LE BAILLI ET LES MILICES GARDE-COTES
ajoute-t-il, est très-bon, n'est point à charge au pays; l'esprit militaire s'y conserve. Cette province, la plus voisine de l'Angleterre, peut se garder par ses propres forces, sans que la culture des terres en souffre. Pendant la dernière guerre, les troupes enrégimentées étaient fort belles, ont bien servi, et étaient très-bien composées en officiers. Nous avons plusieurs provinces maritimes où le même ordre serait très-utile à établir... Il serait à désirer qu'on mît plus d'uniformité dans le service des garde-côtes. Il sera toujours trèsimportant, en temps de guerre, de mettre ce service au point que les côtes puissent être défendues par leurs propres forces , et que les armées en campagne ne soient point obligées de détacher des brigades ou des régiments pour remplacer ce qui manque à la défense des côtes. »
L'opinion de Tressan ne fut point adoptée par la Constituante, qui supprima en 1791 ces milices spéciales, et confia la défense des côtes à l'association de la troupe de ligne et de la garde nationale. Rétabli en 1799, et plus ou moins modifié sous le Consulat et sous l'Empire, le système des corps spéciaux préposés à la défense du littoral fut définitivement supprimé par une ordonnance du 14 août 1815. Ce ne fut qu'en 1840, sous l'influence des événements qui semblaient menacer la France d'une guerre générale, qu'une commission instituée par le ministre de la guerre s'occupa de remplacer l'ancienne garde-côtes par la double
combinaison d'un système d'ouvrages défensifs (batteries et redoutes) et d'un personnel réuni dans des camps d'observation à portée du littoral; mais ce système est resté à l'état de programme, et tandis que l'Angleterre conservait, en la perfectionnant de plus en plus, l'organisation du coast guard, rien n'a succédé chez nous à l'institution analogue établie sous l'ancien régime.
Il est vrai que cette institution des milices gardes-côtes était d'une utilité beaucoup plus contestable que' ne le dit Tressan, à en juger par le témoignage même du chevalier de Mirabeau. Dispendieuse pour l'État et très-onéreuse pour les populations, qu'elle arrachait en temps de guerre, et même en temps de paix, aux travaux de l'agriculture, elle ne constituait presque jamais une force suffisante pour s'opposer aux entreprises de l'ennemi. Aussi voit-on le consciencieux inspecteur général de 1759 et 1760 aussi occupé de diminuer le nombre de ces rassemblements de paysans picards, normands ou bretons, que de leur donner une plus grande consistance militaire au point de vue de l'exercice, de l'armement et de l'habillement, toutes choses qu'il présente généralement comme défectueuses.
« La besogne dont on m'a chargé, écrit-il le 11 octobre 1759, dépérit par tous les bouts. Nonseulement on exige trop du peuple, puisque, par le relevé général de la population des pays compris dans mon département, je montrerai qu'on prend