LK CHEVALIER, DEPUIS BAILLI DE MIRABEAU
€ J'aime cl je révère mon oncle.:. Mon oncle a Tàme et les vertus d'un héros. > Ainsi s'exprime Mirabeau dans ces Lettres écrites du donjon de Vincennes où le prisonnier se montre si souvent injurieux, non-seulement envers son père, qui est son geôlier, mais envers tous les autres membres de sa famille, sans en excepter sa mère, de laquelle il parle quelquefois très-irrespectueusement, quoicju'il soit alors associé à sa cause.
il' Lr chevalier «le Minilienii ne prit le titre de bailli qu'à ràpc dr qinrRntc-.six ans, en IT^U, en de\'enant grand-croix de rordre de Malle. Mai» comme l'auteur des Mémoires de Mirabcsu l'a fuit connaître avec celte qualiiicnlion. nous la lui don« nerons souvent, même à l'époque où il purl'iil encore lo titre de chevalier.
Le seul de ses parents qui ait le privilège de lui inspirer un respect inaltérable, c'est son oncle, le bailli.
On connaît déjà un peu ce personnage imposant et original par Fintéressant ouvrage de M. Lucas de Montigny, mais on ne le connait guère que dans ses rapports avec son fougueux neveu ; et même quand nous rétudierons à notre tour en sa . qualité d'oncle, serons-nous ol)ligè de constater qu'il ne fut pas toujours un oncle aussi débonnaire qu on pourrait le croire d'après les Mômoi- " ros de Mirabeau, que s'il rendait plus de justice que le marquis son frère aux brillantes facultés de son neveu, il savait très-bien discerner et parfois décrire avec une rare énergie les infirmités morales de l'homme à qui la fortune réservait un . si grand rôle dans notre histoire. Ce ne fut donc pas seulement à sa bonté que l'oncle de Mirabeau dut de pouvoir inspirer à celui-ci un sentiment très-rare chez lui, le sentiment de la vénération : ce fut surtout à l'ascendant d'un beau caractère, uni au prestige d'une haute situation justement ac(iuise par une vie pleine de labeurs et de périls.
Quoique le bailli de Mirabeau n'ait obtenu ni la célébrité passagère de son frère aîné, l'auteur de ÏAmi des homuios, ni réclatanle renommée de son neveu, nous sommes convaincu que ceux qui auront pu l'apprécier dans ses actes, dans ses travaux dans ses idées, dans ses sentiments.