MORT DU VICOMTE ET DU BAILLI DE MIRABEAU
raux, et changé le cours des événements historiques? Ce serait s'avancer trop dans le domaine des conjectures que de répondre à toutes ces questions. Ce que l'on peut affirmer, c'est que l'homme de gouvernement se serait alors dégagé encore mieux chez lui du révolutionnaire et de l'homme d'intrigue.
Après le grand Mirabeau, il semble que l'histoire de la race des Mirabeau s'arrête. Pourtant le second fils du marquis Victor de Mirabeau, ce vicomte Boniface, chevaleresque et viveur, toujours brise-raison, toujours spirituel, toujours de belle humeur, qui, à l'Assemblée constituante, fut l'un des champions de l'extrême droite, qui se mesura avec son frère dans certaines discussions et fut dans d'autres circonstances défendu par lui à la tribune, qui a écrit de si jolis petits pamphlets et servi de sujet à tant de caricatures, qui, enfin, émigré en août 1790, leva un régiment de cavalerie sur la frontière et mourut en 1792 (1), non pas sur un champ de bal aille , mais dans une rixe à la suite d'une orgie, le vicomte de Mirabeau est un personnage assez original pour mériter d'être présenté même après son frère. Nous nous réservons d'ajouter son portrait à tous ceux que nous avons tracés, dans une nouvelle édition de cet ouvrage.
(1) Le 15 septembre 1792 à Fribourg-en-Brisgau.
De son mariage avec Mlle de Robien, mariage suivi d'une séparation plus prompte encore qu'il n'était d'usage dans la famille, le vicomte de Mirabeau laissait un enfant en bas âge par lequel la race, aujourd'hui sans représentants mâles, s'est continuée encore pendant deux générations.
Le vénérable bailli de Mirabeau a survécu à ses deux neveux comme au frère qu'il avait tant aimé. Nommé en 1789 grand prieur de l'ordre de Malte pour la langue de Provence, il a défendu en France, tant qu'il l'a pu, les intérêts de son ordre ; et nous avons sous les yeux des lettres où il essaye d'amener son neveu le comte à agir à l'Assemblée en faveur de la cause qu'il défend. En 1792 le bailli se retira à Malte. Il y vécut plus d'une année encore, ferme en présence de la destruction de sa famille et de la destruction de toutes les traditions dont il gardait le culte, après avoir consacré toute sa vie à cette famille et à ces traditions, supportant avec sérénité le dénuement auquel il était réduit par la perte du revenu de ses commanderies. Il était entouré du respect de tous, et réunissait chez lui les dignitaires de l'ordre et les principaux réfugiés français.
Dans un remarquable article sur l'Émigration, publié dans la Revue des Questions historiques d'octobre 1889, M. le marquis de Saporta a donné, d'après le journal inédit du chevalier de Gadolle, l'un de ces réfugiés, parent de la famille de Mirabeau, d'attachants détails sur les derniers jours et