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LA POSTURE DE SAINT PACOME

Dont la cause était fort récente, Chacun faisait son galantin !

Lecteur, vainement tu tressailles De dégoût : je n'invente rien. On se délestait bel et bien Dans les corridors de Versailles :

Car, ce sont là des faits prouvés, Dans le palais où La Vallière Fut avec Louis familière, Il n'existait point de « privés » !

A Paris, était-il un être, Durant ce siècle de gala.

Qui n'eût jeté sa... son... cela, A tout instant par la fenêtre ?

Et Léandre, ce jeune daim, Sous le balcon de saClélie, N'eut-il passa veste salie Par la faute de Trufîaldin ?

Sans que l'envie en fût féroce.

On faisait cela n'importe où :

Chez soi, chez les autres, partout :

On le faisait même en carrosse ; Pour le besoin, pour le plaisir; Pour rien, ou bien pour l'équilibre ; Parce qu'avoir le ventre libre Etait le principal désir.

Aussi, les femmes de l'époque Dépensaient-elles peu de sous Pour s'acheter de vains dessous ; Et (bah ! tant pis sije vous choque !

C'est de l'histoire, au demeurant!) Sous sa robe de grand'tenue Chacune avait la jambe nue, Quelque juché que fût son rang.

Chacune, donc, dans le royaume, Pouvait toujours, en cet état, Prendre, sans impedimenta^ La posture de Saint Pacôme.

LE MÉDECIN D'ORSARA

Or, le chevalier d'industrie

Casanova, ce maître fou,

Comme il se rendait à Corfou,

S'arrêta dans un portd'lstrie,

Appelé, je crois, Orsara,

Et, bien qu'il cherchât le mystère.

Tout aussitôt qu'il fut à terre,

Quelqu'un d'un salut l'honora.

D'un salut, d'ailleurs, très servile,

Et, d'une obséquieuse voix,

Lui dit : « Est-ce la prime fois

Que vous venez en cette ville ? »

— a Non. L'an dernier, il m'arriva

De traverser votre presqu'île.

Au surplus, laissez-moi tranquille, »

Lui répondit Casanova.

« Nenni I Car j'ai la certitude,

En vous voyant, Monsieur, de voir

Un homme que j'ai le devoir

De combler de ma gratitude ;

Et VOUS allez, foi de docteur !

Venir vous asseoir à ma table, Puisqu'il est. dis-je. indubitable Que vous êtes mon bienfaiteur ! »

Ayant insisté de la sorte, Cet honnête fâcheux obtint Du maléfique libertin Qu'il franchît le seuil de sa porte.

Après un copieux et sain

Déjeuner quasi dînatoire,

Il expliqua : « Voici l'histoire,

Cher Monsieur. Je suis médecin.

Depuis dix ans. dans cette place.

J'enrageais de ne gagner rien.

Car toutes gens s'y portaient bien,

Si bien qu'enfin, de guerre lasse,

J'appelais, comme un scélérat,

De tous mes vœux, la scarlatine,

Le croup, la lèpre levantine,

Le typhus ou le choléra !

J'en suppliais les saints, les saintes,

Et le ciel même 1 Mais en vain !

Et déjà, je manquais devin,

Lorsque, par grand bonheur, vous vîntes !

Et, de ce chef, il se trouva

Que je me vis tiré d'affaire! »

— u Comment cela put-il se faire? »

S'enquit, sur ce, Casanova.

LE MEDECIN DORSARA 2^i

« Vous restâtes sur notre côte

Seulement pendant une nuit,

Mais séduisîtes, par ennui,

La gouvernante de votre hôte, »

Poursuivit notre charlatan.

« Cette gouvernante opportune

Se dévouait à ma fortune,

Sans s'en douter, à cet instant !

En effet, lorsque vous partîtes,

Vous laissiez un mal dans sa chair

Dont les conséquences, mon cher,

Ne devaient point être petites I . . ,

Ce mal passa de main en main

(Si j'ose dire), car la femme.

Ignorant son état infâme,

Le donna, dès le lendemain,

A l'un des amants de l'épouse

Du seigneur de cette maison !

Cette épouse aimait à foison

Et tant qu'en un mois, plus de douze

Citoyens de ce morne lieu.

Devenus soudain les victimes

De ses caresses trop intimes.

Se mirent à blasphémer Dieu...

Mais, comme la chose est fréquente,

Ces douze amants ainsi vaincus

Etant mariés et cocus.

J'eus de clients plus de cinquante !...

Ce n'est pas toutl... Le mois suivant

Ne fut, certes, pas moins fertile !...

Alors, je devins Thomme utile,

Car sur le cas j'étais savant.

Donc, pendant toute cette année,

Je m'en allai, m'enrichissant,

Purger de votre mal le sang

De la ville contaminée.

A l'heure actuelle, maris.

Femmes, valets etcaméristes.

Naguère encor honteux et tristes,

Par mes soins — hélas ! — sont guéris !

Mais par chance, la Providence

Vous ramenant de ce côté,

Dois-je pas, sans témérité,

M" attendre à nouvelle abondance? »

Alors, l'erotique bandit,

Souriant d'un air ironique

A cet empirique cynique,

Après un temps lui répondit :

« -Cher docteur, je vous rends hommage,

Mais je vais bien en ce moment. »

Et l'autre soupira : « Vraiment!

Vous allez bien ?... Que c'est dommage! »

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