LE} MIRACLES
Les exercices physiques propres à conduire l'adepte i cette absorption entière si enviable, selon \e Tedanta, consistent à retenir le plus longtemps possibla son haleine, à répéter vingt, trente fois le mot I)ibu chaque fois que l'on respire ; à contrarier, par toOs les moyens, les instincts naturels de conservation.
L'an allume plusieurs feux pendant l'été et en supporte la chaleur ; pais l'biver venu, s'expose nu à la pluie et porte des vêtements monillés.
L'antre demeure immobile et sans manger Jusqu'à tomber d'Inanition.
Un troisième fait vœu de tenir les bras en l'air, et garde cette commode attitude durant 24 ans .
AOenarès on en cite un qui restait couché jour et nuit sur un lit recouvert de pointes de fer. Dans l'été, il s'entourait de feux ; dans l'hiver, il laissait tomber goutte à goutte de l'eau froide sur sa tète. (Asiatic researches, t. V, p. 37 et suiv,).
Est-ce assez absurde ? Mais comment les choses se passent-elles chez nos catholiques î
La sainte au goût du jour, la bienheureuse Marie- Alacoque, dont les exemplaires vertus sont plus qne jamais imposées à l'édiâcation des fidèles, se ceint les reins avec une corde garnie de nœuds, et la serre de façon que la respiration et la digestion ne s'accomplissent plus sans douleur ; se ligature les bras avec des chaînettes de fer, jusqu'à écrasement de la peau et des tissus sous-jacents ; se fait pratiquer 102 saignées dans l'espace d'un an ; grave sur sa pc^-
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trine avec un canif, le mot : 'Jésus ; prend solo de cautériser les lèvres des incisions afin d'en retarder la cicatrisation ; enfln, à l'Instar du païen de Benarès, se fait un Ut de pots cassés ■ où elle se couche, afflrme-t-elle, avec un extrême plaisir, biea que toute la natarâ en frémit. »
En bonne conscience, je le demande, de tons ces actes que je viens d'énumérer, lequel doit être le plus funeste, lequel est le plus insensé î
Pénétrons maintenant, cber lecteur, dans un domaine que nous n'avons fait que côtoyer jusqu'ici: Celai de la pathologie, cette science qui nous apprend à connaître et & distinguer les maladies auxquelles l'organisme de l'homme est exposé.
La fréquentation des malades atteints d'affections nerveuses, le spectacle des attaques convulsives, celui des périodes de stupeur ou bien de délire auxquelles ils sont enclins, la constatation de la désespérante ténacité des désordres, tout cela éveille à l'égard de ces Infortunées victimes d'une innervation mal équilibrée, un sentiment d'inépuisable sollicitude, de profonde commisération. — Le contact de telles tristesses fait naitre une impression sur laquelle on ne se blase point.
Mais pour ceux qui, de gaité de cœur, par le
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moyen de pratiqaes appropriées, détraquent l'harmonie des plus nobles fonctions de l'organisme, ce n'est plus de la pitié que l'on éprouve, c'est damépris.
Quant aux instigateurs d'aussi détestables manœavres, je les déclare sacrilèges, homicides au premier chef. Je les déclarejusliciables du crime de lèsehumanité.
Provoquées par nne excitation méthodique du système nerveux, ou spontanément écloses d'une prédisposition constitutionnelle, il est des névroses dont les manifestations étranges prêtent aux impostures des thaumaturges un appoint considérable.
En raison de sa fréquence et de la multiplicité de ses aspects, au premier rang se trouve l'hystérie : un protée.
Une opinion qui, à mesure que les observations affluent, tend à se généraliser, loin de considérer l'attaque hystérique comme le signe caractéristique du mal, ne voit en elle qu'un de ses innombrables symptômes.
Toujours est-il que les personnes sujettes aux attaques d'hystérie sont rarement exemptes des autres troubles attribués à l'état hystérique envisagé sous sa plus large acception.
