‹ Les Mirabeau (volume 3)Chapitre 9 sur 37 · LA PREMIERE AVENTURE DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

LA PREMIERE AVENTURE DE MIRABEAU

armes fût un ennemi ; que cela avait opéré un changement subit ; qu'il avait tout à coup décommandé toutes ses liaisons, promis de subir sa prison comme une grâce, demandé celle qu'on lui laissât Grévin, de ne sortir qu'au retour de M. de Lambert et de revenir dans le corps où il avait tant à réparer (1). Le cœur noble et sensible de M. de Lambert lui fait concevoir l'espérance. Quant à moi, je lui ai marqué que c'était le déplacement du marteau de ce fol de dessus le carillon de prisonnier désespéré et d'amant passionné ; que nous n'en tirerions d'autre profit que de le transférer, sans quelque éclat nuisible à sa famille. »

Mirabeau fat, en effet, à la suite de son équipée, enfermé à la citadelle de l'île de Pié. Cette mesure de répression, réclamée par le colonel, eut le caractère d'un châtiment militaire. L'ordre en vertu duquel elle fut mise à exécution émanait du minisire de la guerre, M. de Choiseul, et non pas du ministre qui expédiai! les lettres de cachet pour raison de famille, M. de Saint-Florentin. Quant à la personne à laquelle la promesse de mariage de Mirabeau avait été faite, c'était une

(1) Ceci n'empêchait pas Mirabeau d'écrire à sa mère quelques mois après : a Un colonel, indigne de commander à des officiers qui valent mieux que lui, a employé tous les ressorts possibles pour me perdre, il n'y a pas réussi; je ne m'exposerai pas deux fois à ses noirceurs, car je vous jure sur mon honneur, serment que je n'enfreindrai jamais, que je donne ma démission el je passe dans le pays étranger si l'on me contraint à servir sous ses ordres. »

t. ni. 3

fille du peuple qui épousa depuis un archer de la maréchaussée de Saintes (J). Le roman, d'ailleurs, n'en resta pas là. En 1770, Mirabeau esl encore en correspondance avec l'objet de cette

première passion, par l'intermédiaire de sa sœur M,ne de Cabris. Ce dernier détail étonnera moins le lecteur lorsque nous aurons été dans la nécessité de lui l'aire connaître Mme de Cabris.

L'aventure avait t'ait quelque bruit. « Gomme elle a été éclatante, écrit Mme de Rochefort au marquis de Mirabeau le 31 juillet 17G7, elle pourra produire dans le jeune homme quelque retour sur lui-même, s'il en es! susceptible, ou elle justifiera aux yeux du public la rigueur dont on usera avec lui, si sa mauvaise conduite y oblige. » Le bailli, en apprenant la nouvelle, avait dans un premier mouvement de colère proposé d'envoyer son neveu aux colonies hollandaises. « On a ainsi la sûreté, écrit-il le 1<) septembre 1768, de ne voir jamais reparaître sur l'horizon un malheureux né pour faire le chagrin de ses parents et la honte de sa race. ■> Mais le marquis, moins dur que son frère pour cotte t'ois, ne voulait [tas abandonner si toi l'espoir d'un retour chez son fils aine, tout en le chargeant d'invectives (2), cl en déclarant qu'il changeai!

(1) Dans une de ses Lettres de Viacenues , édition originale, l. I, p. IS'.i , Mirabeau reconnaît lui-même que son père avail eu li< il de craindre « un mariage mal assorti ».

(2 II ne faut jamais oublier pour apprécier à leur valeur les

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