LE NOTAIRE A CONFESSE
Vinrent pour dire leurs péchés
Mignons à ce ministre infâme,
Abruti par sa nuitée... Or,
Elle, tout d"abord, au gorille
Embusqué derrière sa grille
Récita le Confleor :
Et puis, défaillante de honte,
Mettant son triste cœur à nu,
Du plus gros jusqu'au plus menu
De ses torts elle fit le compte.
Pauvre petite Bovary
Sujette à d'amoureuses crises.
Elle avoua qu'à trois reprises
Elle avait trompé son mari ;
Et, dès qu'elle eut vidé la soute
De sa conscience aux abois.
Elle crut entendre une voix,
Et partit, se croyant absoute.
La vérité, c'est qu'au moment
Où le vilain voulut l'absoudre.
Le sommeil, prompt comme la foudre,
Tomba sur lui précisément.
Cependant, le brave notaire,
Selon le programme tracé,
S'était dans la niche glissé
A la place de l'adultère.
Ayant fait son meà eulpâ.
Il allait, rougissant dans l'ombre,
Dire de ses péchés le nombre,
Quand un ronflement le frappa.
Lors, il dit : <» Vous ronflez, mon Père! »
Mais jugez s'il se trouva sot,
Car, se réveillant en sursaut :
« Madame, vous riez, j'espère ! »
Sécria notre individu.
« Quoi! moi, je dors? L'affaire est neuve !
Je dors?... Vous faut-il une preuve
Que j "ai nettement entendu
(Hélas ! Seigneur!) ce que vous n'eûtes
Pas le courage de cacher
Au confesseur de ce clocher
Dans ces deux dernières minutes?...
Vous m'avez (j'écoutais, c'est clair?)
Dit que vous aviez fait la chose,
Qu'à définir à peine j'ose,
Trois fois avec le maître clerc ! »