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LE BUISSON DE PERRINE

Dussiez-vous en être ébahis,

Et quelque dur que ça paraisse,

On portait ainsi la bougresse

Selon la mode du pays.

Mais voici qu'aux jambes blessée

Sous son dernier carapaçon

Par les épines d'un buisson

De traverse, la trépassée

Se mit à saigner comme un bœuf,

Et, sans qu'il y fût de magie,

S'éveilla de sa léthargie

Sous les yeux de son pseudo-veuf!

« Ah ! mes enfants ! Dieu nous protège ! »

Proféra le curé pantois ;

Et, poussant des cris de putois,

S'enfuirent les gens du cortège

Aux quatre coins de l'horizon,

Tandis qu'au monde revenue,

Notre Perrine toute nue

S'en retournait à sa maison,

Suivie, à petite distance,

De Perrin, par ce fait transi...

Et dix ans passèrent ainsi

Sans autre alerte d'importance.

Or, un soir, les sens retournés, Perrin, en rentrant à la ferme.

Vit, ne bougeant pas plus qu'un terme, La Perrine encor sur le nez !

LES MfNUTES LIBERTINES

Et, s'en courant de porte en porte

Aussi vite qu'un lévrier,

Perrin, partout, alla crier :

" Cette fois, la Perrine est morte ! »

Et, le surlendemain, alors

Que, s'approchant du cimetière.

L'étroite et sinistre litière

— Sur laquelle gisait le corps

Sous son mince drap sans crépines —

Fut à deux toises du buisson,

Perrin souffla, pris d'un frisson :

« Qu'on prenne bien garde aux épines !

L'AME DU YEUF

Lorsqu'en sa couche solitaire,

En l'absence de tout curé,

Le corps du veuf eut expiré,

Son âme déserta la terre,

Et, vite, à coups d'ailes hardis,

Faisant à l'heure mille lieues

Sur les célestes routes bleues,

S'envola vers le Paradis.

Et le corps était dans sa bière

A peine depuis un instant

Que l'àme — fait déconcertant —

Etait déjà devant Saint Pierre 1

Or, si j'en crois Raoul Ponchon,

Saint Pierre, ex-pontife et concierge

De la famille de la Vierge,

Est d'esprit plutôt folichon.

Il dit donc d'une voix narquoise

A l'âme, en remuant ses clés :

« Tu le sais, beaucoup d'appelés.

Mais peu d'élus !... Allons, dégoise,

En langage circonstanciel, Sur quel mérite tu te fondes Pour, ayant traversé les mondes, Demander une place au Ciel. »

— « A franc parler, » répondit Tàme Du veuf. « non, je n"ai pas été

De la plus stricte honnêteté.

Et, dussé-je encourir ton blâme, Je t'avoue, en toute candeur (Au demeurant, tu le devines , Qu'au regard de vos lois divines.

Là-bas, je fus un vrai fraudeur. Pourtant, Saint Pierre, de ta loge Tu me feras franchir le pas, Car, malgré tout, je ne sais pas.

Tu vas voir, indigne d'éloge. »

— « Parfait! » fit le saint, « je vais voir ! Mais sied-il qu'on te félicite

D'avoir, par tout mode illicite, Là-bas, esquivé ton devoir? »

L'âme, alors, reprit : « Du martyre Je veux la palme, tu m'entends.

Car je fus marié trente ans ! »

— a Ah I fichtre 1... il fallait donc le direl » Cria le divin pipelet

En ouvrant au large la porte." « Dans notre béate cohorte Tu peux t'enrôler, s'il te plaît.

Mais il faut que je t'avertisse Que de la bonté du Seigneur

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