« Parmi ces derniers, dit le docteur Delasiauve dans le tableau d'une concision et d'une lucidité rares qu'il trace de l'affection (Journal de Médecine Mentale, t. II, p. 343) les symptômes qui incombent au domaine mental ne s'élèvent que par exception,
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aux proportions d'uD délire marqué, et se reflètent dans les tendances et les actes plus qae dans le langage. L'impressionnabilité tient la première place- Un brait, une odeur, une contrariété, l'annonce d'une nouvelle désagréable, suffisent pour jeter dans l'anxiété et l'incertitude. La susceptibilité s'exagère, la brusquerie, les exigences impérieuses contrastent avecles timidités craintives. Aux expansions d'une puérile gaité succèdent des alternatives de morosité sombre. L'avenir, les événements prennent la teinte des appréhensions, moins souvent de l'espoir. L'attendrissement se joint à la défiance ; on est rempli d'alarmes pour soi, pour les siens, pour les étrangers. Rien de moins stable que les sentiments et les désirs. Sans transition, sans motifs, la piété la plus outrée devient du cynisme, la cordialité la plus démonstrative de l'indifférence ou de la haine. Des curiosités insolites s'éveillent; la simplicité du foyer pèse ; on projette des visites, des voyages, des ameublements, des toilettes, des plaisirs. Les affections ne subissent pas de moindres atteintes. Dans sou exaltation capricieuse, l'amour, qu'un souffle eut peut-être converti en aversion, conduit au sacrifice de la vie, et quelquefois crée à ses victimes un tyran idéal. Les appétits se dépravent. Les instincts se dénaturent, suscitent des conceptions monstrueuses sinon toujours des déterminations funestes. L'obscénité triomphe de la pudeur. On éprouve une aorte de besoin voluptueux d'ourdir, contre des gens inoffea-
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sitb, des trames calomnieuses, de commettre des crimes pour les en accuser, d'incendier, de dérober, de taer même. ■•
Quel terrain plus fertile qu'un semblable fond pa> thologique, pour la germination des excentricitéB mystiques ; et de quelle tyrannie ne peut manquer d'être l'empire des croyances superstitieuses sur des natures douées d'ace telle excitabilité 1
Mais il y a plus. L'hystérie présente certaines complications dont le début, révolution et l'issue sont faits pour flatter l'appétence irréfléchie du vulgaire pour le merveilleux.
Assez fréquemment il arrive que le trouble des fonctions nerveuses chez les hystériques se traduit par la paralysie d'un ou plusieurs membres, on bien encore de l'un des côtés du corps.
Rien d'irrégulier et de fantasque comme la marche de ces paralysies . L'incessante diversité qui fait le caractère fondamental de la maladie principale dont elles constituent un des mille aspects, se reflète en elles. Instantanéité surprenante de l'invasion, insidieuse obscurité du début, opiniâtreté de la résistance, soudaineté de la disparition, retours fortuits, gnérison inopinée, rien n'a failli aux symptâmes de
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cet ordre pour exciter la cnriosité. Anssi ont-ils été signalés dès les temps les pins anciens.
Ce n'est point ici le lieu d'en tracer ane description qne les recherches contemporaines ont puissamment contribué à compléter. Je me bornerai seulement à signaler quelques-unes des nombreuses bizarreries qui ont plus spécialement trait à notre sujet.
Dans un assez grand nombre de cas, la paralysie survient lentement, graduellement, d'une manière insensible et sans qu'il soit possible de la rattacher & une cause appréciable.
Dans bon nombre d'autres le début est subit, sans pouvoir être mieux expliqué par les circonstancesdu moment.
Chez une malade dont le docteur Briqdbt rapporte l'histoire {lYaité de l'Hystérie, p. 449) « l'affaiblissement des membres Inférieurs se produisait sans que rien annonçât son arrivée ; cette femme étant assise, n'ayant absolument aucun malaise particulier, trouvait à son grand étonnement, en voulant se lever, que ses deux jambes pliaient sous elle' ; cet état de paralysie durait indifféremment une demiheure, une heure, plusieurs jours, un mois, et une fois six mois de suite sans aucune modification, puis à la fin, sans que rien l'annonçât, le mouvement se rétablissait plein et entier comme auparavant. »
Lorsque la cause de l'apparition ou de la disparition brusque de la paralysie hystérique est saisis-
sable, l'observation démoiitre qu'au premier ran^ il faut placer la coatre-coup d'attaques convulsiTes, et immédiatement a-près, les émotions morales Tives.
