LE BAILLI ET LES MILICES GARDE-COTES. NOS
PROVINCES MARITIMES PENDANT LA GUERRE DE SEPT ANS. LE BAILLI ET LA DAME DE CAEN.
C'est en mai 1759, au plus fort de la guerre de Sept ans, que l'oncle de Mirabeau fut nommé inspecteur général des milices garde-côtes. Le maréchal de Belle-Isle, alors ministre de la guerre, s'étant fait attribuer la partie de la défense des côtes qui, avant lui, relevait du ministre de la marine, et ayant la plus grande confiance dans les lumières et le zèle du futur bailli, le chargea de surveiller et de réorganiser ce service sur tout le littoral de l'Océan, depuis Dunkerque jusqu'à Rochefort. L'ancien système de défense de nos côtes, adopté par suite de nos guerres fréquentes
avec l'Angleterre , ayant été abandonné depuis longtemps, et n'ayant pas été remplacé, il nous paraît utile de l'exposer très-sommairement avant de suivre le chevalier de Mirabeau dans ses voyages à travers nos provinces maritimes.
En dehors des milices ordinaires, il y avait sous l'ancien régime des corps sédentaires, composés de tous les hommes mariés ou non mariés qui habitaient les paroisses les plus rapprochées du littoral, et n'étaient point inscrits pour le service de la flotte. Ces riverains, exemptés de tirer à la milice, étaient spécialement chargés de signaler et de repousser les débarquements de l'ennemi. Ils étaient organisés en compagnies d'observation, mélangées de fusiliers et de canonniers, et en compagnies du guet. L'ensemble des compagnies dans chaque province maritime formait des capitaineries commandées par des gentilshommes de la province, anciens militaires, ou même en activité de service, qui portaient le titre de capitaines généraux de la garde-côtes.
Un travail de M. de Tressan, publié en 1785 dans YEncyclopédie méthodique, présente ce système de défense du littoral comme très-utile pour épargner, dit-il, le service aux troupes du roi. Parmi les capitaineries les mieux organisées , il cite celle de la province du Boulonnais, où en douze heures, suivant lui, le commandant de la province peut mettre sept à huit mille hommes sous les armes. « L'ordre établi en Boulonnais,