‹ Les MirabeauChapitre 22 sur 36 · LE MARQUIS EN PRISON · texte numérisé non relu

LE MARQUIS EN PRISON

l'événement à Voltaire (1). Il s'agrt deMmed'Épinay. Voici sa lettre :

Vous a-t-on parlé du livre de M. de Mirabeau, intitulé Théorie de V impôt? C'est un orage; tout y est confondu, obscur, et puis des traits de lumière qui éblouissent, qui renversent; des calculs faux, dès idées justes, de l'éloquence, de l'amphigouri ; hardi jusqu'à la témérité (un autre aurait dit jusqu'à l'insolence, et aurait peut-être bien dit); mais je ne saurais en trouver à dire des vérités; au reste un tableau frappant et vrai de nos malheurs, un léger crayon' de remèdes assez incertains; le tout Ta conduit à Vinoennes, où il est depuis hier. Ils ont l'air de l'y avoir mis pour avoir le droit d'en faire pendre un autre. On n'a jamais arrêté un homme comme celui-là Ta été, en lui disant : « Monsieur, mes ordres ne portent pas de vous presser. Demain, si vous n'avez pas le temps aujourd'hui. — Non, monsieur, on ne saurait trop

(I) Voltaire avait très-peu de goiU pour le marquis de Mirabeau, qui lui rendait son antipathie avec usure comme nous le verrons ailleurs. Cette antipathie s'explique aisément, du reste, par la différence de leur caractère et de leur esprit à tous deux; Mais Voltaire savait très-bien subordonner ses sentiments à ton désir de rester toujours en accord avec l'opinion publique. Aussi, en apprenant par Mn* d'Epinay, l'intérêt que portait le public à l'auteur de la Théorie de l'impôt, il s'empresse d'écrire à M. d'Argental pour le prier d'antidater sa dédicace de Têncrède, qu'il venait d'adresser 4 M»* de Pompadour, parce que, dans cette dédicace, pour faire sa cour à la favorite, il se moquait agréablement des écrivains économistes ou autres qui voyaient alors les choses en noir. « Si cette dédicace n'est point datée (il veut dire antidatée), elle paraîtra, écrit-il le 28 décembre 1760, uae* insulte au pauvre ami des hommes et à son malheur. ... Je passerai pour un lâche flatteur qui se fait de fête, et qui est de l'avis des sous -maîtres, pendant qu'un camarade valet est in ergastnlo pour les avoir contredits. »

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tôt obéir aux ordres du roi ; je m'y attendais. » Et il part avec une malle chargée de livres et de papiers; tout ce qu'il fait est bien. Son livre est in-quarto, et n'en est pas moins défendu. Il est trop considérable pour être envoyé par la poste, sans quoi, mon cher philosophe, vous l'auriez déjà.

Tandis que le marquis de Mirabeau supporte philosophiquement sa captivité — à en juger par une lettre de lui à Mme de Rochefort, où il dit « qu'ayant emporté en prison, outre les Pensées de MaroAurèle et la Sagesse de Salomon, un recueil fort rare et fort jovial de proverbes provençaux, son laquais fut bien surpris de le voir rire tout seul, quatre minutes après qu'on eût fermé les verrous, » — c'est peut-être le cas de nous transporter au palais de Versailles pour y apprécier les sentiments du docteur Quesnay, quand il apprend la mésaventure advenue à son disciple. Ceux qui savent maintenant la part trèsgrande prise par le maître au méfait accompli, sous son influence et sous sa direction, seront probablement d'avis que le prudent docteur dissimule un peu trop sa complicité à M506 de Pompadour dans le tableau, d'ailleurs très-agréablement esquissé par Mme Du Hausset :

Un jour, dit celle-ci, je trouvai Quesnay au désespoir, c Mirabeau, me dit-il, est à Viucennes pour son ouvrage sur l'impôt. Ce sont les fermiers généraux qui l'ont dénoncé et qui l'ont fait arrêter. Sa femme, doit aller au-

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