‹ Les Mirabeau (volume 4)Chapitre 19 sur 40 · LA JEUNESSE DU BAILLI ET SES CAMPAGNES 1G · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DU BAILLI ET SES CAMPAGNES 1G

mis fin au règne de Taventurier allemand couronné sous le nom de Théodore, ont laissé les Corses aux prises avec les Génois, qui leur inspirent une antipathie invincible. Le prince n'aurait qu'à se présenter avec un peu d'argent et quelques amis pour être reçu avec acclamation. Le jeune auteur du mémoire se fait fort de se charger de tous les moyens d'exécution : t Cet officier, dit-il en parlant de lui-même, connaît la Méditerranée aussi exactement qu'on le puisse, ayant fait un grand nombre de campagnes dans cette mer. Il traiterait pour du canon, des fusils et des munitions de guerre, s'engagerait à les transporter, et enfin à exécuter tout ce qu'il y aurait à faire du côté de la mer. Il offrirait même ses services au prince pour aller dans le pays sonder les habitants et faire des tentatives. » On voit que l'esprit d'aventures ne fut pas étranger à la jeunesse du bailli de Mirabeau.

Nommé lieutenant de vaisseau le l** janvier 1 716 , il s'embarqua sur lo Mars, vaisseau de 64 canons, commandé par le chevalier de Crenay, et il prit part à une de nos plus malheureuses expéditions. Dix vaisseaux de ligne, cinq frégates et des bâtiments de transport chargés de huit ou dix mille hommes de troupes, partirent de Brest pour aller secourir le Canada et tenter de reprendre Louisbourg. La flotte, mal construite, mal équipée, munie de vivres avariés, mal conduite par un marin de cour, le duc d'Anville, fut assaillie par de vio-

lentes tempêtes et décimée par les maladies. Son chef inhabile mourut lui-même de maladie et de chagrin à Chibouctou, depuis Halifax. On essaya sans succès Faltaque de quelques forts anglais, et, lorsqu'on se décida à revenir en France, il restait à peine assez 'de monde pour ramener la flotte. Le vaisseau le Mars étant resté en arriére des autres, parce qu'il avait quatre voies d'eau, fut attaqué par un vaisseau anglais.

Après deux heures de combat, il fut obligé de se rendre, et le chevalier de Mirabeau,, gravement blessé d'un coup de canon à la cuisse, fut conduit en Angleterre, où il resta trois mois au litr

Le mauvais succès de cette expédition augmenta de beaucoup [l'antipathie que le jeune marin éprouvait d'instinct pour ce qu'il appelle h plume, c'est-à-dire l'administration de la marine, dont les principaux employés se nommaient alors ofiiciers de plume, et qui était particulièrement déplorable à celte époque.

Dans les divers mémoires qu'il a écrits contre cette bureaucratie maritime, mémoires courageux, car il barrait ainsi son avancement, il. cite souvent l'expédition du duc d'Anvilleà l'appni des accusations d'impéritie, d'usurpation et de malversation dont il poursuit la plume. En 1747, le prisonnier fut renvoyé sur parole de ne plus servi r pendant la guerre, et cet engagement lui était d'autant plus facile à tenir qu'il traîna, dit-il, la jambe pendant deux

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