POLÉMIQUE SUR LES CORVÉES
voirie et la corvée, pour servir de réponse à la critique de F Ami des hommes, où il se plaignait assez amèrement du marquis de Mirabeau, qui ne crut pas devoir lui répondre une seconde fois. Nous n'insisterions pas sur cette polémique si elle n'avait donné lieu à une prétendue découverte faite en 1821, en vertu de laquelle l'adversaire anonyme du marquis de Mirabeau, l'auteur de ce plaidoyer en faveur des corvées, rédigé avec une platitude dont on ne peut se faire une idée qu'après l'avoir lu, ne serait autre qu'un des écrivains les plus distingués du dix-huitième siècle, un membre de deux académies, le secrétaire perpétuel de l'Académie française, en un mot Duclos.
Cette prétendue découverte a d'abord passé à peu près inaperçue, mais comme elle a fini par être adoptée sans examen par deux écrivains considérables (4), nous avons cru devoir prendre la peine de lire les deux mémoires anonymes dont il s'agit. Ils ont une certaine valeur quant au fond et pour les détails techniques qu'on y rencontre sur la construction des chemins et sur le
(I) Elle Test, notamment par M. Sainte-Beuve, qui, dans un très-bon travail sur Duclos (Causeries du lundi, t. IX), consacre quelques lignes à ces deux Mémoires, dont il parle d'ailîeuré de manièro à prouver qu'il ne les a pas lus, et qu'il les cite seulement pour faire valoir les aptitudes de Duclos aux affaires administratives. M. de Lavergno, sans être aussi affirmait', dit cependant de ces deux Mémoires anonymes : « L'auteur était, dit-on, Duclos. » La nouvelle biographie Didot n hésite pas à les attribuer à Duclos.
corps des ponts et chaussées au dix-huitième siècle. Ils peuvent être l'œuvre d'un ingénieur, d'un subdélégué, peut-être même d'un intendant qui ne saurait pas écrire en français, mais quiconque connaît un peu l'esprit, les idées, le caractère et le style de Duclos, ne saurait admettre un instant qu'il en soit l'auteur (1).
(1) Il est trop désagréable à tout esprit soucieux de la vérité de voir attribuer à un écrivain remarquable un ouvrage indigne de son talent, et qui n'est pas de lui, pour que nous ne consacrions pas une note, même assez longue, à prouver que l'adversaire anonyme du marquis de Mirabeau, dans cette discussion sur les corvées y ne peut pas être Duclos.
Nous devons consister d'abord qu'aucun des nombreux contemporains de Duclos, qui ont parlé de lui dans leurs Souvenirs du dix-huitième siècle et que nous avons consultés, n'a songé à lui attribuer ces deux ouvrages anonymes sur la Voirie et les Corvées; qu'aucun éditeur de Duclos, antérieur à celui de 1821. n'y avait songé davantage; que la meilleure édition des Œuvres complètes de Duclos, celle de 1806, en 10 volumes in-8°, faite sous la direction de M. Auger, depuis membre de l'Académie française, enrichie de moreeaux inédits qui sont vraiment de Duclos, précédée dune notice détaillée sur l'autour, non-seulement n'admet pas les deux Mémoires anonymes, mais n'on fait pas la plus légère mention. Nous devons constater enfin que le savant et consciencioux auteur du Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, M. Barbier, en insérant le titre de ces deux Mémoires dans la première édition de son livre, avait refusé de les mettre au compte de Duclos. Nous disons refusé, parce qu'il existait un recueil bibliographique dénué d'autorité, fécond en erreurs du genre de celle-ci, et publié en 1778, c'est-à-dire six ans après la mort de Duclos, sous ce titre : la France littéraire, dont l'auteur, sans aucune espèce de prouve ou d'explication, s'était avisé d'ajouter ces deux Mémoires è la liste des ouvrages de l'éminent académicien ; c'est cette affirmation gratuite, à laquelle M. Barbier avait refusé, ditil, d'ajouter foi.
Les choses en étaient là, lorsque, en 1821, un écrivain, M. Villenave. mu par le désir souvent pernicieux de donner une édi-