‹ Les Ministères en FranceChapitre 16 sur 34 · ARE EC · texte numérisé non relu

ARE EC

Lui-même forme un cabinet (80) le 19 juillet, où la liste des ministres et sous-secrétaires d'Etat reste la même, sauf ce qui suit :

1° Le ministre des finances n’est plus qualifié de vice-président du Conseil, c’est à nouveau le garde des sceaux, qui conserve les affaires d'Alsace et de Lorraine.

2° Il n’y a plus de sous-secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil, mais un sous-secrétaire d'Etat au département ministériel du président du Conseil : les affaires étrangères, le secrétariat général de la présidence du Conseil de 1824-1995 étant rétabli, avec le même titulaire.

3° Un second haut-commissariat, à l’émigration et à la naturalisation, s’ajoute à celui de l’habitation, qui devient tout de suite vacant du fait du refus du précédent titulaire (81) de le reprendre; il n’est pas remplacé, car la crise financière s’aggravant, les événements se précipitent : après deux jours d'existence, le nouveau cabinet est renversé par la Chambre le jour même de sa présentation devant le Parlement (82), le 21 juillet (83).

La période de six ans envisagée peut encore se diviser en deux phases distinctes :

Dans la première, de 1920 à 1924, après un renversement politique assez marqué, on assiste à une contraction continue du personnel gouvernemental, dont l’action passe, par une insensible transition, du domaine de la politique étrangère au plan financier interne. On aboutit à un projet d’affaiblissement du régime parlementaire que le suffrage universel repousse.

Dans la deuxième, de 1924 à 1926, cependant que le nombre des ministres reprend son mouvement d'augmentation, on assiste d’abord à une sorte de remise en honneur des questions de politique extérieure; puis la crise financière reprend le pas dans les préoccupations de tous. En même temps, le régime parlementaire semble sorti de la salle des séances publiques pour passer dans les comités électoraux, dans les groupes ou dans les commissions. Nous avons eu une contrefaçon de régime parlementaire, dans les coins » (84). « C’est ainsi qu’en France même, on a vu naître un état d'esprit peu favorable aux institutions plus clair de leurs forces. Pendant la guerre encore, c’est le Parlement qui, en remplissant heure par heur son devoir, a mis l’armée à même de défendre le pays. Collaborez avec le Parlement, ne le supprimez pas. »

(80) Voir APPENDICE, annexe 19.

(81) En ces termes, dans une lettre du 20 au président du Conseil : « Je considère que la plus grosse partie de l’importante besogne que j’ai entreprise est maintenant terminée. » La tâche du haut-commissaire à l’habitation est-elle alors si près d’être accomplie?

(82) Cf. Seconde partie, Titre II, Chap. II, note 13.

(83) « M. Herriot voit paralysés par son entourage ses efforts en vue de la constitution d’un ministère de concentration loyale, ouverte, franche et affichée. » J. BARTHÉ-

zemy, Revue du Droit publie, 1928, p. 633.

(84) Ibid.

RERO LE

parlementaires, dépassant l'indifférence et le scepticisme coutumiers, qui contraindra le Parlement à subir une véritable abdication » (85) au profit du gouvernement, ce qui ne s’est pas réalisé en 1924 se réalisera en 1926 : dans l'intervalle, la question financière influençant la

situation politique, la France a eu douze ministres des finances dans neuf gouvernements.

(85) Esmeix et NÉZARD, op. cit., t. 1, 1927, p. XIV.

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