‹ Les MirabeauChapitre 12 sur 36 · POLEMIQUE SUR LES CORVEES · texte numérisé non relu

POLEMIQUE SUR LES CORVEES

cation. C'est cette explication, maintenant à ma portée, et conséquemment à celle de mes moindres lecteurs, que j'offre ici à ceux pour l'usage desquels je l'ai reçue. »

C'était une fâcheuse idée de la part du disciple de Quesnay, que de choisir, pour initier le public à la doctrine du maitre, la plus ardue et la plus obscure de ses formules, c'est-à-dire ce fameux Tableau synoptique déjà mentionné par nous. Le long et lourd commentaire que le marquis ajoutait au tableau, sous prétexte de l'expliquer, ne servait qu'à le rendre plus obscur; mais la doctrine nouvelle n'en était pas moins annoncée, et peut-être même, ainsi qu'on l'a justement remarqué, le goût de l'esprit humain pour les mystères, donnait-il à plusieurs d'autant plus d'attrait pour le sphinx économique, qu'il semblait d'abord se révéler par des énigmes (1). Du reste, ce volume renfermait d'autres morceaux d'une digestion moins difficile, et inspirés également par Quesnay ; outre deux mémoires sur l'agriculture, on y lisait un mémoire intéressant contre les corvées.

Le marquis de Mirabeau y prenait à partie l'auteur anonyme d'un Essai sur la voirie, les corvées et les ponts et chaussées, qui avait cru devoir combattre des critiques précédemment émises par lui dans l'Ami des hommes, sur les

(1) Larergne, Economistes français du dix-huitième siècle, p. 68.

corvées, et prendre la défense de ce genre d'impôt en nature, un des plus détestés de l'ancien régime. La réponse du marquis fit une assez vive sensation, car elle était très-hardie dans la peinture des abus et des maux engendrés par ce mode de construction et de réparation des chemins, au moyen d'une contrainte brutale et arbitraire, qui s'exerçait spécialement sur la personne des paysans, en leur qualité de corvéables, et dont ils ne pouvaient pas même s'affranchir à prix d'argent (1). Son mémoire donna en quelque sorte le signal à un grand nombre d'attaques du même genre, sous lesquelles la corvée succomba une première fois en 1776, par la main de Turgot, qui l'avait combattue comme écrivain, avant de l'abolir comme ministre. Après sa retraite, l'iniluence du Parlement la fit rétablir ; et elle ne fut supprimée que par la révolution.

L'adversaire des corvées exerçait, par la même occasion, son esprit railleur et ardent aux dépens de l'écrivain inconnu qui, tout en lui accordant qu'elles offraient des abus dans la pratique , prétendait cependant les maintenir Celui-ci, offensé de la réponse, répliqua par un nouveau mémoire, intitulé : Supplément à Fessai sur la

(1) Nous avons cherché, par cette périphrase sur les corvées, telles qu'on les pratiquait sous l'ancien régime, à les distinguer de ce qu'on appello aujourd'hui l'impôt des prestations, qui ne peut jamais dépasser trois journées de travail par an, et que tout contribuable est également libre d'acquitter à son gré, soit en travail, soit en argent.

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