LE BÉNITIER
Quand donc quitterai-je ce bagne,
D'où presque tous mes vers j'écris
Et que Ton appelle Paris,
Pour aller vivre à la campagne ?
Loin de la mode, de ses lois
Et de ses serviteurs ineptes,
Je ne suivrais plus de préceptes
Que ceux du vieil esprit gaulois.
Dans un village solitaire,
Sur le bord du Pas-de-Calais,
En face du rivage anglais,
J'aujais mon morcelet de terre ;
Et, parmi les bons paysans.
Que si bêtement l'on diffame,
Je passerais, avec ma femme
Et ma fille, mes derniers ans.
De Boulogne, Henri Caudevelle
Viendrait souvent, pour nous charmer^
Nous lire, en patois de Samer,
De lui quelque page nouvelle.
Voulant rester à la hauteur,
Je lui répondrais, pour mon compte,
Aussitôt, par mon dernier conte.
Car je serais encor conteur ;
Mais je ne tiendrais plus boutique
De ces contes faits tout exprès
Pour Paris, et je ne ferais
Plus rien que le conte rustique.
Moins prétentieux que Baïf
Et simplifiant mon langage.
J'accroîtrais alors mon bagage
D'un recueil plaisamment naïf,
Dont, sans mystère, chaque histoire
Sortirait, naturellement,
Avec un moderne agrément.
Du national répertoire.
Tout comme en provient, Dieu merci !
L'histoire rabelaisienne
Et point du tout parisienne
Que je m'en vais vous dire ici.
Une bachelette champêtre, Dont le malin soleil d'été Mûrissait la précocité, Un jour qu'elle conduisait paître Son joli moutonnier troupeau.
Fit rencontre d'un petit pâtre