‹ Les minutes libertinesChapitre 69 sur 154 · TURLUTAINE · texte numérisé non relu

TURLUTAINE

De celte case frêle ouverte A la façon de nos hangars, Baigner sans cesse mes regards Dans une perspective verte

Que traverse d'un zigzag blanc Le vol gauche d'une cigogne, Et paresser là sans vergogne, Mollement couché sur le liane !

Et puis, le soir, quand les lanternes.

Parmi les décors familiers.

S'en vont, pullulant par milliers, Noyer mes chagrins subalternes

Dans une pipe d"opium, Et, l'intelligence allumée, Apercevoir dans la fumée Le décisif Critérium...

Le matin, d'une main adroite, Avec de la couleur ponceau, Ecrire des vers au pinceau Sur le couvercle d'une boîte

Dont, après, je ferai cadeau — Pour le seul plaisir tout intime D'être assuré de son estime — A l'omnipotent mikado !

Dans cette perle des bicoques Aux sveltes piliers de bambou, Me rincer Toeil de la jambe ou Des cheveux disposés en coques

Et des lon^^ues épingles d"or De quelque dame Chrysanthème, A qui je chanterais : '< Je l'aime ! » Deux fois avant l'heure où Ion dort...

Et, content de cet amour mièvre Et bêta, je le reconnais, Goûter, en parfait Japonais,

Une félicité sans fièvre!...

Voilà, je l'avoue, en effet.

Oui, voilà le joli rêve ivre Que j'enrage de ne pas vivre.

Car pour le vivre j'étais fait...

Mais, baste 1 l'homme est si fantasque! Et si Japonais j'étais né, Peut-être il me serait donné De désirer d'être né Basque!...

Ah çà! voyons, consolons-nous ; Soyons fier d'être de Boulogne, Remettons-nous à la besogne, Et prions saint George à genoux !

DANS (c COQUETTE ■ IL Y A.

A peine ont-elles fait un pas Dehors, et quoiqu'encor novices, De combien déjà d'artifices Les filles n'usent-elles pas ?

Alors que leur seule jeunesse Suffit à les avantager.

Elles rêvent de se charger De reliques, commeTânesse !

Pour les colifichets luisants Elles montrent un goût barbare A l'heure même où Dieu les pare Du triomphe de leurs seize ans!

Quand pour faire tourner nos têtes C'est assez d'un coin de leur peau, Elles masquent d'un oripeau Leur fraîcheur, les petites bêles !

ir,8

A Tàgeoù la simplicité

Devrait être leur camériste,

Aux couturières (que c'est triste !)

Elles vont livrer leur beauté !

Et, couvertes de prétintaille,

Après qu'elles ont du lacet

Cruel dun féroce corset

Meurtri leur puérile taille.

Et ofàté de poudre de riz

Leur admirable teint de pêche,

Les voilà prêtes pour la pêche

Si hasardeuse des maris!

Ah! dès lors, quel souci de plaire !

Et, pour que le naïf garçon

S'en vienne mordre à l'hameçon.

Quelle patience exemplaire î

Afin d'éveiller notre amour,

11 nest pas une pucelette

Qui ne se mette à sa toilette

Presque avant le lever du jour.

Pour la robe et pour la coiffure,

Elles nont qu'une ambition:

Ressembler en perfection

Au modèle de la gravure

Du journal de mode récent.

Et, dès le matin sous les armes,

Elles nous font de tous leurs charmes

Un étalage étourdissant.

Oui, mais, lorsque la demoiselle

A décroché le conjungo,

DANS « COQUETTE IL Y A... loO

Vous la voyez, ah ! tout de go,

Se départir de son l)eau zèle.

On avait fait beaucoup de frais

(Cela valait la peine, dame !)

Avant de s'appeler madame...

On n'en fait plus du tout après.

Pour chano^erun homme en otas^e.

Il faut le séduire atout prix.

Mais, quoi! du moment qu'il est pris.

Pourquoi se gêner davantage? ,

Et c'est ainsi, je vous le dis.

Que la femme, au bout dune année.

Conserve toute la journée

Son peignoir et ses bigoudis.

Et de ses frisons fous de blonde.

Qui, seuls, vous eussent fait faiblir,

Ne consent plus à s'embellir

Que quand vous allez dans le monde.

