‹ Les Mirabeau (volume 3)Chapitre 10 sur 37 · CAMPAGNE DE MIRABEAU EN CORSE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE MIRABEAU EN CORSE

dès ce moment l'éducation donnée à son cadet, afin de faire de celui-ci le chef futur de la famille. « Ces choses-là, disait-il d'ailleurs, en réponse à l'ouverture du bailli, sont plus faciles à projeter qu'à parfaire, surtout dans le temps qui court, et avec un drôle qui a toute l'intrigue du diable et de l'esprit comme un démon. Le marquis de Lambert (venu à Paris à la suite de l'affaire) me disait l'autre jour qu'il avait partagé la ville et la province, et que malgré son caractère odieux il aurait trouvé dans la ville de Saintes 20,000 livres qui n'y sont pas. » Le marquis s'était donc contenté d'appeler l'attention sévère du bailli d'Aulan, commandant de l'île de lié, sur son prisonnier, en donnant pour note que le jeune homme était « fougueux, l'esprit de travers et menteur par instinct ».

M. d'Aulan u était pas un geôlier bien terrible, et la captivité de Mirabeau à l'ile de lié ne fut pas très rigoureuse. On lui avait laissé la liberté de se promener dans la citadelle, et il trouvait même moyen (Ton sortir « pour venir souper en ville (c'est-à-dire à Saint-Martin-de-Ré ou à La Rochelle) avec du train », dit le marquis dans une lettre du Ier janvier 1769. Cette captivité dura six

violences de Langage du marquis de Mirabeau que celui qui parle est méridional de race el d'origine ; qu'il appartient, suivant une très jusie remarque de M. Uphonse Daudet, à ce pays où dans le peuple, les parenla les plus tondras réprimandent leurs unfanis, eo les menaçant avec d'effroyables cria de leur <* briser les os » ou de Leur • arracher les entrailles ».

mois; au boul de ce temps le marquis céda aux instances de son fils qui, appuyé par le bailli d'Aulan, demandait à l'aire partie de L'expédition

de Corse, alors en préparation. La révocation de l'ordre du roi, qui retenait le prisonnier, fut obtenue ; cl le comte fut attaché comme souslieutenant à la suile à la légion de Lorraine, un des corps envoyés dans l'île. Cette légion était commandée par le baron de Yioménil; troupe légère de formation récente, elle se composait par moitié de compagnies de dragons et de compagnies de fusiliers. Mirabeau fut destiné à servir dans l'infanterie. Il s'embarqua à Toulon, en avril 1769, non sans avoir commis encore depuis sa sortie de prison quelques frasques dont le marquis se plaint dans ses lettres (1).

L'expédition de Corse de 1709 se termina heureusement et promptement, comme on sait, sous

(1) o Ce misérable Pierre- Bufflère, e'erit le marquis, est sorti de l'île de Ré pire cent fois qu'il n'y était entré, non qu'il y eut des camarades, mais par le laps de sa propre folie. Il s'est battu à La Kochelle où il n'a été que deux heures. J'ai eu des nouvelles do ce pauvre Grév'm (le domestique dont nous avons parlé et qui accompagnait Mirabeau jusqu'à son embarquement , de Saint-Jean-d'Angely et du Puy ; il dit qu'il va sacrant, battant, blessant et vomissant une scélératesse que rieu de semblable. ■ — « Sans payer les frasques et la multitude de billets, écrit encore le marquis, il m'a mangé plus de dix mille livres depuis dix-huit mois où il a été presque toujours en prison... Les vilains billets de cet bomme m'ont terriblement blessé l'âme, quoique bien préparée et accoutumée à le vomir. » ... « 11 a, en sus de ses autres bonnes qualités, celle d'emprunter à toutes les mains : sergents, soldats, tout lui est égal. »

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