‹ Les ministères ecclésiastiques du Saint-siége dans la douzième année duChapitre 33 sur 49 · PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

PÉNITENCERIE APOSTOLIQUE

Tout le inonde connaît les archidiacres et les archiprêtres avec leurs attributions respectives, qui étaient autrefois dans toutes les cathédrales , et dont il ne nous reste plus guère que le nom. A Rome, dit le cardinal de Luca, l'archiprétre remplissait les fonctions de Grand-Pénitencier; car, comme le fait observer Lunadoro {Relazione délia Corte di Roma), si les évéques dans leurs diocèses doivent avoir , suivant les prescriptions d^Innocent III {cap, de Officiis ordinariù) , un Pénitencier , pour absoudre des cas qu'ils se réservent, à combien plus forte raison le Saint-Père

doil^il avoir le sien, lui dont la juridiction s'étend à tout l'univers.

La Pénitencerie à laquelle préside le Grand- Pénitencier est donc le tribunal du Saint-Siège pour le for intérieur , et chacun peut facilement comprendre d'où lui vient ce nom.

11 est certain que, dès les premiers temps du Christianisme, il y avait à Rome plusieurs Pénitenciers qu'on désignait par le nom de Preshyieri Pœnùentium ; ils étaient chargés , sous le Pape saint Corneille, en 254, d'absoudre au sein des pa> roisses les fidèles tombés dans l'idolâtrie pendant le temps des persécutions, pro modo culpœ admissam pœnilentiam iudulgerent^ d'où naquit le schisme des Novatiens qui ne voulut pas qu'on remit ces péchés.

On ne sait pas cependant avec précision à quelle époque remonte la première institution de la Pénitencerie. Bernini {Hist. deW Eresk) l'attribue au pontificat de saint Corneille. En effet, dit-il, le Pon* tife, voyant que les Novatiens ajoutaient l'hérésie au schisme , car ils attaquaient la confession et la rémission des péchés , écrivit aux évéques pour leur faire connaitre ces erreurs et les prier de se réunir en différents Conciles , dont les décisions lui seraient transmises. Il en convoqua lui-même deux à Rome , dans lesquels il excommunia les partisans de la nouvelle doctrine , et il voulut

qu'ils ne fussent absous qu'après avoir exposé nommément leurs erreurs, au moyen de suppliques qu'on appela Canones pcmitetUiàles. Ces suppliques ne diffèrent peut-être pas, dit le même Bernini, de celles qu'on adresse de nos jours à la Péniteneerie de toutes les parties du monde catholique pour l'absolution des cas réservés.

Le principeposéparsainlCornetUe^etsans doute par ses prédécesseurs, fut développé dans la suite, et Tan 304, le pape saint Marcel, qui désirait vivement réparer les dommages qu'avait causés à FËglise Tempereur Dioclétien , en détruisant ses temples et en confisquant ses cimetières , iitulos in Urbe Roma constitutt quasi diœceses prapterboftiitnum et pcmilentiam, etc.

La paix ayant été rendue à l'Eglise, deux prétrès furent établis dans chaque basilique patriarcale de Rome , pour imposer des pénitences suivant toute la rigueur des anciens Canons pénitentiaux, etc.; etÂnastase, bibliothécaire, dit, en parlant du pape Simplicius, qui vivait en 46f, constituit ad sanclos Petrum ^ PàtUum ci Laurentium hebdomadas propter pœnitentes et baplîsmum.

Les divere Pénitenciers de ces différentes époques relevaient sans doute d'un Pénitencier supérieur qu'on peut appeler Grand-Pénilencier,coinnie cela existait à Constantinople pour la pénitence publique. Cependant la mention la plus ancienne

que j'ai trouvée du Grand-Pénitencier du Pape, remonte à Honorius III, qui , en 1216 , choisit pour cette charge importante Jacques Pecoraria , son chapelain, que Grégoire IX, son sueesseur , éleva à la dignité de Cardinal.

