‹ Les Mirabeau (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · LE DROIT DE PAIX ET DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE PAIX ET DE GUERRE

son système, il effectua sa retraite en se ralliant à un amendement de Le Chapelier, qui différait bien peu du projet de Barnave. Cet amendement reconnaissait au roi l'initiative exclusive de toutes propositions ayant pour objet une déclaration de guerre, ce qui était bien d'ailleurs dans la pensée de Barnave. Tous les opinants appartenant au côté gauche de l'Assemblée s'y rallièrent, et ce brillant tournoi finit par un vote presque unanime de la majorité. Cependant Mirabeau, qui avait échoué dans ses vues particulières, et qui voulait au moins que sa popularité sortît saine et sauve du débat, imagina de publier en brochure ses deux discours, en faisant un certain nombre de modifications au premier, de manière à l'adapter à la solution à laquelle il s'était finalement rallié, et qui n'était pas tout à fait son projet primitif. Il les avait fait précéder d'une lettre d'envoi aux administrateurs des départements, conçue dans une forme très solennelle, où il parlait de la distinction à établir « entre la vraie et la fausse théorie de la liberté, ses vrais et ses faux apôtres, les amis du peuple et ses corrupteurs » , où il se plaignait des « chefs de faction » qui, avant même de l'entendre, avaient rendu périlleuse la prononciation même de son discours, où il déclarait enfin que c'était assez de méfiances; qu' « après avoir assez déblayé de misérables décombres, il fallait le concours de toutes les volontés à reconstruire » ; qu' « il était temps enfin de passer d'un état d'insurrection légitime à la paix

durable d'un véritable état social, et qu'on ne conserve pas la liberté par les seuls moyens qui l'ont conquise ». Alexandre de Lameth répondit à Mirabeau par une autre brochure (1) où il relevait assez vivement ses attaques indirectes contre des hommes « qui n'ont jamais, dit-il, contracté avec lui de liaisons, mais qu'il n'a jamais connus que par des procédés francs et nobles », et faisait ressortir les changements apportés par lui à son premier discours, mettant en regard le texte publié par le Moniteur, sur le manuscrit même que le rédacteur de ce journal déclarait avoir reçu de Mirabeau, et le texte modifié de la brochure adressée aux départements.

La polémique, commencée dans l'Assemblée, continuait ainsi hors de l'Assemblée. Pétion, après Lameth, crut devoir publier une lettre à Mirabeau, lettre à laquelle celui-ci fit imprimer encore une réponse. Charles de Lameth et La Fayette échangèrent des explications aigres par la voie de la presse. Mirabeau surtout fut en

(1) Examen d'un écrit intitulé : Discours et réplique du comte de Mirabeau à l'Assemblée nationale, etc., par M. Alexandre Lameth. Ce dernier avait entre les mains un billet de Mirabeau, écrit le 20 mai au matin avant l'ouverture de la discussion, et à la suite d'inutiles essais de conciliation, dans des conférences particulières, lequel était ainsi conçu : « Vous vous trompez sur le calcul des voix. Je suivrai la ligne moyenne, mais, quoi qu'il arrive, je n'oublierai jamais la chevalerie de vos procédés. Vale et me ama. » Ce billet a élé publié par Alexandre de Lameth dans une note de son Histoire de l'Assemblée constituante, tome II.

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