CONTE D'OPIUM
Jusqu'à quel point l'amour du lucre Est absent du cerveau gentil De ce gracieux ouistiti Friand de crevettes au sucre.
Car elle est satisfaite et rit Si l'amant d'un soir la régale De deux- bananes du Bengale Et de trois sous de céleri ;
Et, si la dinette s'arrose De quelque rasade de thé, Elle vous livre sa beauté Sans se soucier d'autre chose;
Et, sortant son joli corps nu De la gangue de sa ceinture, Elle s'offre toute en pâture Avec un sourire ingénu.
Pourtant, la mousmé dans mon rêve.
Se complaît à me décevoir, Et, différant le chaud devoir, Agite le panka sans trêve.
Moi, je guette l'instant très cher Del'étreindre d'un bras robuste, Et de mordiller sur son buste
Ses petites poires de cliair.
lo2 ~~~ T^ES MINUTES LIBERTINES
Or, fantasque, elle se décide (O joie intense ! tout à coup 1 Et je dévore comme un loup Sa bouche doucement acide.
Mais un scrupule saugrenu En ma conscience s'insère Dans le moment même où je serre Cet être menu ; si menu.
En vérité, que c'est merveille!
Et, soudain, mon désir se fend De penser qu'elle est une enfant...
Et, stupide,je me réveille...
Dans le ventre aiîreux du dragon De papier peint qu'est ma lanterne Vient de mourir la lueur terne...
Je ne suis pas à Saigon,
Mais bien dans un décor postiche...
Et, l'esprit encore embrumé, Je- vois sourire une mousmé Sur la panse d'une potiche !