CONCLUSION
Passé et Avenir
Avant de quitter l'examen de ces dix-huit années de vie gouvernementaie française : six ans de situation exceptionnelle résultant du conflit universel, six ans de contraction du personnel ministériel, six ans d'augmentation, il nous faut dégager les lignes d’ensemble du monument après en avoir examiné les détails. Le 13 juin 1914,'le gouvernement français compte dix-sept membres; le 21 février 1932, vingt et un. Dans l'intervalle, ce nombre est descendu jusqu’à treize et est monté jusqu’à trente-quatre. Essayons, tout en nous inspirant de la leçon anglaise de la « mère des Parlements », d'arriver à une solution d’équilibre, de mesure et de raison, à une solution française.
Si le caractère inégalitaire du gouvernement britannique, se caractérisant par ses soixante membres d’une part, d'autre part ses fonctionnaires permanents mainteneurs de tradition et de continuité, ne saurait nous convenir et conduirait, par une multiplication déréglée de fonctions, à une véritable agence de désordre, davantage que les ambitions des hommes, les exigences des groupes et les nécessités de la politique, reconnaissons, en nous abstenant de la facile raïllerie, que la prolifération inéluctable et continue des postes de gouvernement s’imposerait déjà à nos hommes d'Etat par l’évolution rapide du progrès contemporain.
On peut juger les choses d’une façon morose : « C’est au moment où la tâche des gouvernants devient le plus ardue que se révèlent le plus clairement leur mysticisme et leur incapacité technique, attachés qu’ils sont à des conceptions périmées. Il ne leur faut plus seulement l’autorité et la continuité qui pouvaient suffire aux gérants d’un Etat chargé des fonctions de police, mais encore la compétence pour diriger des services multiples et résoudre les problèmes économiques et financiers; malgré conseils économiques et comités d’experts, l’absence de toute force constructive ouvre la porte à la dictature d’une minorité, c’est-à-dire au bolchevisme ou au fascisme » (1).
Nous préférons pour notre part une vision claire des réalités : « I y a quelques chefs. Il faut les reconnaître, les dégager, les porter au
(1) Esmerx et NÉzanD, op. cit. t. I, 1927, p. XV.