LE MARQUIS DE MIRABEAU
un devoir et un plaisir de lire, la plume à la main, les deux principaux ouvrages du marquis de Mirabeau, le mémoire sur les États provinciaux r Ami des hommes. Il a laissé, sur ces deux ouvrages, un grand nombre de noies, dont quelques-unes seulement ont été publiées dans le tome YIII de ses Œuvres complètes; le reste de ces notes nous a été donné (1) , et nous sera utile pour l'appréciation de Teffet produit sur un noble esprit de notre siècle par un esprit plus inégal, mais non vulgaire , appartenant a un siècle trè&^ifférent du nôtre sous plusieurs rapports. On voit dans ces noies, que les travaux politiques et économiques du marquis de Mirabeau avaient vivement intéressé Tocqueville, en lui offrant un exemple curieux d*un phénomène qu'il définit ainsi : t l'invasion des idées démocratiques dans un esprit féodal. > C'est à peu près la mémo idée qu'exprime, en d'autres termes et sur
(1) Je dois ces notes précieuses cl un autre cahier de notes iBéâitefi sur Mirabeau l'orateur, également écrites par Tocquevint, à l'aniitié de sa digne veuve, qui voulait bien me continuer les sentiments affectueux dont m'avait honoré son mari. Elle n'a pu survivre longtemps à la perte de celui qui, seul, TatUchait à la vie; mais, sachant que ces notes avaient du prix pour moi, elle avait eu la bonté, avant de mourir, de charger an des plus chers amis de son mari de me les remettre, et eeloMk au^si, écrivain éminent, avait à peine achevé réditlon den Œuvres complf'tes de Tocqueville, qu'il a disparu de et monde. Ces nobles âmes, Tocqueville, Beaumont, Ampère, si intimement liées pendant leur vie, se sont suivies de très-près dans la mort; elles n'ont pas vu, du moins, nos afflreux malheurs et nos discordes peut-«tre plus lamentables encore.
m LES NfIRABEAi:
le même sujet, un gfand poète de nos jourâ, M. Victor Hugo , dont les appréciations ne sont pas toujours aussi justes que celle par laquelle il qualifie VAmi des hommes c un rare penseur qui était tout à la fois en avant et en arrière de son temps, ê
Enfin, un de nos économistes les plus considérables, un de ceux qui ont su le mieux intéresser le public à des vérités parfois arides ou obscures par la précision lucide et élégante de l'exposition, M. Léonce de Lavergne, dans un ouvrage récemment publié, a consacré au marquis de Mirabeau une remarquable étude (1), où VAmi des hommes est pris fort au sérieux, et où Fauteur va même jusqu'à se demander quel sera le jugement définitif de l'avenir sur le père et le fils, et si le philosophe philanthrope, le théoricien de l'ordre naturel et de l'harmonie universelle ne tiendra pas autant de place dans l'estime de la postérité que le puissant révolutionnaire de 1789. M. de Lavergne a en quelque sorte deviné, d'après l'omTage même écrit en faveur de Mirabeau, que les torts # de celui-ci envers son père étaient plus graves qu'on ne l'avait dit ; mais les documents lui manquant sur ce point, il a commis quelques erreurs, en môme temps qu'il n'a pu démontrer combien ses inductions étaient justes.
(l) Voir les Économistes français du xviii» siècle^ p. H2 I 1C6.