— Une hystérique reçoit à l'improviste la aouvellA de la mort de sa mère ; à l'instant ses j ambes tremblent, fléchissent sous elle, et on la relève paraljaée. (Briquet).
Une jeune flUe également hystérique montait le soir un escalier non éclairé. Un homme déguisé se précipite sur elle ; dans son effroi, elle veut orieret se sauver ; mais elle chancelle, tombe, et on la porte paralytique dans sa chambre. (Idem].
Sur la disparition brusque de la paralysie, l'influence des émotions morales est indéniable.
Il est des malades auxquels • une heureuse nouvelle rend le mouvement des membres inférieurs au point de permettre subitement d'assez longues promenades ; et qui, après une émotion survenue à la suite de contrariétés ou d'une contestation, redeviennent paralysées jusqu'à ne pouvoir plus quitter le lit. [Briquet, Loc. citât, p. 448).
Voici deuz exemples bien curieux des capricieuses péripéties de l'affection . Leur authenticité est irréfiragable ; c'est encore le docteur Briquet qui s'en porte garant.
Une jeune fille hystérique et paraplégique (paralysée des deux membres inférieurs), traitée longtemps sans avantage, s'abandonnait au découragement. A l'instigation d'une de ses compagnes, elle conçoit un
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projet qui attacbe à sa monotone existence un intérSt noarean. La convalescence se fait peu attendre. Elle reconvre l'aptitude à une extrême activité.
A des joars heureux, succèdent des traverses ; la paralysie reparait.
De rechef, l'avenir lui sourit ; l'amélioration de sa santé lui permet la jouissance de temps meilleurs.
Soh bonheur est de peu de durée ; elle redevient paralytique, et ce ne fut qu'au prix d'un traitement persévérant qu'on parvint à triompher de ces derniers accidents.
— En juinl848, une femme hystérique, paralyséedu côté gauche depuis plusieurs mois, et qui ne pouvait pas sortir de sa chambre, se leva et suivit son mari pa^tou^^ où il avait été pendant les trois jours que dura l'insurrection.
Lorsque tout fat apaisé dans la ville, elle retomba paralysée comme auparavant.
Troisième exemple non moins concluant.
La mère de M. L. . ■, professeur à Paris, femme 4gée de 75 ans, avait les membres inférieurs du corps complètement paralysés. Son état était tel depuis six années, lorsqu'en 1865, le feu prit au bâtiment où elle demeurait.
La frayeur fit disparaître momentanément la paralysie ; elle descendit l'escalier en s'appuyant seulement sur l'épaule de son petit-fils, enfant de 12 ans, flt put gagner à pied l'habitation d'une de ses pa-
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rentes, située rue Royer-Collard. Mais sa crainte se dissipa, et elle retomba paralysée.
Autre point & noter. Très-communément, chez les paralytiques hystériques, la sensibilité est abolie en même temps que la possibilité de se mouvoir.
Lorsque l'abolition du mouvement cessant, celle de la sensibilité persiste, il se produit les effets les pins singuliers.
Les malades peuvent îilors maîtriser leurs mouvements, à la condition de suivre de l'œil le membre qui les exécute. Dans l'obscurité, la perte de la sensibilité leur enlève toute conscleuce des mouvements à effectuer pour accomplir leurs volontés.
— Une jeune flile, dans ce cas-là, étant tombée de son lit au milieu de la nuit, dut rester jusqu'au jour étendue sur le parquet, dans l'impossibilité de se relever (0' Lébreton).
— Une femme convalescente de paraplégie, pouvait, à la condition de regarder ses pieds, faire de longues courses, et se livrer même au plaisir de la danse.
