LE MARI COMPLAISANT
Je m'en vais vous dire, à présent,
Le cas d'un mari complaisant.
Tallemant — encor — nous lexpose,
Sans vain bavardage, sans pause,
Tout ainsi qu'un homme qui n'a
Que Yad eventura festina
D'Horace pour seule devise,
El, partant, toujours au but vise.
Certes, c'est bien. Mais, pour ma part,
Je trouve qu'entre le départ
Et Tarrivée, en toute chose,
Il est agréable, et, si j'ose
Ainsi dire, c'est notre droit
De faire halte en quelque endroit.
Laissez-nous souffler, je vous prie.
Et souffrez quelque llànerie.
Car voyager sans un arrêt,
Et conter en style concret.
3(8 LES MINITKS I.inKKTINES
Et toujours filer comme flèche, C'est le propre d'une àme sèche ; Sachez que pas plus quun marmot Je ne sais tout dire diin mot.
Pourtant, bien quici je m'irrite, Ce Tallemant eut du mérite ; Et je tiens pour fort amusant Son trait du mari complaisant.
Ce mari, de bonne figure, Mais d'un cerveau sans envergure, Avait, chez un homme de loi, Un obscur et chétif emploi ; De sorte que, dans son ménage, Ce médiocre personnage Portait de quoi, bon an mal an, Manger, chaque jour, un merlan Tout juste et boire de leau claire.
Mais, comme à bord de la galère Conjugale, si l'on permet Cette image, avec lui ramait Sa femme, laquelle, étant belle, Aux galants n'était point rebelle, On faisait, en toute saison.
Très bonne chère à la maison; Car, si le mari de pécune Ne savait gagner presque aucune, I/épouse, en revanche, avait Tart D'en gagner aussi gras que lard.