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IL NE FAUT PAS DIRE : FONTAINE

« Ciel ! que d'histoires de cocus î De votre éditeur on suppose Que vous touchez de gros écus Pour ne rien écrire autre chose !

Non, mais, là, raisonnablement, Serait-ce chez vous un système, Et ne pourriez-vous, un moment, Un seul moment, changer de thème ?

Pour vous donner matière à vers Et nous induire en humeur saine.

Vous faut-il donc de l'univers De cocus encombrer la scène?

Eh! oui, les cocus, palsembleu!

Nous savons qu'ils vont par centaines, Par milliers, même, et qu'il en pleut Dans Paris comme dans Athènes.

Mais, Monsieur, s"il en pleut des cents, Et si tant leur espèce abonde,

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Sont-ils les seuls intéressants, Et n'est-il que cocus au momie"? »

Mon Dieu ! lecteur, je ne sais point S'il n'est que des cocus sur terre ; Mais je suis savant sur un point, C'est que je ne saurais m'en taire, Que vos sermons sont superllus.

Qu'il s'en faut que je les écoute, Et, mon cher, qu'une fois de plus, Vous m'entendrez, coûte que coûte.

Celle dont parler je vous vais

Est encore une rôtisseuse ;

Non pas, certes, d'instincts mauvais

Comme la Quonian, ni farceuse.

Mais nette et brillante de cœur

Comme une lame de Tolède.

C'est donc, me direz-vous, moqueur.

Apparemment, qu'elle était laide ?

Eh ! oui ; louche, le nez pointu.

Et plus jaune qu'une Morisque,

Et de sorte que sa vertu

Ne courait que fort peu de risque.

Son époux était convaincu,

La voyant si peu ragoûtante,

Qu'il ne serait jamais cocu.

Mais, lorsque le diable nous tente !

Vous savez, le hasard est grand î...

Une laide, la belle affaire !

Si la rage, une fois, la prend,

Qui peut l'empêcher de mal faire?

Or, il advint que faire mal

Séduisit, un beau soir, la nôtre.

Qui transforma son animal

D'époux en cocu comme un autre.

Il n'est que juste, au demeurant,

De dire que ce nicodème

A ce grade déshonorant

Se promut quasiment lui-même ;

Car, s'il n'avait pas, nuit et jour.

Déclaré, partout, que sa femme

Etait un remède à l'amour.

Il est certain que l'heure infâme

Pour lui n'aurait jamais sonné.

On peut, du moins, fort bien l'admettre,

Mais il était prédestiné ;

Et nul de son sort n'est le maître.

Comment la chose se passa ?

Comment il devint sganarelle ?

Eh ! je vais vous raconter ça De façon brève et naturelle.

Cet homme avait un apprenti, Jusqu'alors exempt de reproche, Et qu'il avait eu tout petit Chez lui pour surveiller la broche.

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