UNE ERREUR AU SUJET DF. DUCLOS *W
Quesnay dans le monde de la cour, à Versailles. Celui-ci, il est vrai, soit par habileté, soit par modestie, avait exigé de son premier disciple,
de 1* Académie française qui, même sous l'anonyme, , écrirait : « Quelqu'un de mes lecteurs, si jen ai, ne demandera-t-il pas qui je suis moi-même, pour oser censurer le public et les savants; l'honorable ami des hommes a tant d'esprit, qu'il ne m'enviera pas la gloriole après laquelle je cours; il est bien plus propre k m* applaudir, quand il verra que je ne critique ni par humeur ni par ambition? » Est-il vraisemblable que ce soit Duclos qui, pour repousser, ^même sous l'anonyme, l'idée de l'auteur de F Ami des hommes, d'employer les troupes en temps de paix à la construction et à l'entretien des routes, après avoir fait un tableau grotesque des inconvénients du contact des soldats avec les populations rurales, après avoir montré « des pères désolés, des mères échevelées, des maris en fureur, des filles en larmes, » aurait rédigé cette apostrophe, directement adressée au marquis de Mirabeau :
« O vous, mon Hluslre confrère, s'il est permis à un écrivain obscur de prendre un titre si brillant (ainsi le comble de l'orgueil pour le secrétaire perpétuel de l'Académie française, pour l'auteur des Considérations sur les mœurs, serait d'oser s'appeler le confrère de l'auteur de rAmi des hommes), vous à qui l'importance des mœurs est si particulièrement connue, qui m avez démontré avec tant d'énergie qu'elles seules sont dignes de la superintendance du souverain; pourriez-vous persister dans une opinion dont la suite la moins funeste serait l'outrage de la virginité, et qui égalerait bientôt la corruption des campagnes à celle des villes? Non, je jure que vous en reviendrez!... » Serai C-ce encore Duclos, si impétueux, si peu endurant, si mordant, Duclos, duquel M. Sainte-Beuve dit très- Justement* qu'on le savait entier, emporté, qu'on le craignait, qu'on faisait place devant lui, ■ serait-ce Duclos qui, traité par le marquis de Mirabeau, dans la réponse de celui-ci au premier Mémoire anonyme, avec la plus offensante impertinence, se serait contenté de répliquer dans un second Mémoire, publié en 1762, que : « la réflexion l'a réduit à plaindro un bon homme, un zélé patriote, un philosophe qui oublie ses meilleures maximes de morale quand sa bile est trop exallée? O que je dis là ds son caractère, sa/îs te connaître, ajoute le T. II 14
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comme il l'exigea longtemps des autres, de n'être désigné au public que par des périphrases, et jamais par son nom, mais ces périphrases étaient si pompeuses, qu'il était bien difficile qu'on ne se demandât pas a qui elles s'appliquaient. Dès cette époque, d'ailleurs, si Ton s'en rapporte â
prétendu Duolos, est tellement fondé en vraisemblance, que el j'étais Tartuffe et que j'affectasse, d'un air bénin, de raeeembler ici, aoua un point de vue, lea offenses qu'il m'a faites, je suis persuadé qu'il en pâlirait; m«is,%râce au ciel, la méchanceté m'est inconnue, si os n'est pour le détester » (p. 642) t Est-ce Duolos qui dirait platement d'un adversaire insolent : « Je trouve F Ami dea hommes moins blâmable d'avoir si légèrement sacrifié a son humeur le respect qu'il ee devait, que son examinateur (c'est-à-dire lo censeur) ne me paraît répréhensible de lui avoir laissé violer les lois de la bienséance, et d'avoir transgressé lui-même celle que les règlements de la librairie imposaient h aonétat » (p. 648)? Est-ce enfin le philosophe Duclos qui. après avoir argumenté lourdement centre l'opinion soutenue par le marquis de Mirabeau, qu'il serait utile d'apprendre à lire el à écrire aux paysans, couronnerait son argumentation par le passage suivant : « Appliquons de bonne foi ces réflexions à la doctrine que je aoutiens, ot nous conviendrons que tout moyen qui tend à introduire et à pousser le bas peuple dans les états supérieurs, est vicieux selon nos maximes. Donc, dirons-nous, le plus grand des vices, en ce genre, est l'instruction gratuite, qui prodigue a la vanité du baa peuple, en corps, ua prétexte inai dieux d'aspirer à F élévation. »
Si, après ces citations, il restait encore quelque doute dans l'esprit de quiconque a lu les ouvrages de Duclos, ajoutons que le marquis de Mtrabeeu et son frère, qui tous deux, comme je l'ai déjà dit, connaissaient familièrement cet académicien, se moquent, dans leur correspondance, de l'avocat anonyme des corvées, sans jamais faire la plus petite allusion à Duclos; que d'ailleurs, l'auteur de PAmi des hommes parle de son adversaire anonyme, dans cette controverse sur les corvées, comme s'il savait quel est cet adversaire, car s'il ne l'indique point par son nom, il le désigne dès la première page de sa réponse au premier Mémoire de celui-ci, en des termes qui ne sauraient