LA SOCIETE DE
butte aux attaques des journaux du parti populaire. « Mirabeau, Mirabeau, écrit Fréron dans le second numéro de son Orateur du Peuple, moins de talents et plus de vertu, ou gare la lanterne ! » Ces journaux furent amenés à dénoncer comme la manifestation de la division introduite dans le parti patriotique, l'ouverture qui venait d'avoir lieu quelques jours auparavant en grande pompe de la Société patriotique de 1789.
Cette Société pourtant ne se présentait nullement comme rivale de la Société des Amis de la Constitution. Elle succédait sous une autre forme et avec plus de publicité à une société dite de la propagande qui avait pour objet, comme l'indique son nom, de propager les doctrines de la Révolution en France et même à l'étranger. Elle comptait au début dans son sein un grand nombre de membres appartenant aussi à la Société des Amis de la Constitution, et notamment les chefs de celleci, Barnave, Duport, les Lameth. La veille de la dernière séance consacrée par l'Assemblée à la question du droit de paix et de guerre, il y eut à la Société de 1789 une grande discussion à laquelle Duport prit part; où il répondit à un discours de Mirabeau, avec une extrême violence, il est vrai (1).
(1) Mirabeau avait soutenu cette thèse que les Français devaient avant tout s'occuper d'eux, et s'efforcer d'établir leur constitution sur des bases solides avant de chercher à propager leurs doctrines à l'étranger. 11 avait affirmé que l'on n'avait rien à craindre de la « léthargie » du roi. Duport s'indigna de ces paroles; elles prouvent seulement, dit-il, « qu'il y a un traître parmi nous ».
A partir de ce moment, Mirabeau, qui paraît avoir eu le dessus dans la discussion dont nous parlons, à l'inverse de ce qui s'était passé le jour précédent à la Société des Jacobins, cessa de fréquenter cette dernière Société, dont il avait été membre dès sa formation à Paris, mais non pas membre très actif, et se rendit assidûment pendant quelque temps à la Société de 1789, d'où disparurent au contraire Barnave, Duport et les Lameth.
La Société de 1789 eut pour premiers présidents Sieyès, Bailly, le duc de La Rochefoucauld, et enfin, au mois de juillet, Mirabeau. Elle eut quelque temps, comme la Société des Amis de la Constitution, son journal qui paraissait chez Le Jay. Et bien qu'elle fût plutôt un cercle qu'un club politique, qu'on y banquetât (1), qu'on y fit des con-
M. Stern a retrouvé ce discours publié par une société de propagande étrangère, le club des patriotes suisses de Paris, dont les relations avec la Société de 1789, encore appelée dans la brochure Société de propagande, sont ainsi démontrées. (Voir la Vie de Mirabeau, par M. Stern, p. 154 et 258, et aussi l'article sur le club des patriotes suisses publié par lui dans la Bévue historique, 1889, t. XXXIX.)
(1) L'ouverture de la Société de 1789, dans un beau local, au Palais- Royal, le 12 mai 1790, fut fêtée dans un banquet de a cent vingtquatre citoyens, tous membres de la Société », dit le journal la Chronique de Paris, sous la présidence de Sieyès. On n'y porta pas moins de douze toasts. Le 17 juin, nouveau banquet auquel est présent le « martyr de la liberté corse », le général Paoli. Les dames de la halle viennent apporter des bouquets à Sieyès, à La Fayette, à Mirabeau, à Talleyrand, à Bailly, qui sont présents, et chanter des couplets patriotiques en l'honneur delà Fédération. Le premier numéro du Journal de la Société de 1789 (conservé à la Bibliothèque nationale de Paris) renferme un programme indiquant le caractère, en quelque sorte théorique, des travaux