LA THÉOKIE DE L'IMPOT
cours les risques, par un sentiment fondé sur des principes supérieurs aux petites considérations passagères. Ce dernier essai manquait à l'accomplissement de ma vocation, et c'est par là que je veux finir ma carrière. »
Sous des apparences doctrinales et avec le titre de Théorie de Timpôt, le nouvel ouvrage du disciple de Quesnay était d'une hardiesse extrême dans la critique des personnes et des choses. L'auteur développait successivement ces diverses propositions : 1° que l'impôt est un tribut présenté par les sujets au souverain, et non une dépouille arrachée par le souverain aux sujets ; 2° que le souverain n'a pas le droit d'imposer ses sujets sans leur concours et leur consentement ; 3° que l'impôt le plus naturel, le plus juste et le plus avantageux serait celui qui porterait exclusivement sur le produit net du sol, c'est-à-dire sur le revenu foncier, tous frais de culture déduits. Celait là un des points capitaux de la doctrine physiocratique, sur lequel nous reviendrons plus tard ; 4° que l'assiette et le recouvrement de l'impôt devraient être confiés aux états provinciaux rétablis partout dans les pays d'élection, tels qu'ils existaient encore dans les pays d'états ; 5° que le commerce intérieur et extérieur devrait être déclaré libre et affranchi de toutes taxes; 6° enfin, qu'il était urgent d'abolir tout le- système de fermage adopté pour la perception de la moitié des impôts.
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Ce dernier article constituait la thèse la plus importante et la plus périlleuse du livre. Sous l'ancien régime, tous Ira impôts indirects étaient perçus par des compagnies de financiers qui les affermaient au roi au plus bas prix, pour en tirer à leur profit le plus grand bénéfice possible. La taille, la capitation et les vingtièmes étaient les seuls impôts recouvrés directement par les agents du trésor public. Mais la gabelle, c'est-à-dire l'impôt sur le sel, les aides (impôts sur les boissons), les traites (droits de douane à l'entrée et à la sortie du royaume et d'une provinoe à l'autre), les droits d'enregistrement, les droits à l'entrée de Paris, la fabrication et le débit du tabac, etc., etc., étaient affermés par des compagnies, dont la principale se composait de soixante fermiers généraux, ayant sous leurs ordres trente mille commis, investis du droit d'exercer sur les sujets toutes sortes de poursuites, et aussi d'extorsions et de concussions. L'incroyable différence du prix du sel, par exemple, qui variait de province à province, depuis 2 livres le quintal jusqu'à 62 livres, produisait une sorte d'émulation de fraudes et de rigueurs entre le6 contrebandiers et les agents de la ferme. Un financier très-distingué de notre siècle, un ancien ministre des finances qui avait commencé sa carrière au service de la ferme générale, le comte Mollien, déclare c que dans la seule année 1783, pour la seule contrebande des