‹ Les Mirabeau (volume 3)Chapitre 14 sur 37 · PRESENTATION DE MIRABEAU A LA COUR G · texte numérisé non relu

PRESENTATION DE MIRABEAU A LA COUR G

Mmc de Dur-fort dit qu'il démonterait la dignité de toutes les cours nées et à naître, mais ils trouvent qu'il a plus d'esprit qu'eux tous, ce qui n'est pas habile. Quand on me dit pourquoi je le laisse aller si jeune à Versailles, je réponds : Là, du moins, il n'extravaguera qu'en bonne compagnie soi-disant; tant que je l'ai vu à gauche, je l'ai caché, sitôt que je le trouve à droite, il a son droit. Au reste, depuis cinq cents ans, on a toujours souffert des Mirabeau qui n'ont jamais été faits comme les autres, on souffrira encore celui-ci. Je te promets en outre que celui-là ne descendra pas le nom.

« Il est aussi entrant que j'étais farouche », dit encore le marquis dans une autre lettre. Le père, cependant, ne se contentait pas de laisser fournir au jeune homme « sa coûteuse carrière » à Versailles. Il le conduisait lui-même chez les amis notables de la famille, et entre autres chez Mme de Rochefort, où il nous le peindra plus lard rétrospectivement « prenant le vieux comte de Maurepas par le bouton de son justaucorps, dès la première fois où il lui fut présenté ». Il fallait aussi songer à F occuper. Une tète comme celle de M. ï Ouragan, c'est le mot du marquis, ne pouvait s'accommoder longtemps de l'oisiveté au logis paternel ou a Versailles. D'ailleurs, à ce régime, les rapports entre le père cl le lils n'eussenl pas tardé à se gâter.

Elisabeth ;i Mirabeau, cité par celui-ci dans les Lettres de \riiicernir^. Lorsque le jeune comte fut mené chez elle et qu'elle aperrut son visage couturé de petite vérole, la princesse, alors enfant, lui demanda naïvement, aux rires de toute l'assistance, s'il avait été inoculé.

Le marquis (Commence assez vite à se fatiguer de la vie commune iwcr son turbulenl héritier. Après les cloues, les critiques reparaissent, au boul de quelques semaines, dans ses lettres. * Ce jeune homme, écrit-il au bailli, le 7 juin 1771, a la soci< rude et fatigante, un entêtement, un décisif, un cahos dans la tête qui ne sera jamais débrouillé parce qu'il n'a que des aperçus de mémoire comme tout le reste. Il ne doule de rien, cl nu sait seulement pas exactement son propre nom, et, comme il lui est défendu d'avoir jamais aucune notion nette, il sera toujours indubitable et insupportable, c'est moi qui le le dis. Au reste, beaucoup- de perspicacité, el je crois un talent rare pour son métier suranné et aussi bien passé de mode que les tournois, et sur cel article de grandes parties. Mais au fond je crains que le calmer et l'éteindre ne soient à peu près tout un. Dieu est sur tout. »

Ce métier suranné, c'est le métier des armes, el le marquis constate ici chez sou fils les aptitudes dont nous avens parlé plus haut. 11 sait en outre qu'un exercice forcé est nécessaire même à la santé du jeune homme, sujet dès lors à de violentes attaques de néphrétique. Mais la commission de capitaine que Mirabeau vient d'obtenir ne lui impose pas en l'ail un service suivi. Tout au plus comporte-t-elle trois ou quatre mois par an de séjour à son c >rps, et la situation qu'elle lui donne esl assez analogue à celle des officiers de ré-

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