‹ Les minutes libertinesChapitre 104 sur 154 · LA POSTURE DE SAINT PACOME · texte numérisé non relu

LA POSTURE DE SAINT PACOME

Tout en se bouchant les narines,

Saint Pacôme, un jour, priait Dieu

Dans ce vil et malpropre lieu

Qu'en prose on nomme les latrines.

Survient tout à coup le Démon,

Être des cornes aux pieds croche,

Qui de prier là fait reproche

Au disciple dePalémon.

« D'un endroit qui si mal odore, »

Glapit l'empereur du Néant,

(( Crois-tu donc qu'il est bienséant

Dédire au Seigneur qu'on l'adore? »

Lors, le bon moine lui repart :

« Que cela ne te mette en peine :

Ce qui monte en haut. Dieu le prenne;

Ce qui tombe en bas soit ta part. »

Ce quatrain est d'un anonyme,

Mort on ne sait à quel moment.

Et je lui fais ouvertement Cet emprunt en somme minime.

L'anecdote est aussi de lui, Et je Tai prise pour exorde Pour la raison qu'elle concorde Avec ma matière, aujourd'hui.

La posture de Saint Pacôme,

Qui fâchait si fort le démon,

Fut, au dire de Saint-Simon,

Très à la mode, en le royaume

De France, au temps du grand Louis;

Car — ce n'est pasunefîchaise —

Ce roi recevait sur sa chaise

A trou ses sujets éblouis;

Et — chose presque inavouable —

Les marquis, pour faire leur cour,

Demandaient au Roi tour à tour :

« La matière est-elle louable?»

Et n'était pas de gens bien nés

Qui n'eussent voulu, la voix haute,

Trouver l'odeur du royal hôte

Divine àleur indigne nez.

C'est le parfum qu'en les ruelles

(Alcôves, si vous aimez mieux)

Respiraient nos nobles aïeux.

Quand ils allaient voir leurs cruelles.

Vers les dix heures du matin;

Et dans l'exhalaison blessante

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