Quelque temps passe encore, et c'est

Un laisser-aller bien plus grave,

Car. brisant la dernière entrave,

La femme abdique le corset ;

Et, ce pendant que tu t'essouffles.

Brave homme, au travail journalier,

Elle s'acoquine au foyer,

Du matin au soir en pantoufles !...

D'ailleurs, mon cher, ne t'en plains pas !

Tu ferais un sot personnage

Si, laissant, soudain, ton ménage.

Ta femme adornait ses appas

leO LE^ MINUTES LIBERTINES

Selon la plus stricte étiquette.

Tu ne vaudrais plus un écu !

Car prends bien garde que i^ cocu », C'est le masculin de « coquette »...

amouk:... amour

La chose est douce tant et tant

Qu'on cache, ô vigne, sous ta feuille

Qu"il n'est personne qui ne veuille

En disserter à tout instant.

C"est, du moins, ce que dit en prose

Bonaventure des Périers,

Qui, bien que mort sous ses lauriers,

Guérit encor notre névrose.

Et Ton était de cet avis,

Hier, dans certaine assemblée,

Mais une assemblée endiablée.

Comme nulle part je nen vis

Et chez laquelle l'équivoque

S'épanouit si librement

Que, moi-même, j'en fais serment,

Il arrive que j'en suIToque.

Car on y débrouille des cas,

On y propose des dilemmes,

El Ion y résout des problèmes, Dirais-je, des plus délicats.

Or. hier, le point en litige

Que ces gens discutaient entr'eux,

Je l'avoue, était si scabreux

Que c'en était presque un prodige !

On examinait à loisir

(Je n'invente rien, sur mon âme !

Qui de l'homme ou bien de la femme

Est le plus idoine au plaisir ;

Ou, plutôt, durant cette phase

Où les amants s'estiment dieux,

Qui des deux savoure le mieux

Le vin de la charnelle extase !

<( Il ne peut être contesté,

Pour moi, que, même à force égale,

L'un plus que l'autre se régale

Au festin de la volupté :

Et c'est la femme. » dit un homme

Qui, dans l'association.

Avait la réputation

D'un émérite gastronome.

« Oui, c'est la femme! » reprit-il.

« Vous allez tous le reconnaître.

Pour le nier, il faudrait n'être

Ni très juste ni bien subtil.

Certes, sa joie est non pareille !

Certes, la meilleure est sa part !

amocr:... amour:... 103

Et Brantôme le prouve par

L'exemple du doigt dan.s Toreille. »

Et calme, et sans fausse pudeur,

Il nous rapporta cet exemple !

Mais moi. d'un cynisme moins ample.

Je vous renvoie à son auteur.

w Qu'il soit de Brantôme ou du diable,

L'exemple est, ma foi ! des plus laids! »

Fit une dame. « Et Sainct-Gelays

Est, à mon sens, bien plus croyable !

Parlant des hommes en savant,

Il écrit qu'à la bagatelle

La douceur qu'ils sentent est telle

Que la nôtre auprès n'est que vent ! »

— « Ho! ho! Sainct-Gelays exagère, >»

Fit une autre, <• c'est évident !

Car pourquoi, s'ils s'en pâment tant.

En usent-ils si peu, ma chère ? >■

Enfin, de ce salon léger

La très moderne présidente

Sur cette question pendante

Allait aussi verbiager.

Lorsque le plus vieux du cénacle,

Qui, tout ce soir-là, s'était tu,

Pris d'un bel accès de vertu.

S'écria : « Quand donc du pinacle.

Où vous l'avez jusqu'à ce jour

Maintenu, ferez-vous descendre

Cet enfant de boue et de cendre

Que vous nommez du nom d'Amour,

Que Ton voit de toutes vos fêtes, Qui dérègle vos appétits, Et vous rend plus assujettis A la matière que des Lèles?

Car, bien plus riches déraison, Semblerait-il. que vous ne l'êtes, A ce vil amour-là les bêtes Ne se rendent qu'une saison ! »

Sans peine on devine l'esclandre Que, par son incivilité, Causa dans la société La boutade de ce Cassandre.

Hommes, femmes, se récriant, Rappelaient durement à l'ordre Qui venait ainsi de les mordre...

Mais, la main levée et riant:

- Quel mauvais procès vous nous faites! ■•

Dit la dame de la maison.

" Les bêtes n'ont qu'une saison,

Oui. Monsieur, mais ce sont des bêtes 1 »

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