LE CHEVALIER, DEPUIS BAILLI
reconnaîtront quUl mérite de nous intéresser autant que les deux personnages les plus notables de sa famille. Aussi bien doué qu*eux du côté de Tesprit, il leur est supérieur à tous deux par la noblesse de Tàme, par la droiture et la loyauté du caractère, par le désintéressement et la délicatesse d'une conscience scrupuleuse, par toutes les qualités, en un mot, qui constituent Thonncte homme. Il est incontestablement le plus beau produit moral qui soit sorti de cette race impétueuse et souvent effrénée. Mais comme si Texcès, même dans le bien, était inhérent à la race, le meilleur de tous fut excessif dans sa passion pour la vérité et la justice. C'est un Alceste que le bailli de Mirabeau, et un Alceste féodal, dont la i)liysionomie se détache vigoureusement au milieu des figures frivoles du xviu" siècle; cependant il n'eut de commun avec le héros de Molière que pette exagération de franchise et de rigorisme. Outre qu'il ne fut jamais accessible à la dominalion d'une Célimène, il ne se contenta point de déclamer contre les vices de Thumanilé, et, en remplissant tous les devoirs d'une carrière laborieuse, il fut plus occupé encore de faire le bien que de critiquer le mal. 11 n'en est pas moins vrai que cette impossibilité de contenir son bhime et de joindre un peu d'habileté à tous les genres de mérite, devait suffire pour empocher l'oncle de Mirabeau de remplir toute sa destinée et d'illustrer à son tour le nom qu'il portait.
Après vingl-sept ans de services distingués comme marin, après avoir gouverné une de nos colonies, il eut un instant l'ambition, et il fut presque en mesure de devenir ministre de la marine à une des époques les plus désastreuses de nos annales maritimes. Il s était dès longtemps préparé à légitimer cette ambition, non-seulement en acquérant à fond la pratique de son métier, mais en se donnant toutes les connaissances si variées qui s'y rattachent. « Nos officiers de ma-» rine, écrivait-il en 175 i, sont braves, et assez navigateurs quant à la portion de cet art qui leur compète; mais aucun ne connaît ni les intérêts de TEtat sur lesquels la marine peut influer, ni le commerce, ni les colonies, ni les établissements des autres nations. Bornés au plat détail de leur métier, et presque aussi ignorants que la cour, ils sont incapables de rien imaginer de grand. . • L'ameublement de la téte n'étant pas du ressort des rois, c'est sur* leur palier qu'il faut venir les attaquer, non par une ambition de prédominer relative à soi-même et à son propre avantage, mais dans la vue do servir l'Etat... » C'est pour se donner cet ameublement de la tcle, et en même temps pour prouver qu'il le possédait, que le chevalier de Mirabeau utilisait son expérience et ses observations en écrivant de nombreux travaux dont aucun n a été, je crois, imprimé, mais qu'il adressait soit aux divers ministres de la marine, soit aux personnages influents qui lui deman-