LE CHEVALIER, DEPUIS BAILLI VA
la tour de Babel, quoique dans un genre différent. On s'est donné le mot pour appeler téte chaude, tout homme droit, ferme, et qui ose fronder les abus ; un sot indolent, faute de sentiment et de lumières, est qualifié d'homme sage. Un fripon n'est plus qu'un habile homme ; un honnête homme est un sot ; un citoyen est un rêve creux. D'où vient donc cette confusion dans notre langue? Serait-ce que, tout le monde élant vicieux, et cependant aimant à cire flatté, on donnerait des noms honnêtes aux vices, et en même temps des noms odieux aux vertus, parce que tout le monde les craint et les fuit? Si cela est, nous perdons notre temps, et nous gémirons en vain, jusqu'à ce que la machine, corrodée dans tous ses ressorts, vole en éclats de toutes parts et redevienne quein Grœci dixcre chaos. »
Qui pourrait s'étonner qu'un candidat au ministère taillé si exactement sur le patron d'Alcesle ait dû renoncer à l'ambition? Le bailli y renonça, et manqua ainsi la renommée qui s'attache 4 lin rôle historique; mais il la mérita peut-être mieux que plusieurs de ceux qui l'ont obtenue. Quoiqu'il fût très-modeste dans ses jugements sur lui-même, il ne laissait pas que de penser quelquefois que sa vie n'était pas indigne de l'attention de la postérité. Sa correspondance nous apprend que pour faire plaisir à son frère aîné, qui l'en priait, il avait commencé, pendant son gouvernement de la Guadeloupe, à écrire sa
propre biographie. Ce document serait, sans nul doute, très-curieux, mais il est malheureusement perdu (1). Toutefois, la correspondance du bailli, très-volumineuse , et qui n'embrasse pourtant que la seconde moitié de sa carrière, nous fournira assez de renseignements pour nous permettre de rétablir la première moitié.
Dans une de ses nombreuses lettres, l'oncle de Mirabeau semble prévoir que quelque biographe s'occupera un jour de lui. Se trouvant au Havre, où il est venu se faire bombarder par les Anglais, et s'expliquant sur le contraste de sa vie très-active et de son goût pour la tranquillité, il écritle30 juin 1759 à son frère : c Je ne répondrais pas qu'il n'entre un peu de paresse dans mon tempérament, mais je ferai bien de le consigner dans mes écrits, sinon il pourrait se faire que si, dans la postérité, quelque animal est assez désœuvré pour s'occuper de mes faits et gestes, il ne s'en douterait pas trop. »
Sans nous arrêter à la qualification peu polie et très-inexacte, quant au désœuvrement, que nous donnait d'avance le bailli, nous devons dire qu'en étudiant sa vie, on ne se douterait guère, en effet, qu'il ait jamais été paresseux. S'il eut
(1) Nous Tavons cherché ou fait chercher dans presque tous les pays où le bailli a successivement résidé, nous l'avons fait chercher jusqu'à Malle, où il est allé mourir en 1794. Pcut-5lre ce document intéressant est-il enfoui dans quelqu'une de nos archives départementales et cette note donnera-t-clle à quelque archiviste l'occasion de le découvrir.
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ce faible, la Providence ne lui permit pas do s'y abandonner, car nous verrons que même dans sa vieillesse, quand il avait amplement conquis le droit de se reposer, ce qui lui manqua toujours ce fui le repos.