les débiteurs ou malfaiteurs qui sont venus s'y réfugier sous la protection immédi^le de la Divinité, excepté dans les cas déterminés par les saints Canons y c'est ce qu'on ap-
pelle le droit cC asile , si religieusement respecté, même chez les païens.
Non-seulement les églises jouissent du droit d'asile, mais encore leurs portiques, leurs clochers qui ne sont pas éloignés de plus de trente pas, les oratoires publics établis par l'Ordinaire, les couvents des Réguliers des deux sexes, le palais des évéques, la maison du curé , le cimetière, le prêtre qui porte dans ses mains la sainte Eucharistie, etc.
2^ Réelle. Les biens du clergé et des églises sont exempts de tout impôt ou contribution, par la raison que le clerc éloigné de tout commerce, et exclusivement occupé du bien-être spirituel des fidèles, doit en trouver quelque part la compensation , d'autant plus <|ue le superflu des biens ecclésiastiques , après Vhonnéle entretien , doit être employé en bonnes œuvres.
3° Personnelle. L'Eglise Catholique étant une société parfaite, tous les clercs qui appartiennent aux différents degrés de sa hiérarchie à'ordre et de juridiction^ dépendent d'elle et ne sont soumis en rien à la juridiction séculière. 11 faut toutefois excepter le cas de litige entre un clerc et un laïque pour lequel l'on doit appli(iuer l'axiome du droit : TribnncU sequilur reum.
Les lois qui régissent la triple immunité dont nous venons de parler, étant purement ecclésias-
tiques , ont été modifiées dans plusieurs de leurs points par différents concordats.
La conservation de l'Immunité ecclésiastique et l'application des lois qui la concernent furent attri. buées par Sixte V à la Congrégation des Evéques et des Réguliers; mais comme cette Congrégation était encombrée d'affaires , les successeurs du Pontife formèrent dans son sein une Congrégation de prélats, exclusivement chargée de ces matières. Cependant cette Congrégation de prélats ne tarda pas à cesser d'exister, et , le 80 avril 1626 , elle tint sa dernière séance.
Urbain YIII voulut la remplacer la même année et d*une manière plus utile à l'Eglise. 11 institua , en conséquence , la Congrégation de l'Immunité ecclésiastique, qui se réunit la première fois, le 28 mai 1626. Nous n'en connaissons pas précisément les attributions; car, d'après tous les auteurs, le document relatif à cette fondation n*a jamais été publié, et l'on ignore si elle doit son existence à un Ordre de vive voix de Sa Sainteté, ou à une buUe, ou à un ire/*, ou à un décret consislorial.
Les successeurs d'Urbain VIII , Benoit XIII , Clément XII et Benoît XIV en augmentèrent et déterminèrent plus particulièrement les attributions, et Clément XIII, dans la bulle Prœslat Romanum Pbniificem^ du 23 août 1766, précisa la
ligDe de démarcation entre les juridictions ecclésiastique et civile.
Cette Congrégation se oompose aotuellen^en^ du cardinal préfet^ d'un certain nombre de qardmaui, do 4/99* k seeréiairey du nom-Mcrélme^ d^ quelques prélfUs et de plusieurs mployé$.
Parmi les prélats s^ irpuveiU toujours çin de$ auditeurs de Rote , le doyen de la Consulte, un protonotaire apostolique, un deselerqs de la Chambre, Mgr vicC'gérant, etc. Cas prélats «ppt chargés de faire les rapports dans les Congrégations , et d'aider ainsi les cardinaux qui f ^ raison dp leurs nombreuses occupations , n'ont pps le temps do lire les énormes dossiers que nécessitent ces sortes de procès.
Cette Congrégation est chargée de veiller à la conservation de la triple immunité, telle que nous Tavons expliquée précédemment , et de résoudre les controverses qui peuvent y avoir rapport. II est à remarquer toutefois qiie les affaires qui sont de son ressort, unp fois jugées par les évêques , ne doivent pas être portées au tribunal du métropolitain, ou d'un autre supérieur, par voie d'appel , mais à la Congrégation elle>méme par t?pte de re- CQifre»
Le Père Laniusca des Mineurs de l'Observance de Saint-François a recueilli , dans un manuscrit conservé aux archives de la Congrégation, les actes
principaux des Souverains Poniifes conoisrnant rimmunitédelS40i 1626.
Le même Religieux a recueilli pareillemenl les décrets immunitaires de Clément VU à Clérn^nt VllI , c'est-à-dire de 1523 à 1695 ^ et ceux de$ Papes suivants ; mais particulièrement de Paul V, de Grégoire XV et d'Urbain VllI , fondateur de la Congrégation de Tlmmunité.
Par les soins des secrétaires, le précieux travail du Père Lantusca a été continué , et nouQ avons la Collection authentique des décrets émanés d'elle jusqu'à nos jours. Elle n'est point imprimée; mais des auteurs privés nous en font connaître un grand nombre, et en particulier Ricci , abbé général de la Congrégation de Citeaux , qui nous en a donné un abrégé par ordre alphabétique sous le titre : SynopsiSj décréta et resolutùmes S, Congregatimùs Immunitatis. Cet ouvrage est estimé et cite exactement les dates des causes et leur place respective dans les registres officiels de la Congrégation.
On conserve pareillement dans les archives de la Congrégation de l'Immunité le recueil authentique des lettres formant la correspondance relative aux affaires d'immunité; mais, de même que la Collection des décrets , elle n'a point été imprimée.
La Congrégation de Tlmmunité a adressé aux Ordinaires des lieux, dernièrement et surtout de-
puis 1815, un certain nombre de circulaires, à l'effet de leur communiquer les instructions et les pouvoirs dont ils ont besoin dans ces sortes de questions et dans les jugements ecclésiastiques : elles se trouvent également dans les archives.
Il est bon de faire observer ici que les concordats passés entre le Saint-Siège et les différents gouvernements, surtout depuis Benoit XIV, ont considérablement diminué les travaux de cette Congrégation.
Ses bureaux se trouvent dans le palais de' la Cbanceljçric,