LES ÉCONOMISTES ET LEURS ADVERSAIRES 25T
actifs collaborateurs, jion-seulement Quesnay, le marquis de Mirabeau, Mercier de la Rivière, Baudeau, Le Trosne, Roubaud, qui y écrivaient sous toutes les lettres de l'alphabet, mais c'e$t dans les Éphémérides que Turgot publia pour la première fois son Traité sur la formation et la distribution des richesses, composé d'après les principes de Quesnay. Un foule d'auteurs nouveaux , quoique moins connus , MM. Abeille , Fourqueux, de Butré, $aint-Péravy, fo Vauvilliers, Je jeune duc de Saint-Mesgrin, {ils du duc de la Vauguyon, gouverneur de Louis XVI, travaillaient également dans les Ephémérides. Il n'est pas jusqu'au margrave (le Bade, Charles- Frédéric, qui, converti à la physiocratie par le marquis de Mirabeau, n'ait voulu sa donner le plaisir d'écrire dans cette revue, où il publia sous * l'anonyme, en 1772, un abrégé des principes de l'école, tiré des Dialogues économique^ du marquis et que celui-ci déclare /ait avec une précision surprenante.
Dupont (de Nemours) divise les économistes d'alors en deux nuances distinctes, formant, dit-il, deux écoles fraternelles. A la première, celle de Quesnay, appartenaient tous les noms que nous venons de citer, auxquels on peut joindre celui de Condorcet, presque physiocrate dans les notes critiques qu'il a jointes au pamphlet célèbre de Voltaire, composé contre la physiocratie, sous le titre de : f Homme aux quarante écus.
Quant à Turgot, devant lequel nous nous arrêterons bientôt, il était plus engagé, qu'on ne Ta dit souvent, dans le système de Quesnay, quoiqu'il n'ait d'abord tenté, comme ministre, que l'application des idées plus pratiques et moins absolues des disciples de Gournay. Ceux-ci s'attachaient spécialement à conquérir la liberté de l'industrie et du commerce, à obtenir l'abolition des règlements minutieux et vexatoires inventés par Colbert, des privilèges, des monopoles et des entraves de tout genre qui paralysaient le travail et le trafic sous prétexte de les protéger. La fameuse maxime : Laissez faire, laissez passer, souvent attribuée à Quesnay, n'est pas de lui, elle est de Gournay ; mais les physiocrates l'adoptaient aussi bien que les disciples de Gournay. On a peine à comprendre aujourd'hui les efforts que le célèbre intendant du commerce fut obligé de faire pour obtenir, par exemple, qu'il fût permis en France de fabriquer et de vendre des toiles peintes. Longtemps ces étoffes, trèsrecherchées alors, ne purent être achetées qu'au prix de la vie ou de la liberté d'une foule de contrebandiers. Nous apprenons dans les Ephémévides, « que les drapiers de Paris, les merciers, les orfèvres, les épiciers-apothicaires, les pelletiers, les bonnetiers, les libraires et même les marchands de vin firent de beaux mémoires pour persuader qu'ils seraient tous ruinés et exposés à fnire banqueroute, si la fabrication et l'usage