La privation de lumière la rendait incapable de faire un pas (Briquet).
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Parfois, à la complication de paralysie, il s'^onte une antre complication. Elle a reça la dénomination de contracture hystérique permanente. Elle consiste en ceci : Les muscles d'un ou de plusieurs membres se contractent, comme dans le phénomène spasmodique de la crampe, et restent contractés durant des mois et même des années , réduisant le membre intéressé à une immobilité absolue et à une attitude contre nature. Je ne m'étendrai pas sur la description des variétés de la contracture hystérique. Tout récemment les docteurs Bourneville et Voulet en ont fait l'objet d'une étude consciencieuse et approfondie. J'insisterai seulement sur ces considérations capitales ; c'est que, plus opiniâtre que tous les autres symptômesdeThystérie, la contracture persistemême alors que l'âge a fait Justice de ceux-ci ; c'est qu'elle constitue dans beaucoup de cas une véritable infirmité ; c'est, enfin et surtout que, dans son évolution, dans ses rémissions inopinées, dans ses conditions étranges de curabilité, elle ne dément pas le génie caractéristique de l'affectisn principale à la nature essentiellement changeante de laquelle elle se rattache .
Plus sûrement que toute théorie, quelques faits bien choisis éclairciront le jugement du lecteur qui y trouverait encore une fois la preuve de l'importance primordiale du rôle que jouent dans l'hystérie les influences morales.
Atteinte de contracture du membre inférieur droit,
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bystériqne depuis la puberté, âgée de 4S ans, Per..., Jeanne, se troaya en batte à one accaaation de T<rf.
■ La contracture, qai avait duré plus de deax an», ait le Dr CHA3C0T, se dissipa toat-à-conp à l'occaskn. de l'ébranlement moral qne produisit cette accusation. •
— y. . .,Clémence.— Séries nombrenses d'attaques bjstériqaes, contracture hémiplégique, c'est-à-d^ siégeant an membre supérieur et au membre inCérienr du même côté, datant de diac ans. Traitements maltiples sans résultat.
En 1865, à la suite d'une vive réprimande, poucause d'insubordination, elle entra dans une vioteote colère.
Dès le lendemain, la contracture diminua dans, des proportions assez notables pour lui permettre désormais de remplir à l'bôpital de la Hiboisiëre les fono tions d'inârmière.
Voilà donc des faits cliniquement, scientiâquement observés, et dans lesquels, tant pour la paralysie que pour la contracture hystérique, indépendamment de toute ingérence surnaturelle, une amélioration notable, etmèmelaguérison définitive sont survenues en debors de toute prévision.
La cause efficiente a été la soudaineté d'une émotion.
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Rapprochons maintenant ces divers exemples des guérisons, soi-disant miraculeuses, obtenues, grâce à l'intercession de tel saint, ou à la verta de telle relique, de telle fontaine, de tel tombean.
Les relations des étonnants miracles accomplis pendant le règne de Louis XIV au clos de Saint- Hédard, sar la tombe du diacre Paris en renferment des spécimens surabondants.
~- La demoiselle Hardoain, sujette à des attaqaes eonvalsives (dont la nature hystérique se reconnaît i la multiplicité des retours, à l'aphonie, à l'assoupissement léthargique, à la paralysie passagère, qui en sont la suite), exprime le désir d'être portée sur le tombeau du diacre Paris. Fortifiée dans son dessein par les exhortations d'une fervente adepte, sa foi dans les prodiges, qu'on disait s'y accomplir, devient ardente, et sa conviction qu'elle y obtiendra la guérisoB absolue. La paralysie, en efiTdt, qui datait de cinq ans, cède à une visite au clos Saînt-Médard, après de violentes convulsions, provoquées par la surexcitation nerveuse à laquelle est parvenue la malade
— Marie Stappart. — Attaques d'hystérie revenant à longs intervalles. Â la troisième, paralysie du côté gaoche, avec complication d'abolition de la sensibilité et de contracture.
< Les muscles et les tendons sont desséchés et raidis, dit Carré de Hongeron, à qui ce récit est