On ne sait pas d'une manière bien précise à quelle époque le Grand-Pénitencier du Pape commença d'être un cardinal. Qudques-uns veulent que ce soit sous Benoit II , mais ce n'est pas l'opinion la plus commune. Quand la pénitence publique fut tombée en désuétude en Occident, les fidèles vinrent à Rome en grand nombre pour être relevés de leurs censures et absous de leurs cas réservés. Il est à croire , dit Zaccario , dans les notes à la Rélamne délia Corie di Roma de Lunadoro , que le Saint-Père confia alors à quelque cardinal Toflice important de le représenter vis-à-vîs de ces fidèles , comme vis-à-vis de ceux du pays qui se trouvaient dans la même position. Cependant le plus ancien Grand-Pénitencier cardinal que nous connaissions d'une manière certaine appartient au Pontificat de Grégoire X, à qui nous devons les lois pour les Conclaves et la F'acance du Siège JpostoUque ; ce fut le cardinal Pierre de Tarantaise, profond théologien de l'Ordre de Saint-Dominique et évêque d'Ostie , qui succéda à Grégoire X, en 1357, sous le nom d'Innocent VI. Les GrandsPcniicnciers qui vinrent

ensuite ne furent pas tous cardinaux ; mais saint Pie V régla dans sa constitution In omnibiu , que le cardinal Grand-Pénitencier serait toujours à Tavenir prêtre et docteur en théologie ou en droit canonique.

Les attributions de la Pénitencerie ont été plus ou moins étendues et ses oificiers plus ou moins nombreux , depuis sa première existence. Grand nombre de Souverains Pontifes s'en sont occupés avec un soin particulier : Eugène IV, Sixte V , Const. Qtumiam nonntdliy Jules III, bul. Rcttioni eûngruit; Pie IV, Const. In mblimi; saint Pie V, bul. Ut bontts et In omnibtts-f Urbain VIII Const. Régimini, citée par Nicolio , partie 2, lucubrat. lib. 5, tit 39; Innocent XII Const. Romanus Pontifear, Clément XII, Const. JpostokUûs officium, etc. ; et fina!en>ent Benoit XIV, Const. Pcutar bonus , des ides d'avril 1744. ^

Ce dernier y fit de grands changements : dans la bulle que nous venons de citer , il détermina avec précision les pouvoirs du cardinal Grand- Pénitencier, et dans celle In Jpostolieœ , les obligations des Officiers de la Pénitencerie, leur nombre et la manière de les élire. Ce tribunal qui , sous Pie IV, lors de la réforme de la Curie romaine décrétée par le Concile de Trente , avait déjà perdu beaucoup de ses attributions dévolues à la Daterie et aux Brefs, se trouva limité à ce qui concerne le

for intérieur, il n'a subi aucune modification depuis Benoit XIV.

Ainsi aujourd'hui, généralement parlant , toutes les affaires qui regardent le for intérieur de la conscience sont du ressort de ce tribunal : il absout des cas réservés et relève des censures de la bulle In Coma Domini^ il absout les Réguliers pro tUroque foro^ et quelquefois même les laïques , les hérétiques occultes, les hérétiques publics jpro/bro mterm tantùm^ quoiqu'ils ne soient pas exceptés dans la bulle In Cœna Domini , rend valides les promotions simoniaques comme les vœux simples et dispense des vœux solennels , en les remplaçant par des bonnes œuvres, dispense des irrégularités ex defectii et ex delicto qui s'opposent à l'entrée en religion, des empêchements occultes des mariages , permet aux Réguliers de passer d'un Ordre dans un autre, et a beaucoup d'autres pouvoirs que l'on peut voir plus détaillés dans l'avocat Daniel : Recens Praxis romance Curiœ, p. 100 , et dans le cardinal Pétra , Tractatus de PaBnitentia-riâ Jpostolicâ. Celui*ci traite à peu près toutes les questions qui regardent la Pénitencerie.

C'est le Grand-Pénitencier qui donne les cen. dres au Saint-Père, le Mercredi des Cendres , et chante, ce jour-là, la Messe Coram SancUssimo. C'est lui qui assiste le Pape dans ses derniers mor ments, lui donne l'Extréme-Onction et lui applique

rindulgence in arliculo mortis. II conserve ses pouvoirs pendant la vacance du Siège Apostolique, et s'il venait à mourir, alors les cardinaux en conclave élisent, à la pluralité des voix , trois jours après sa mort^ un pr<hPénitmcier^ dont le mandat finit par l'élection du nouveau Pontife.

Le Grand-Pénitencier qui, jusqu'à Pie IV, était considéré comme le premier dignitaire de la Cour de Rome, vient actuellement après le Vice-Chancelier et le Camerlingue de l'Eglise Romaine. 11 se fait aider par les Pénitenciers majeurs , officiers principaux de sa Secrétairerie dont nous allons dire un mot, et par les Pénitenciers mineurs , des basiliques deSaint«Jean de Latran, de Saint- Pierre du Vatican , de Sainte-Marie Majeure et du Sanctuaire de Lorette , qui appartiennent aux diflférenies nations catholiques. Les premiers sont Conventuels , les seconds , des Mineurs Réformés de Saint-François , les troisièmes, Dominicains, et les quatrièmes, Conventuels. Ils dépendent du Grand* Pénitencier pour tout ce qui a rapport à leurs fonctions, et, pour le reste, ils relèvent de leurs Supérieurs respectifs.

