LA THEORIE DE L'IMPOT 21U
sels, les agents de la ferme générale avaient fait près de 4,000 saisies domiciliaires; ils avaient arrêté sur les routes 2,500 hommes, 2,000 femmes, 6,000 enfants, près de 1,200 chevaux, 56 voitures ; les condamnations à la peine des galères excédaient le nombre de 200. En résumé, dit-il, sur les 6,000 forçats qui se trouvaient dans les bagnes, le tiers était composé de contrebandiers (1).
En 1760, la situation était pire encore qu'en 1783. L'auteur de la Théorie de F impôt prétend que, sur la seule vente du tabac, les fermiers généraux faisaient un bénéfice net de 31 millions, et qu'en réalité, sur les impôts perçus par eug, la moitié seulement rentrait dans les caisses de l'État. Aussi, quelques jours avant de publier son livre, écrit-il à son frère : c Renversons les fermes d'abord, et nous aurons assez fait pour la régénération. » C'était, nous l'avons dit, le but principal qu'il se proposait ; c'était pour faire ressortir tous les abus, tous les fléaux attachés à ce système de perception, qu'il déployait toute l'ardeur de sa plume inégale, mais parfois éloquente.
c Quand l'État, dégradé et abattu, écrit l'impétueux disciple de Quesnay, se soumet aux conditions que ses fermiers lui imposent, l'épuisement arrive à son comble ; les édits ne sont que des
tl) Mémoires d'un ministre du Trésor public, 1. 1, p. HK>.
prétextes d'exaction, et le peuple ne peut plus rien fournir de réel. Les coffres du prince, percés de toutes parts, ne sont plus même capables de servir d'entrepôt momentané. La science des ressources a pris la place de la science économique. On épuise les emprunts et les expédients, on vomit des créations de charges ; on engage, en un mot, l'État, les sujets, le prince, la foi, la loi, les mœurs, l'honneur ; on s'empare des obligations de payement entre les citoyens, on renverse tout enlin, et Ton arrive à ce terrible période où le gouvernement n'espère plus rien des hommes, et où les hommes n'espèrent plus rien du gouvernement; fatale époque, où le souffle d'un enfant peut renverser des États! Telle est la marotte, telles sont les conséquences de Terreur énorme d'interposer une agence quelconque entre la contribution des .sujets et la recette du souverain. L'exemple de tous les âges et de tous les empires en est la preuve. Partout les fijhniers publics ont acheté du prince la nation, et détruit enfin la nation, le prince et eux-mêmes » (1).
Tout en insistant principalement sur cette partie de son sujets l'auteur ne négligeait pas les autres et l'on a pu juger, par le programme indiqué plus haut, des questions successivement traitées dans son livre, que c'était bien une sorte de révolution administrative qu'il voulait faire accomplir par le roi dès 1760.
(1) Théorie de V impôt, p. *86.