‹ Les Mirabeau (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · LE DROIT DE PAIX ET DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE PAIX ET DE GUERRE

ment à l'exemple fourni par la pratique du gouvernement anglais, conformément aux vrais principes constitutionnels, revendiqua ce droit pour le roi, sauf à lui ta informer immédiatement, en cas de déclaration de guerre, l'Assemblée, qui voterait ou refuserait les crédits nécessaires, qui pourrait même improuver et arrêter la guerre, et ordonner, s'il y avait lieu, des poursuites contre les ministres responsables de sa déclaration. Pendant tout le cours de la guerre, le Corps législatif pourrait requérir le roi de négocier la paix. Tous les traités avec les puissances étrangères devraient être négociés et signés par le roi et approuvés par l'Assemblée.

En faveur de cette thèse, Mirabeau prononça, le 20 mai, un de ses plus importants et de ses plus remarquables discours. Barnave, qui voulait réduire le pouvoir du roi à faire au Corps législatif, chargé de décider, de simples propositions sur la paix et la guerre, lui répondit dans un discours non moins remarquable, le lendemain. La question avait soulevé dans Paris une grande agitation ; on y colporta ce jour-là un libelle intitulé : Trahison découverte du comte de Mirabeau (1), dans

(1) Mirabeau commença des poursuites en justice contre l'auteur anonyme de ce libelle, un jeune homme nommé Lacroix. Rien de plus brutalement inepte, d'ailleurs, que la courte brochure dont il s'agit, comme on en peut juger par la péroraison que voici : « Prends garde qu'après avoir provoqué les vengeances du peuple sur la tête de ses oppresseurs, il ne tourne sa juste fureur contre toi et ne te punisse de ta trahison ; prends garde qu'il no te

lequel il était fait allusion aux relations établies par celui-ci avec la Cour. Le surlendemain, Mirabeau répliqua à Barnave (1) ; il prit texte, dans son exorde présent à toutes les mémoires, du titre même du libelle publié contre lui; il critiqua avec beaucoup de justesse le projet de Barnave, éleva le débat jusqu'à en faire un combat entre la politique de modération et la politique extrême. « Vous ne parlez, dit-il, que de réprimer les abus ministériels, et moi je vous parle de réprimer les abus d'une assemblée représentative ; je vous parle d'arrêter la pente insensible de tout gouvernement vers la forme dominante qu'on lui imprime»; et cependant, sentant l'Assemblée prédisposée contre

fasse distiller dans ta gueule de vipère de ce nectar brûlant (de l'or) pour éteindre à jamais la soif qui te dévore; prends garde que le peuple ne promène ta tête comme il a promené celle de Foulon dont la bouche était remplie de foin. Le peuple est lent à s'irriter, mais il est terrible quand le jour de sa vengeance est arrivé;... il est cruel, ce peuple, à raison de la grandeur de la perfidie et des espérances qu'on lui a fait concevoir, et des hommages qu'on lui a surpris... Vas à Constantinople, tâche d'y opérer une révolution, tâche de t'y faire nommer grand sultan; alors tu boiras de l'or à longs traits, peut-être à ce prix deviendras-tu honnête homme. »

(1) Frochot a raconté à M. Lucas de Montigny que Mirabeau n'avait pas écouté le discours de Barnave jusqu'à la fin : « En voi à assez d'entendu ! a dit-il, après avoir saisi et noté au crayon la direction de l'argumentation de Barnave. Puis il sortit avec Frochot, alla se promener aux Tuileries et causa de toute autre chose, notamment avec Mms de Staël qu'il rencontra sur la terrasse des Feuillants. Le lendemain, en se rendant à la tribune pour répondre à Barnave, on a prétendu qu'il avait prononcé cette phrase a effet : « On ne m'emportera d'ici que triomphant ou en lambeaux. »

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