E BÉNITIER
Qui semblait sculpté dans Talbâtre, Si fort blanchette était sa peau.
Ah ! que vite une fille glisse Au scabreux, même sans leçon.
Quand Tignorance d'un garçon Par hasard se fait sa complice 1 Près de la chanson d'un ruisseau Qui jasait, monotone et tendre, Côte à côte allèrent s'étendre Cette pucelle et ce puceau.
Pour témoigner de sa tendresse, A l'envi chacun s'efforçait...
Le garçon, lui, ne connaissait Que l'A B C de la caresse ; Mais la fille, à la fin, trouva Pour lui la chose libertine Que l'aventureuse Bettine Fit au jeune Casanova.
Disons, d'ailleurs, que la petite En voyant le pâtre effaré, S'en courut tôt chez le curé, Et s'accusa, tout interdite.
De ce que — sans penser à mal, Et d'une façon, jurait-elle, Absolument accidentelle — Elle avait commis d'anormal.
Le curé lui dit : " Plus ne pleure.
Le bon Dieu te fera quartier.
Pourvu que dans le bénitier De l'Eglise, tout un quart d'heure.
Après la messe de demain.
En manière de pénitence Et pour obtenir ta quittance, Tu laisses bien tremper ta main.
Or, au fond de la vasque sainte, La pauvrette, le lendemain, Baignait dévotement sa main, Lorsque, dans la pieuse enceinte, Une garcette se glissa, Qui, la voyant ainsi contrite Avec cinq doigts dans Teau bénite.
Demanda : « Pourquoi fais-tu ça ? »
Et, quand elle connut l'affaire.
Elle cria : « J'allais ici Venir me confesser aussi.
Mais m'en abstenir je préfère; Car, vois-tu, dans le bénitier, Vu de mes péchés l'importance, Moi, je devrais, pour pénitence, M'asseoir pendant un jour entier ! »