L'ENTREE AU SERVICE DE MIRABEAU
qui, sans raisonnement ni faconde, eût par instinct un dégoût et un dédain naturel de tout ce qui tient à la lâcheté. Son homme est tel, m'a-t-il dit. J'ai vu, en effet, deux pères le remercier de leur avoir créé un fils. Je ne dois rien négliger, je vaisdonc suivre celle voie. » Le régiment dont le marquis avait fait choix était celui de Berri-Cnvalerie, appartenant à la cavalerie légère, et alors en garnison à Saintes. Le marquis de Lambert, colonel de ce régiment, pelil-fîls de cette Mme de Lambert si connue par son salon qui fut le rendezvous des beaux esprits dans la première moitié du xvinc siècle, s'était en effet acquis de bonne heure la réputation d'un officier fort distingué ; à vingt-six ans, il avait déjà rang de brigadier, et il devait occuper, lors de la guerre d'Amérique, une situation militaire importante. Apparenté à la famille de Vassan, mais fort éloigné de prendre parti pour la mère de Mirabeau dans ses démêles avec son mari, ayant des rapports d'alliance avec M"" de I loche fort (1), celle charmante el fidèle amie du marquis de Mirabeau, le jeune colonel ('lait de plus, en économie politique, un d(^ disciples de Y Ami des hommes; il avait figuré dans les réunions 'le sa pelile église. Toutes ces raison- devaient le recommander à la confiance
(1) Le pnre du marquis de Lambert avait t'pouso en premières nocr-s une Rochefort-Keralio, bcllo-sœur, croyons-nous, de L'aimable comtesse.
du père de Mirabeau ; mais il avait, dans la circonstance, un défaut auquel celui-ci ne prit pas garde, c'était son âge. Il était imprudent, dans L'étal des relations hiérarchiques, avant 1789, entre officie» de naissance égale, de remettre un jeune homme fougueux, comme tous ceux de sa race, à un colonel de forl peu son aîné, et dont l'autorité pourrait s'exercer avec d'autant plus de raideur intempestive qu'elle serait plus diffieileiiicul acceptée.
L'événement le prouva bien. Mirabeau fut dans Berri-Cavalerie un soldat des plus indiscipline- : il passa à la prison du régiment une partie de sa première année de service. Au mois de juillet 1768, quelques mois après l'expiration de celle première année, le père fut informé par le colonel que son fils s'était enfui de Saintes, après avoir fait au jeu une dette de 80 louis. C'eût été, smis notre discipline militaire actuelle, un acte assez. sévèrement qualifié et puni. « Cependant, dit le marquis, cette première nouvelle ne m'emul guère; au contraire, je me trouvai presque soulagé de ce qu'il avait l'ail une frasque qui ressemblait à celle des autres (ceci a Irait évidemment à la dette de jeu). »
Quelques jours après, le duc de Nivernois, fort lié, comme nous le savons, avec le marquis de Mirabeau, recevait la lettre suivante du jeune fugitif, ai-rive secrètement à Paris cl caché dans un hôtel sous un nom suppose.