LE PLUS BEAU JEU
Sous l'œil de Phébé taciturne,
Les amants marchent, comme il sied.
Sans seulement lever un pied,
Au cours du voyage nocturne
Qui mène à la satiété
Et que Tamour, notre grand maître.
De kilomètre en kilomètre,
Nous jalonne de volupté.
Or, les femmes les moins lubriques
N'ont, pour nous, les hommes, de goût
Qu'autant que nous passons beaucoup
De ces bornes kilométriques.
Peu leur chaut que nous soyons laids,
Si, ne connaissant pas de digue.
Sur ce chemin-là, sans fatigue.
Nous brûlons de nombreux relais,
Et si, trouvant toujours ripostes
A leurs attaques, fiers garçons,
En leur honneur nous fournissons.
Sans faire halle, maintes postes!
Aussi, faut-il voir leur pitié
Quand, trop tôt vaincus dans la joute.
De la voluptueuse route
Nous ne faisons que la moitié !
C'est qu'elles ne peuvent admettre,
Tant elles y trouvent d'attraits,
Que, soudain, nous rompions nos traits
Après le second kilomètre.
Naguère, un nouveau marié.
Qui savait bien ce que femme aime.
Plein de confiance en lui-même.
L'imprudent! avait parié Quil aurait assez de ressource Et se sentait sûrement prêt Pour dix étapes sans arrêt Pendant la nuptiale course.
Il trotta d'abord gentiment Et gagna la cinquième borne.
Mais, tout à coup, il devint morne.
Au très grand désappointement De la courageuse épousée.
Laquelle à marcher plus avant Dans ce joli chemin mouvant Se montrait encor disposée.
Et, devant la cendre du feu Invoquant Vénus immortelle :