LA JEUNESSE DU BAILLI ET SES CAMPAGNES
Tembonpoint. En un mot, la figure du bailli, remarquablement belle, quoique un peu grasse, offre bien plus d'agrément que la figure sarcaslique, tourmentée, quoique peut-être encore plus spirituelle, du marquis de Mirabeau (1). Et cependant, on ne peut guère douter que cette physionomie, si attrayante à trente ans, ne soit devenue plus tard un peu rude, et que l'excellent cœur de' celui que Ton appelle habituellement dans la famille le bon bailli ne se soit caché, comme dit son frère, sous une écorce redoutable, car il est bien souvent question de sa mine austère, froide et imposante. Ajoutons qu'il était de très-haute . taille et le plus robuste de toute sa famille. A cinquante-deux ans, il écrit : « J'étais aussi gros et aussi grand à quinze ans qu'aujourd'hui. »
Si l'on s'en rapportait à un passage déjcà imprimé d'une lettre de ïAmi des bomniesoù celuici, pour expliquer les irrégularités de son style, dit avoir été élevé avec ses frères « dans un château de la montagne par lui précepteur ù trente crus, » on pourrait penser que le mar((uis Jean- Antoine négligeait un peu Tinstruclion de ses fils. Mais ce passage est en contradiction avec un autre d'une lettre inédite du bailli, qui, gouvcr-
(1) Les portraitâ dts dc ix frires, qui c»nl élé pravés, fi^r .rcnl don** I»; dixième et septième volumes des Mi'moircs lin Mirabeau : la gravure de celui du marquis n'est pus ous-^i bien réus- *ic que l'autre. \\ c^t d'ailleurs reprc^>cnté ù un â^re plus? avancé que son fnre..
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neur de la Guadeloupe, écrit à son frère ainé le 10 janvier 1754 : « J'ai trouvé ici un jésuite, que tu te rappelleras peut-être, qui était régeqt de la çinquième quand nous étions au 0fûlége^ et qui était dès lors un bon petit homme nommé Magloire; il est ici supérieur. » Reparlant plus loin de ce même père jésuite avec lequel il s'est brouillé, |e gouverneur ajoute : « Il était régent de cinquième lorsque j'étais en quatrième. » CoU3 assertion prouve que le marquis Jean-Antoine ne se pontenta pas pour ses fils du précepteur ù trente écus, et qu'il les plaça dans un collège de Jésuites, probablement à Marseille. Cependant le chevalier ne put guère dépasser la quatrième, car ses états de service nous apprennent que son père, après ravoir fait admettre dès l'enfance dans l'or^ dre de Malte, le Ht entrer presque en même temps, à douze ans et demi, dans la marine royale. Le 15 mars 1730 il fut reçu dans le corps des galères du roi, qui formait alors un corps distinct de celui des vaisseaux, comme garde de l'étendard, grade à peu près analogue à celui d'aspirant de marine. L'instruction classique de l'oncle de Mirabeau fut dono un peu brusquée, comme le fut d'ailleurs celle de son père, qui quitta le collège à treize ans. 11 n'est pas étonnant que ce dernier, honmie de ciibinct, après une petite partie de sa vie consacrée au service militaire, ait complété son instruclion et donné à son esprit une culture trèsétendue et très-variée. Mais quand on voit le bailli