‹ Les minutes libertinesChapitre 92 sur 154 · LAME DU VEUF · texte numérisé non relu

LAME DU VEUF

Ta femme obtint aussi l'honneur D'entrer ici. C'était justice, Parce qu'en somme, mon ami, Avant le suprême voyage, Comme toi, dans le mariage.

Pendant trente ans, elle a gémi ! »

— « Si ma femme — cas effroyable A la fois et tout à fait neuf — Est ici, » s'effara le veuf, « Moi, je préfère aller au Diable ! » Et l'âme, à coups d'ailes peureux, Sans prendre congé de Saint Pierre, S'enfuit du séjour de lumière Où musiquent les Bienheureux.

Et Saint Pierre se mit à rire,

A rire, à rire follement,

Et d'un si grand contentement

Que je ne saurais le décrire !

Tant que le Seigneur, bondissant

Du fond de sa brillante nue,

Vint lui dire : " Un peu de tenue,

Voyons! Voyons, c'est agaçant !

Ferme au plus vite ta soupape,

Et tôt reviens de ton émoi.

Où te crois-tu donc, nom de moi!...

Puis-je, au moins, savoir, mon vieux pape,

Ce qui t'a mis en cet état? »

Mais, quand il eut appris l'affaire,

Le Dieu que partout Ion révère

De rire à son tour éclata.

Et, chose très particulière,

En vérité, je vous le dis,

Dans la loge du Paradis,

Il riait plus fort que Saint Pierre,

Mais d'un rire ému de pitié...

Enfin, il dit : <■ Le bougre d'àne Qui de gaîté de cœur se damne Pour ne pas revoir sa moitié !...

Au fond, vois-tu bien, je l'approuve ; Mais je ris en pensant, mon cher, Qu'il nous a préféré L Enfer...

Et sa belle-mère s'v trouve ! ! ! »

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