‹ Les mirabeauChapitre 121 sur 131 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

JULIE, seule, puis HENRIETTE.

JULIE

En sortant d'ici elle saura mieux encore quelle ennemie elle a donnée à Mirabeau.

Henriette entre, introduite par la femme de chambre. — La femme de chambre se retire.

HENRIETTE

On me refusait votre porte, madame... Pourtant vous deviez vous attendre à me voir arriver !

JULIK.

Moi? Non! La dernière personne que j'eusse attendue, au contraire, c'était ma'demoiselle de Nehra!

HENRIETTE

Vous avez aimé M. de Mirabeau, vous savez que je l'aime, vous deviez deviner que je viendrais, sachant que vous tenez sa destinée dans vos mains, vous demander, vous supplier...

JULIE

Vous! me supplier, moi?...

HENRIETTE

11 s'agit de lui!... J'ai oublié vos outrages et je viens vous demander qui vous voulez frapper. Si c'est moi, c'est bien! Faites! Si c'est M. de Mirabeau?...

JULIE

Eh! qui voulez-vous que ce soit? Oui, certes, lui. Vous, que m'importe? Quand j'aurai déchiré de mes ongles la renommée de mademoiselle de Nehra, quand j'aurai crié tout haut ce que je vous disais chez le marquis : mademoiselle de Nehra est la maîtresse de Mirabeau, je me serai

vengée, mais j'aurai frappé une inconnue. C'est lui que je veux atteindre.

Voilà bien pourquoi je suis venue... Mais vous savez bien que ce que vous venez de dire est une calomnie!

Je sais que je soufïre, que je pleure, que je hais, et que je veux me venger!

HENRIETTE

Vengez-vous sur moi !

JULIE

Vous êtes si bien unis qu'on ne peut déjà plus frapper l'un sans l'autre!... Rendez-moi mon amour brisé, je pardonnerai !

HENRIETTE

Pardonner"? Je ne venais demander grâce ni pour Mirabeau ni pour moi ! Je venais, au nom de cet amour même dont vous parlez. . .

C'est vous qui osez l'invoquer?

HENRIETTE

Moi, oui? La meilleure façon de prouver qu'on aime, c'est d'oublier sa colore et de se sacrifier.

JLEIE.

Se sacrifier?... Vous sacrifieriez-vous, vous?

HENRIETTE

Oui, si vous me rendez cette lettre qui devait, dans ma conscience, être le salut de Mirabeau, et oui serait sa perte, je disparaîtrai, je m'enfuirai... Je ne le rovcriui jamais...

Jamais ?

Je vous le jure!

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