Le Grand-Pénitencier se transporte successivement dans les trois basiliques patriarcales dont nous venons de parler pendant la Semaine-Sainte, pour absoudre de leurs cas réservés les nom.

breux fidèles qui viennent à Rome pour cette épo-

que^et les personnes du pays qui pourraient en avoir besoin. Il tient à la main une longue baguette, signe de sa juridiction. Les fidèles qui , avec les dispositions voulues , en reçoivent un petit coup sur la tête, gagnent cent jours d'indulgences , et le Grand-Pénitencier en gagne aussi cent pour lui-même. C'est bien ici le cas d'appliquer les paroles du Prophète : Firga tua et bacuhis tuus ipsa me consoUUa sunt.

Les Pénitenciers mineurs ont aussi une ba.

guette moins longue , mais dont la signification est la même. Les fidèles qui, avec les dispositions voulues, en reçoivent un petit coup sur la tête gagnent quarante jours d'indulgences à Notre-Dame de Lorette, et trente dans les Basiliques de Rome. Les Pénitenciers gagnent pour eux-mêmes autant d'indulgences qu'ils en font gagner auK fidèles.

Le tribunal de la Pénitencerie, présidé par le cardinal Grand-Pénitehcier et dont le nombre des officiers employés a souvent varié , se compose actuellement de ceux qui suivent :

V Le Régent, C'est le vicaire-général du Grand- Pénitencier et Tun des prélats les plus distingués de la Cour de Rome. Il expédie plusieurs aiïaires par lui-même , et réfère celles pour lesquelles il n'a pas de pouvoir, au Grand-Pénitencier, à la signature ou congrès de la Pénitencerie, etc. ;

2® Le Datcfire. C'est un autre Prélat qui doit

écrire sur les suppliques la date du jour et da mois, Tannée du Pontificat ou de la vacance du Siège , indiquer le palaisi habité par Sa Sainteté et ajouter son nom et son prénom ;

3® Le Théologien. C'est un religieux de la Compagnie de Jésus, chargé d'aider le Grand- Pénitencier, dans les cas de morale les plus difficiles;

4** Le Canonisle. Il est pour les sacrés Canons ce qu'est le Théologien dans les matières de son ressort;

5** Le Correcteur. Il est chargé d'examiner si les suppliques des procureurs ou des sacrétaires sont en règle et suivant le style de la Pénitencerîe; c'est pourquoi Morcelli l'appelle Prœposittis libellû Posnitentium recognoscendis ;

6® Le Scelleur (Sigillatore). Il garde le sceau public de la Pénitencerie et signe les lettres de ce tribunal après le Correcteur;

7^ Le Fice-Scelleur (pro-Sigillatore). Il aide le Scelleur dans plusieurs points ;

8** V Archiviste et le Chapelain^ dont le nom indique l'emploi;

9** Quaire Copistes (Scrittori quatro). Ils sont admis au concours qui se tient devant le Régent et le Correcteur , et ils sont chargés d'écrire les lettres de la Pénitencerie ;

10° Sir Copistes surnuméraires (Scrittori sur^ numerisei);

11^ Le Distributeur des mcUières; 12^ Deux Registrateurs (Registratori due); 13^ £tf Computisle. Il est chargé des finances; 14*^ Le Portier.

Tous les officiers de la Pénitencerie sont prêtres et ont le secret de la confession qu'ils jurent de garder entre les mains du Grand-Pénitencier. Les affaires s'y expédient de deux manières , les plus importantes par le Grand-Pénitencier seul ou aidé de la signature ou congrès de la Pénitencerie , et les moins importantes par le Régent seul, ou aidé des officiers inférieurs. Tout s'y fait gratis ; c'est pourquoi on lit sur chaque pièce qu'elle expédie : Gratis ubique.

Le Pénitent peut demander lui-même directement l'absolution des cas réservés dans lesquels il est tombé ; mais alors il est obligé d'indiquer le , nom et la qualité du confesseur qui doit lui appliquer cette absolution , et c'est celui qui est désigné qui doit le faire et non pas un autre. Ordinairement , c'est le confesseur lui-même qui demande les pouvoirs nécessaires; mais toutes les demandes arrivent cachetées à la Pénitencerie et les réponses ne sont expédiées que cachetées avec le plus grand spin.

Les bureaux de ce tribunal sont sous l'habitation du cardinal Grand - Pénitencier , place de Venise, nM07.

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